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Versailles, Opéra Garnier, musée d'Orsay... Quand l'intelligence artificielle permet de remonter le temps pour (re)découvrir le patrimoine

BFM Business Salomé Ferraris
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De plus en plus d'institutions culturelles se penchent sur l'intelligence artificielle pour retourner virtuellement dans le passé et faire découvrir différemment le patrimoine au visiteur.

Remonter le temps pour placer les spectateurs au coeur de l'Histoire. C'est l'objectif de nombreuses institutions culturelles qui misent de plus en plus sur l'intelligence artificielle pour partager leur patrimoine de manière moderne.

C'est par exemple le cas de la promenade augmentée "les origines de Paris", mise au point par la startup Timescope. Le principe est simple: découvrir 2000 ans d’histoire de Paris en mélangeant le réel et le virtuel. Dans cette visite touristique 2.0 le long des quais de Seine, les visiteurs, accompagnés d'un guide, s'arment d'un outil un peu particulier... des jumelles qui intègrent la réalité virtuelle.

"Montrer ce que vous ne pouvez plus voir"

Il suffit alors de s'arrêter au bord de plusieurs ponts parisiens, comme le pont d'Arcole près de l'Hôtel de ville, pour voir à travers les jumelles les Gaulois, les invasions vikings qui attaquent sur la Seine ou encore les façades à colombage sur les bords de Seine, pendant le Moyen-âge. Le visiteur est également transporté à l'époque de la construction de Notre-Dame de Paris, celle de la Révolution aussi avec la guillotine, et même de la grande crue de 1910. Au total, la visite se concentre sur 15 lieux parisiens, entièrement reconstitués par IA en travaillant avec des historiens.

Et cette visite parisienne est loin d'être une exception. Propulsée par le Covid-19 pour pallier l'impossibilité de visiter les lieux, la réalité virtuelle s'est aujourd'hui fait une place de choix dans les musées. C'est le cas du musée d'Orsay, du Louvre, de l'Opéra Garnier et même du château de Versailles.

En partenariat avec HTC, la demeure de Louis XIV propose aux visiteurs de redécouvrir les 5.000 hectares du domaine sous un nouvel angle, armés d'un casque de réalité virtuelle.

L'expérience "Versailles: les jardins disparus du Roi-Soleil" vous amène à la ménagerie royale
L'expérience "Versailles: les jardins disparus du Roi-Soleil" vous amène à la ménagerie royale © Vive Arts/ Gedeon Experiences / Small Creatives / Château de Versailles

"Le château est une exposition en lui-même et toute l'institution est une page d'histoire. Grâce à la réalité virtuelle, on vient rajouter une histoire qui a disparu. C'est une façon forte de montrer que la technologie peut être un complément intéressant, pour montrer ce que vous ne pouvez plus voir", expliquait en mars dernier à Tech&Co Celina Yeh, directrice de Vive Arts, qui a déjà contribué à des expériences similaires aux musées d'Orsay, du Louvre et de l'Orangerie notamment.

Autre innovation sur laquelle misent les musées: la réalité augmentée. Là encore, le Château de Versailles n'a pas hésité longtemps à sauter sur le créneau. Depuis début juillet, le domaine propose, en partenariat avec Snapchat, une expérience en réalité augmentée pour redécouvrir les jardins et devenir un danseur baroque de l'époque du Roi-Soleil.

Le costume de la comédie-ballet (à gauche) et du bal du roi (à droite).
Le costume de la comédie-ballet (à gauche) et du bal du roi (à droite). © Tech&Co

Parler à Van Gogh et Napoléon

Il est ainsi possible de tester des filtres gratuits et d'incruster en deux temps, trois mouvements son visage dans un petit personnage en costume qui se met à danser au rythme de plusieurs compositions de Jean-Baptiste Lully, célèbre compositeur de l'époque.

Mais certaines institutions vont encore plus loin. Car voyager dans le temps, c'est bien, pouvoir discuter avec ceux qui ont fait l'Histoire, c'est mieux. Ainsi, Jumbo Mana propose une solution clé en main pour les institutions en permettant aux visiteurs de discuter en temps réel avec Van Gogh, Rimbaud ou encore Napoléon. Le tout, grâce à des bornes interactives dopées à l'IA qui connaissent l'histoire d’un lieu ou d'un personnage dans ses moindres détails. Une aubaine pour de nombreux musées, comme celui d'Orsay.

En 2023, les curieux pouvaient ainsi demander à Van Gogh pourquoi son oreille est coupée. Et la réponse ne tarde jamais à arriver: "J’ai coupé mon oreille gauche, alors que je souffrais d’une forte angoisse mentale et de dépression", précise le peintre des Tournesols. Et dans l'exposition Napoléon, l'épopée immersive, à Bordeaux jusqu'en septembre, il est enfin possible de savoir ce que l'empereur aurait pu mieux faire pour gagner la bataille de Waterloo.

Et pour ceux qui n'ont pas toujours la possibilité de se déplacer dans les musées ou monuments à travers le monde, là encore, l'IA peut venir à la rescousse. La startup Iconem, en partenariat avec Microsoft, construit, à partir de l’agrégation de centaines de milliers de photos, des jumeaux numériques de monuments emblématiques. Au programme, des doubles de la cathédrale de Notre-Dame et même... de la basilique Saint-Pierre.

Visiter le Vatican depuis son canapé

Car oui, même le Vatican se convertit à son tout à l'intelligence artificielle. L'édifice a d'abord été photographié sous toutes ses coutures. L'IA a ensuite agrégé les quelque 400.000 photos pour un résultat bluffant. Fidèles et curieux peuvent depuis novembre 2024 se promener dans la basilique Saint-Pierre comme sur Google Street View, directement depuis son canapé.

L'occasion pour le Vatican de toucher un nouveau public, plus sédentaire, mais aussi d'aider les chercheurs, qui ne sont pas forcément sur place. Ce jumeau numérique permet en effet de récolter une quantité de données sur la conservation des murs, l’état des toitures et même d'obtenir une reconstitution de la ville telle qu’elle était à l’époque.

En novembre dernier, le musée de l'Armement avait également fait appel à Iconem. Pour son exposition temporaire Revivez la Libération de 1944, le musée situé aux Invalides avait utilisé l'IA pour trier, regrouper et assembler des milliers et des milliers de photos et de vidéos amateurs. Plusieurs films racontant l'histoire des débarquements en Normandie et Provence, mais aussi Paris en août 1944 vu par les soldats et les civils, ont ensuite été diffusés.