Lyon: le squat de la rue Neyret évacué, plusieurs dizaines de personnes remises à la rue
Les forces de l'ordre rue Neyret à Lyon (Rhône) le matin du mardi 22 octobre 2024, procédant à l'expulsion d'un squat. - Collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse/Capture d'écran X
À la suite d'une décision de justice, les services de la préfecture du Rhône et la police ont procédé au démantèlement d'un squat situé dans le 1er arrondissement de Lyon dans la matinée de ce mardi 22 octobre. Une expulsion qui survient à quelques jours du début de la trêve hivernale.
La justice avait déterminé que les personnes du squat étaient expulsables depuis le 31 août dernier. Le 16 octobre dernier, la mairie du 1er arrondissement avait demandé de "surseoir à l'expulsion en raison des risques encourus par les jeunes en cas de remise à la rue". Une demande qui n'a donc pas été entendue.
La préfecture a annoncé que 33 personnes ont été expulsées dans la matinée, en majorité des hommes qui se déclarent mineurs isolés mais sont principalement des adultes. Le collectif Soutiens/migrants Croix-Rousse, lui, annonce l'expulsion de 70 mineurs isolés du 13 rue Neyret.
La préfecture ajoute avoir procédé à l'interpellation de cinq étrangers en situation irrégulière.
Aucune solution de logement proposée
Selon la mairie du 1er arrondissement, les logements du squat appartiennent à la fondation La Salle, propriétaire du lycée d'enseignement catholique Aux Lazaristes La Salle.
Pour l'association, cette expulsion "sans solution de relogement, est dramatique", autant pour les jeunes expulsés que les autres mineurs sans logement vivant sous tente au campement Béguin.
"Le squat de Neyret constituait pour les citoyen-ne-s une des principales ressources permettant de mettre à l'abri les mineurs en recours dont la prise en charge a été refusée par la métropole", pointe le collectif dans un communiqué.
"Au fur et à mesure que les jeunes hébergés au squat sont reconnus mineurs par un-e juge des enfants, après des mois de procédure, les places libérées lors de leur prise en charge par les services publics permettent d'héberger des jeunes attendant sous des tentes", continue d'expliquer le collectif.
La préfecture s'est justifiée en expliquant qu'aucune solution de logement n'a été proposée car les personnes expulsées sont des adultes et non des mineurs.
L'État appelé à agir
Les groupes écologistes, socialistes, gauche sociale écologique et apparentés, et communistes et républicains des conseils municipal et métropolitain se sont rassemblés dans un communiqué pour interpeller l'État vis-à-vis de cette situation.
Les neufs élus cosignataires avancent les mêmes chiffres que le collectif Soutiens/migrants Croix-Rousse et parle donc de 70 migrants isolés.
"Faute d’hébergement, ces jeunes vont se retrouver dans une situation d’extrême vulnérabilité, risquant ainsi d’interrompre leurs parcours de scolarisation et d’intégration", écrivent-ils.
Et d'ajouter: "Ils pourraient par ailleurs venir grossir le campement déjà saturé du square Béguin dans le 7e arrondissement".
La mairie du 1er arrondissement a par la suite communiqué, allant en leur sens. "Cette expulsion précipite dans une précarité aggravée des jeunes vulnérables dont la seule perspective désormais est de rejoindre des campements d'infortune. Elle dénonce également le manque de "diagnostic social préalable" et le manque de solution de relogement ou de mise à l'abri.
La situation des mineurs isolés est un sujet souvent évoqué à Lyon. Les collectivités locales dénoncent depuis des années les "carences de l'État". "Mais ni la ville ni la métropole ne peuvent affronter seules les insuffisances de l’État", écrivent aujourd'hui les élus locaux.
Des rassemblements prévus
Le collectif Soutiens/migrants Croix-Rousse affirme que, depuis l'ouverture du squat en mars 2023, ses 70 lits ont permis au total de mettre à l'abri 271 mineurs en recours. Des chiffres que reprend la mairie du 1er arrondissement et les élus des groupes de gauche de la ville et de la métropole.
Si plusieurs associations locales ont alerté dès août la préfecture, la métropole de Lyon et la ville sur la situation de ces jeunes, notamment depuis la décision de justice ordonnant leur expulsion, "ces institutions n'ont jamais répondu ni prévu de solution pour remplacer ces 70 places d'hébergement, indispensables quoiqu'encore insuffisantes", dénonce l'association.
Le collectif Soutiens/migrants Croix-Rousse a d'ores et déjà annoncés que des rassemblements et des actions seront menées. Il devrait en communiquer les détails "dans la journée".
Les personnes expulsées ont quant à elles été accueillies par le CCAS de la ville de Lyon. La mairie du 1er arrondissement leur a de son côté offert un petit-déjeuner.













