Mort de Lucas aux urgences de Hyères: "plusieurs dysfonctionnements" relevés dans un rapport de l'Igas

Retards, non-conformité à la réglementation, erreurs... l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) a publié ce vendredi 6 décembre un rapport sur la mort de Lucas aux urgences de Hyères en octobre 2023.
Ce rapport que BFMTV et BFM Toulon Var ont pu consulter décrit "l’enchaînement des événements" ayant conduit à la mort du jeune homme de 25 ans victime d'une infection invasive à méningocoque, après plusieurs heures d'agonie dans un couloir. L'Inspection générale des affaires sociales relève "plusieurs dysfonctionnements" ayant engendré "des retards et des difficultés de prise en charge" du patient.
Un examen initial après quatre heures d'attente
Admis aux urgences vers 15h50, sa prise en charge va prendre énormément de temps. Le triage, effectué par deux soignants, a "sous-estim(é) la gravité" de son état de santé. La première connexion d'une infirmière au dossier du patient a lieu après deux heures d'attente. Le premier examen médical intervient, dans le couloir, près de quatre heures après le triage initial. L’acheminement du bilan sanguin vers le laboratoire du centre hospitalier de Toulon "se fait avec près d’une heure de retard par rapport au planning prévu par l’établissement".
Autre élément à charge, un électrocardiogramme effectué vers 17h30 relevant une anomalie correspondant à l’aggravation de la première constante déjà anormale lors de l’admission. D'après deux spécialistes consultés par la mission, l’aggravation de cette anomalie était un marqueur de sévérité de l’état du patient. La surveillance du patient "s’écarte à plusieurs reprises des recommandations professionnelles".
Des urgences plus sollicitées que d'habitude
La cause du décès, un choc septique lié à un méningocoque a été rendue publique par la famille du patient. L'Igas rappelle que cette pathologie est "peu fréquente et grave" avec un taux de mortalité de 24% pour le sérogroupe concerné et pour la classe d’âge du patient. "Selon le Centre national de référence des invasions invasives à méningocoques, dans les formes atypiques comme celle présentée par le patient, le début est souvent insidieux d’apparence bénigne durant les premières heures, ce qui retarde la prise en charge et rend le pronostic extrêmement péjoratif".
Ainsi, les spécialistes reconnaissent ne pas pouvoir "affirmer qu'une mise en œuvre plus précoce" des manœuvres de réanimation aurait évité une issue fatale. Le rapport précise par ailleurs que les urgences d'Hyères ont reçu ce jour-là 114 patients, contre une moyenne annuelle de 96 par jour, dans une période estivale intense où les autres services d'urgences du Var étaient en tension.
57 passages ont été comptabilisés entre 15 heures et 22 heures. Le service a dû fonctionner avec seulement deux médecins durant 70% de la période entre midi et minuit. Le SAMU a appelé le service des urgences à 15h29 et lors de cet échange, "le médecin du service informe que les urgences sont débordées avec 17 patients non vus". Le médecin demande même le "déclenchement du plan 'hôpital en tension' à 17h13".
"En sus du niveau d’activité élevé, l’aval des urgences était saturé ne permettant pas de transférer certains patients dans les services et retardant la prise en charge des nouveaux patients" note le rapport. "L’une des raisons de ces tensions réside dans la fermeture de lits, notamment dans le service de court séjour gériatrique en 2023", note le rapport.
Des recommandations pour l'avenir
L'Igas note que l'hôpital a mis en place après le drame un plan d'action "cohérent" pour le service des urgences, comme la réouverture de lits en court séjour gériatrique (leur absence avait participé à l'engorgement du service le jour du drame) ou la création d'un poste d'aide-soignant.
Mais il formule des recommandations supplémentaires pour l'organisation du service - "confier au médecin référent la mission de superviser l'attribution des patients au personnel soignant et médical au respect des délais de prise en charge" par exemple - ou de l'établissement : "ré-étudier les possibilités de financer l'extension des locaux du service des Urgences".













