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Pour protéger les mineurs, le gouvernement britannique voudrait qu'Apple et Google développent un algorithme de blocage de la nudité directement sur iOS et Android

BFM Business Salomé Ferraris
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Le gouvernement britannique souhaite mettre la pression à Apple et Google pour les inciter à intégrer des mécanismes de vérification d’âge au sein des systèmes d'exploitation. L'objectif? Empêcher les mineurs de prendre, d’afficher ou de partager des images à caractère sexuel.

Au Royaume-Uni, la pression autour des géants de la tech pour protéger les mineurs monte d'un cran. Comme le rapporte le Financial Times, le gouvernement britannique a l'intention d'encourager Apple et Google à bloquer par défaut l'affichage d'images de nudité sur les téléphones, sauf si les utilisateurs vérifient qu'ils sont majeurs.

Plutôt qu’une obligation légale formelle, cette initiative s’apparente à une pression politique sur les deux géants de la tech. L'objectif? Protéger les mineurs en réduisant l'accès involontaire ou non contrôlé à des images de nu, jugées potentiellement nuisibles aux enfants et aux adolescents.

Le gouvernement britannique souhaite ainsi qu'Apple et Google intègrent des algorithmes de détection de nudité directement dans leurs systèmes d’exploitation (iOS et Android). Ils seraient capables de bloquer la prise de photos, l'affichage ou le partage d’images explicites, tant que l’utilisateur n'a pas été formellement identifié comme adulte.

Une bataille de longue date

Le plan prévoit que ce type de filtrage soit activé par défaut. Les utilisateurs seraient invités à vérifier leur âge, par exemple via une solution biométrique ou des documents d’identité. Seuls les plus de 18 ans pourraient afficher des contenus classés relevant de la "nudité". Les auteurs d'infractions sexuelles sur mineurs seraient de leur côté tenus de maintenir ces blocages activés.

Pour le moment, le ministère de l'Intérieur s'est concentré "sur les appareils mobiles". Cette initiative pourrait également être étendue aux ordinateurs de bureau, selon le Financial Times. Des représentants du gouvernement ont rappelé au média britannique que Microsoft est déjà capable de détecter les contenus inappropriés dans Microsoft Teams.

Apple et Google disposent déjà de certaines fonctionnalités de filtrage ou de floutage de contenu sensible sur leurs plateformes, notamment dans les messages ou certaines applications de partage de photos. Mais ces outils restent facultatifs et peuvent être facilement contournés. Ils sont souvent activés au niveau d'une application plutôt qu’au cœur du système. La proposition britannique, en revanche, vise à créer une barrière systémique, quel que soit le service ou l’application utilisés.

Le Royaume-Uni s'est engagé depuis plusieurs mois dans une bataille pour protéger les mineurs en ligne. En août, le gouvernement britannique a mis en place l'Online Safety Act, un texte pour mieux régir l'espace numérique du pays. Il impose des dispositifs de vérification d'âge à l'entrée de sites proposant du contenu pour adulte. Pour y accéder, les Britanniques doivent prouver qu'ils sont bien âgés de 18 ans ou plus.

Si la mesure a eu un effet, les sites pornographiques ayant perdu presque la moitié de leur audience britannique, elle comporte également des trous dans la raquette. De nombreux mineurs parviennent à accéder à des sites pornographiques en utilisant des VPN. Ces derniers peuvent servir à contourner les restrictions en ligne mises en place dans un pays, en faisant croire que l'on se connecte à internet depuis un autre pays.

De fortes oppositions

La détection de la nudité au niveau des systèmes d'exploitation des appareils pourrait pallier ce problème. Seul hic, la solution soulève de nombreuses inquiétudes. Les défenseurs de la vie privée et des libertés numériques ont d’ores et déjà exprimé des réserves. Selon eux, la mise en œuvre de filtres automatiques, surtout s’ils reposent sur une analyse constante des photos et des données de l’utilisateur, pose des questions profondes sur la confidentialité et l’autonomie des individus face à leurs propres appareils.

Pour le moment, aucune décision contraignante n’a été prise. Les géants de la tech n'ont pas encore repondu aux appels du gouvernement britannique. Mais Apple et Google se sont, par le passé, souvent opposés à de tels dispositifs.

En mai, Apple s'est opposé à la mise en application d'une loi au Texas. Celle-ci demande aux entreprises propriétaires de magasins d'applications (comme le Google Play Store ou l'App Store) de mettre en place des dispositifs qui permettraient de contrôler l'âge des utilisateurs. Si l'utilisateur est mineur, il doit être soumis à un contrôle parental. Un groupe de pression représentant Apple, Google et d'autres entreprises technologiques a même intenté un procès afin d'empêcher l'entrée en vigueur de la loi.

Le concepteur de l'iPhone s'était également opposé à la demande du Royaume-Uni qui lui réclamait une "porte dérobée" dans son système. Elle aurait permis aux autorités britanniques d'accéder aux données personnelles des utilisateurs d'iPhone, de Macbook et d'iPad. Depuis, le Royaume-Uni a renoncé à une telle mesure.