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L'appli MyBuBelly permet-elle vraiment de choisir le sexe de son enfant?

BFM Business Pauline Dumonteil , Journaliste BFM Tech
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- - Capture d'écran du site MyBuBelly

MyBuBelly revendique un taux de réussite de 90%. Pourtant, ce programme est loin de faire l'unanimité auprès des professionnels du secteur qui dénoncent l'absence de fondements scientifiques.

Pouvoir choisir le sexe de son enfant est un souhait de nombreux parents. Pour tenter d’influer sur le genre, certaines femmes se tournent vers les remèdes de grand-mère, étudient les cycles de la lune, ou ont recours à la lithothérapie (pouvoir des pierres). Mais depuis quelques mois, une entreprise assure avoir trouvé une solution fiable à 90% et scientifiquement prouvée pour choisir le sexe de son bébé. L'application MyBuBelly propose un programme en deux temps.

La première phase, qui dure 3 mois, est un rééquilibrage alimentaire pour acidifier ou alcaliniser le pH afin de faciliter le passage des spermatozoïdes X (mâles) ou Y (femelles). Vient ensuite l’étape de la conception pendant laquelle il faut programmer les rapports sexuels plus ou moins proches de l’ovulation, en fonction du sexe désiré. Le programme de MyBuBelly coûte 149 euros par mois. Pour six mois de coaching, durée moyenne pour concevoir un enfant, la facture s’élève donc à 894 euros. 

Le forfait comprend une box contenant des compléments alimentaires, des tests pH et des tests d’ovulation. Elle s'accompagne d'un suivi avec une “équipe d’experts composée de nutritionnistes, gynécologues, psychologues, sexologues”, indique le site. Depuis fin 2018, une box MyBuBelly est même disponible dans une dizaine de pharmacies en Île-de-France. Pourtant, la méthode est très décriée par les professionnels du secteur.

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MyBubelly © DR

“Il n’y a rien de nouveau” - VRAI

“Nous n’avons rien inventé. Nous avons simplement modernisé des méthodes vieilles de plusieurs dizaines d’années”, précise d’emblée Sandra Ifrah, fondatrice de MyBuBelly. L’application est sortie en mai 2017 mais son succès est retentissant depuis la parution du livre Avoir un garçon/avoir une fille, la liberté de choisir!, au mois de juin. Les deux phases du programme se basent sur des études datant de plusieurs décennies.

La première est inspirée des travaux du docteur Papa à la maternité de Port-Royal (hôpital Cochin) dans les années 1980. Un gynécologue controversé qui prône un changement alimentaire drastique afin d’influer sur le sexe. La seconde phase se base sur les travaux du docteur Shettles dans les années 1960. Selon lui, les spermatozoïdes Y (mâles) sont moins résistants que les X (femelles). Il faudrait donc programmer le rapport sexuel pendant l’ovulation pour avoir un garçon, et deux à trois jours avant pour une fille. 

Le programme alimentaire inquiète les professionnels de santé. Il conseille de privilégier les produits laitiers et les légumes verts pour une fille. La viande et le sel pour un garçon. De son côté, Sandra Ifrah assure qu'il n'y a "aucun danger pour la santé". 

“Certaines préconisations alimentaires sont dangereuses. Manger très salé par exemple va complètement à l’encontre des recommandations médicales”, s'alarme Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF).

"Je me suis basé sur plusieurs études, dont celle du docteur Papa, pour constituer un programme alimentaire équilibré et sans carence", affirme Raphaël Gruman, consultant nutrition pour MyBuBelly, à l'origine du programme alimentaire de l'application. Mais Raphaël Gruman - qui ne dispose pas de diplôme de médecin - conseille toutefois de ne pas suivre plus de "6 à 9 mois" son propre programme. “Sinon, il y a un risque d’acidification de l’organisme”, précise-t-il. 

“C’est scientifiquement prouvé” - FAUX

La méthode de MyBuBelly se fonde effectivement sur des travaux de médecins. Mais ces derniers sont controversés. Le docteur Papa a étudié le changement alimentaire sur 200 femmes à la maternité de Port-Royal. A l’époque, il se targue d’un taux de réussite de 80%. Sauf que 70% des participantes ont abandonné le programme en cours de route.

“Tout cela est d’une faiblesse scientifique dramatique. Pour établir des statistiques fiables, il faut un échantillon portant sur plusieurs milliers de femmes”, rétorque Michael Grynberg, médecin de la reproduction.

Les travaux menés par le docteur Shettles, qui préconise un ciblage de la date de conception de l’enfant afin d’influer sur son sexe, ont également été critiqués. Une étude publiée en 1995 dans le New England Journal of Medicine indique que rien ne peut prouver qu’il existe un lien de cause à effet entre le moment du rapport sexuel et le sexe du bébé.

“Ce programme n’a aucun fondement scientifique”, s’emporte Philippe Deruelle, secrétaire général du CNGOF. “Si l’alimentation jouait vraiment un rôle pour le sexe de l’enfant, il y aurait eu des changements au fil des années. Auparavant, on consommait beaucoup de fruits et de légumes alors qu'aujourd'hui, notre alimentation est principalement grasse et salée. Pourtant, il n’y a pas plus de garçons qu’avant”, ironise-t-il.

“Ca peut marcher” - VRAI (avec une chance sur deux)

“La nature c’est 51% de garçons et 49% de filles”, précise le professeur Philippe Deruelle. Dans tous les cas, il y a donc une chance sur deux que la cliente soit satisfaite. Pourtant, MyBuBelly revendique un taux de réussite impressionnant, de 90%. Comme le précise le site, cette statistique est basée uniquement “sur les retours d’abonnés”. Et l’échantillon est faible. Seulement 100 témoignages ont été utilisés. 

Par ailleurs, MyBuBelly propose un programme alimentaire sans alcool ni tabac d’une durée de 3 mois. “Il y a des femmes qui suivent le coaching pour booster leur fertilité et d’autres pour tenter d’influer sur le sexe du bébé”, détaille Sandra Ifrah. Avoir un mode de vie sain augmente effectivement les chances de tomber enceinte.

“On ne peut pas augmenter la fertilité en trois mois”, tempère Michael Grynberg, président du pôle fertilité du CNGOF. “Une femme qui arrête de fumer ou de mal manger en un laps de temps si réduit ne peut pas voir ses chances de tomber enceinte augmenter”, martèle le médecin.

“Satisfait ou remboursé” - VRAI... en partie

“Si notre méthode n’a pas fonctionné avec vous, nous vous la rembourserons”, indique le site. Statistiquement, les femmes ont 50% de chance d’avoir un enfant du sexe désiré. Donc une femme sur deux pourrait potentiellement demander un remboursement de son traitement. En consultant les conditions, il apparaît que ce dernier est partiel et soumis à plusieurs conditions cumulatives, notamment le fait d’avoir suivi scrupuleusement le programme diététique, pendant au moins 3 mois.

“Aujourd’hui, la seule solution pour choisir le sexe de son enfant est la fécondation in vitro (FIV). En France, cette pratique n’est autorisée que pour les maladies génétiques très graves liées au sexe”, précise Michael Grynberg.

De son côté, la fondatrice de MyBuBelly balaie les critiques. “Les médecins qui n’y croient pas sont de la vieille école. Aujourd’hui, ce n’est pas politiquement correct de dire que l’on veut choisir le sexe de son enfant”.

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MyBuBelly © DR