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Dépression, obésité, manque de sommeil... Recevoir un smartphone trop jeune augmenterait les risques pour la santé mentale et physique

BFM Business Salomé Ferraris
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Une récente étude, publiée dans la revue scientifique Pediatrics, met en évidence une corrélation entre l'obtention d'un téléphone tôt et un risque accru de développer des troubles mentaux et d'obésité.

Quel est l'âge idéal pour offrir un smartphone à son enfant? Cette question tourmente de nombreux parents, qui hésitent entre la tentation de céder aux demandes de leurs (pré-)adolescents et les mises en garde des professionnels.

Une nouvelle étude, publiée le 1er décembre dans la revue scientifique Pediatrics, relayée par CBS, confirme qu'il vaut mieux ne pas se précipiter. En effet, elle met en évidence une corrélation entre l'obtention d'un téléphone tôt et un risque accru de développer des troubles mentaux et d'obésité.

Des chercheurs du Children's Hospital Philadelphia, de l'Université de Californie à Berkeley et de l'Université Columbia ont analysé les données de plus de 10.000 adolescents américains ayant participé à l'étude ABCD (Adolescent Brain Cognitive Development Study) entre 2018 et 2020. Au total, plus de 6 participants sur 10 possèdent un smartphone.

"Un enfant de 12 ans est très différent d'un enfant de 16 ans"

"Nous n'avons même pas examiné ce que les enfants faisaient sur leur téléphone", précise Ran Barzilay, auteur principal de l'étude et pédopsychiatre au Centre de prévention, d'intervention et de recherche sur le suicide chez les jeunes de l'hôpital pour enfants de Philadelphie, à CBS News. "Nous avons simplement posé une question: le simple fait de posséder un smartphone à cet âge a-t-il une incidence sur la santé?"

Et le résultat est sans appel: plus un enfant reçoit un smartphone tôt, plus les effets sur sa santé mentale sont importants. Ainsi les enfants qui possèdent un smartphone à l'âge de 12 ans ont 31% de risques en plus de souffrir d'une dépression que leurs pairs qui n'en possèdent pas. Un chiffre qui grimpe à 40% pour les risques d'obésité et 62% pour le manque de sommeil.

"Un enfant de 12 ans est très différent d'un enfant de 16 ans, rappelle l'expert. Ce n'est pas comme comparer un adulte de 42 ans à un adulte de 46 ans."

A l'inverse, ceux qui obtiennent leur premier téléphone un an plus tard, à 13 ans, bénéficient d'une meilleure santé mentale. "Nous avons tenu compte du fait que les enfants pouvaient avoir d'autres appareils technologiques comme des tablettes ou des iPads, et cela n'a pas changé les résultats", assure Ran Barzilay.

Les chercheurs soulignent également que des études antérieures suggèrent que les jeunes possédant un smartphone consacrent moins de temps aux interactions sociales, à l'exercice physique et au sommeil. Autant d'éléments essentiels au bien-être d'un adolescent.

Connecté de plus en plus tôt

L'étude encourage donc les parents à attendre avant de céder aux demandes intempestives de leurs enfants. Plusieurs autres rapports vont dans le même sens. En juillet dernier, une étude publiée dans le Journal of Human Development and Capabilities mettait également en évidence une corrélation entre l'obtention d'un téléphone à un jeune âge et le risque de développer un multitude de troubles mentaux.

En France, l'âge moyen d'obtention du premier portable n'a pourtant de cesse de diminuer ces dernières années. Cet âge était de 9 ans et 9 mois en 2023 selon les chiffres de Médiamétrie. La moitié des enfants reçoivent leur premier smartphone à 11 ans, selon une étude Born Social.

Un problème bien identifié par le gouvernement. En juin 2024, Emmanuel Macron avait affirmé vouloir interdire le téléphone aux moins de 11 ans. Depuis plusieurs mois, le chef de l'Etat plaide également pour une majorité numérique à 15 ans.

Les eurodéputés ont également adopté, le 26 novembre dernier, un rapport non contraignant plaidant pour interdire aux moins de 16 ans l’accès aux réseaux sociaux, aux plateformes vidéo et aux compagnons d’IA dans les différents pays de l’UE. Une application de vérification d'âge testée dans cinq pays de l'UE, dont la France, devrait également être déployée.