Pourquoi Anthropic assure que son IA n'est pas "woke" et indique partager la vision de l'administration Trump sur le sujet

Sans qu'on sache trop pourquoi, et tout à coup, la start-up américaine Anthropic, connue pour son chatbot Claude, a publié un communiqué où elle a réaffirme être alignée sur les objectifs de l'administration Trump concernant l'intelligence artificielle.
"Notre position de longue date est que la gestion des impacts sociétaux de l'IA doit être une question de mesures plutôt que de politique. Je suis convaincu qu'Anthropic, l'administration et les dirigeants de tout l'échiquier politique souhaitent la même chose: garantir que la puissance de l'IA profite au peuple américain et que l'Amérique progresse et consolide son avance en matière de développement de l'IA", a assuré le patron de la start-up, Dario Amodei.
Gestion de crise et position "woke"
Toutefois, cette publication ne sort pas de nulle part. Si Dario Amodei a jugé nécessaire de faire cette "mise au point", c'est pour répondre à une "recrudescence d'affirmations inexactes" concernant les positions politiques de son entreprise, et donc apaiser Donald Trump et son administration.
Tout commence par la publication par Jack Clark, cofondateur d'Anthropic et directeur des politiques publiques, d'un discours, titré "Children in the dark" ("Enfants dans l'obscurité", en français, NDLR) qu'il a prononcé, à Berkeley, lors d'une conférence sur l'IA appelée The Curve.
Dans cette prise de parole, il aborde notamment les dangers potentiels que représentent l'intelligence artificielle. Une position qui n'a pas été appréciée par un certain David Sacks, président du Comité présidentiel des conseillers en science et technologie des Etats-Unis.
L'investisseur en capital risque s'en est d'ailleurs ouvert sur X, anciennement Twitter: "Anthropic mène une stratégie sophistiquée de capture réglementaire fondée sur la propagation de la peur. Elle est principalement responsable de la frénésie réglementaire actuelle qui nuit à l’écosystème des start-up.", écrivait-il, renvoyant les craintes du cofondateur d'Anthropic à une manipulation stratégique.
Tout aurait pu s'arrêter là et le monde n'en aurait pas été chagriné, mais le cofondateur de Linkedin (gros donateur au parti démocrate, comme le précise 404 media, qui raconte l'escarmouche avec talent) est entré dans la danse à son tour au fil d'un long thread, où il explique qu'il est important, dans l'industrie de l'IA spécialement de soutenir les "bonnes personnes". Ici, Anthropic.
Ce qui a évidemment entraîné une réaction du conseiller trumpiste de l'IA, en ces termes: "Le véritable problème (réside) dans le projet d’Anthropic visant à introduire subrepticement une régulation de l’IA “woke” et d’autres réglementations en passant par les États démocrates comme la Californie." Woke. Le terme préliminaire à l'ostracisation était lâché, requiérant une contre-mesure immédiate pour apaiser l'ire présidentielle éventuelle.
Vers une neutralité politique
Voilà pourquoi Dario Amodei s'est retrouvé à publier cette déclaration de principe qui sent bon le genou en terre. Voilà pourquoi il affirmait notamment que les modèles d'IA d'Anthropic ne sont pas "particulièrement biaisés" en matière de politique.
Pour appuyer ses propos, il a cité deux études, dont l'une publiée en janvier par le Manhattan Institute et selon laquelle ceux d'autres entreprises sont plus biaisés que son modèle principal de l'époque, Claude Sonnet 3.5.
"Les cartes système (fournissent des informations sur la façon dont un système d'IA est développé) de nos derniers modèles, Sonnet 4.5 et Haiku 4.5, montrent que nous progressons rapidement vers notre objectif de neutralité politique", a souligné le PDG.
Pour prendre encore plus de recul, ces déclarations interviennent également quelques mois après que Donald Trump a présenté son plan d'action sur l'IA, qui vise entre autres à développer une IA sans "biais idéologique".
Une vision partagée
Anthropic, par la voix de son patron, rappelle d'ailleurs qu'elle a salué ce plan d'action lorsqu'il a été annoncé, en juillet dernier. "Nous avons soutenu les efforts du président visant à développer l'approvisionnement énergétique aux États-Unis afin de gagner la course à l'IA", a déclaré Dario Amodei. Il en a d'ailleurs profité pour mentionner le sommet sur l'IA et l'énergie auquel il a participé avec Donald Trump le même mois.
Parmi les autres initiatives de sa start-up, le PDG mentionne également qu'elle a récemment offert ses modèles d'IA au gouvernement américain pour un dollar symbolique ou encore qu'elle a embauché des experts en politique provenant des Partis républicain et démocrate. Anthropic a également formé un conseil consultatif composé d'anciens fonctionnaires de l'administration Trump.
"Nous sommes prêts à travailler de bonne foi avec toute personne, quelle que soit son affiliation politique", a avancé Dario Amodei. Cela, dans l'objectif de faire de la vision que la start-up partage avec le président américain une réalité. À savoir "essayer de maximiser les aspects positifs et de minimiser les aspects négatifs de l'IA vu que ces systèmes ne sont ni entièrement bons ni entièrement mauvais.