"Nous sommes aveugles": la patronne de la DGSI plaide pour la fin du chiffrement des messageries privées

La pression se fait de plus en plus forte sur les messageries privées. Whatsapp, Telegram, Signal.. Ces outils ont été conçus pour être chiffrés de bout en bout et assurer ainsi l'anonymat des utilisateurs et la confidentialité de leurs messages.
Forcément, ces messageries sont aussi une opportunité pour les criminels qui s'en servent pour communiquer facilement et en toute discrétion. C'est la fin de ce chiffrement, en tout cas partiel, que réclame le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau dans le cadre du projet de loi conter le narcotrafic.
A travers un amendement controversé, une première fois rejeté par la commission des lois, mais revenu une fois de plus sur la table, l'exécutif espère créer une porte dérobée qui autoriserait de surveiller les conversations.
Un projet largement soutenu par Céline Berthon, directrice générale de la DGSI. "Alors que nous utilisions jusqu’à aujourd’hui des outils d’interception téléphonique (…) les messageries chiffrées rendent ces méthodes obsolètes", explique-t-elle dans le JDD.
"Très concrètement, nous sommes aveugles sur le contenu des conversations de nos cibles", insiste-t-elle.
"Pas de surveillance généralisée"
Selon elle, cet amendement permettrait donc de transposer ce qui se fait sur les écoutes téléphoniques aux messageries en ligne en visant "des individus qui présentent une menace, car susceptibles de préparer une action violente."
"Soyons très clairs à ce propos: il ne s’agit absolument pas de surveillance généralisée", explique-t-elle pour répondre aux critiques.
Rappelant que les messageries "ne coopèrent jamais sur l’accès aux contenus" (pour la bonne raison qu'elles n'ont, elles-mêmes, pas accès aux conversations, NDLR), Céline Berthon tance aussi "certains acteurs qui s’opposent à cet outil font preuve d’une mauvaise foi et portent une logique idéologique."
L'apparition de cet amendement controversé a provoqué une levée de boucliers notamment chez les spécialistes de la cybersécurité, rappelant que la création d'une porte dérobée pour les autorités ouvrait la voie à des surveillances multiples. Les messageries s'opposent depuis longtemps aux pressions politiques et pas seulement en France.
Au Royaume-Uni, Whatsapp a menacé de fermer son service si le gouvernement tentait d'en affaiblir la sécurité.
