Apple annonce le départ de son responsable de l’IA, aussitôt remplacé par un ancien de Google et Microsoft, avec l’espoir que cela lui permette de rattraper son retard

L'intelligence artificielle et Apple, c'est une affaire qui ne tourne pas tout à fait rond. Ce 2 décembre, l'entreprise dirigée par Tim Cook a annoncé le départ prochain à la retraite de John Giannandrea.
Il occupait jusqu'à présent le poste de vice-président senior en charge de l'apprentissage machine et de la stratégie IA. Il devient conseiller auprès d'Apple jusqu'à son départ effectif à la retraite au printemps 2026.
Une arrivée en fanfare, un départ en catimini
Arrivé à ce poste en 2018, il avait rapidement grimpé les échelons, avant de finalement être mis de côté depuis le fiasco du "Siri 2.0", cette version plus intelligente de l'assistant d'iOS et de macOS, qui doit arriver en 2026 alors qu'elle était attendue pour le début d'année 2025. En avril dernier, il avait également été invité à lâcher du lest, notamment en perdant l'équipe dédiée à la robotique au sein d'Apple.
En outre, Kim Vorrath, une historique de l'entreprise, aurait été appelée à la rescousse pour sauver les meubles et tenter de repartir sur des bases saines concernant l'intelligence artificielle. Bloomberg avait annoncé à l'époque que Tim Cook n'avait plus confiance dans la capacité de John Giannandrea à tenir son rôle et à sortir les nouveautés attendues.
A peine parti, déjà remplacé
De fait, John Giannandrea laisse derrière lui un chantier loin d'être bouclé. Mais sa place ne reste pas vacante. Il est officiellement remplacé par Amar Subramanya, qui est passé par Google, pendant 16 ans, avant d'arriver cette année chez Microsoft, où il était vice-président corporate de l'IA.
Le nouveau venu, "un chercheur en IA de renom", selon Apple, qui a notamment supervisé les équipes de Gemini chez Google, récolte le titre de vice-président de l'IA.
Un titre légèrement différent de celui de son prédécesseur et qui fait qu'il est placé sous les ordres directs de Craig Federighi. Un ordre hiérarchique logique, justifié en quelques mots dans le communiqué d'Apple.
"Craig a joué un rôle déterminant dans la conduite de nos efforts en matière d’IA, notamment en supervisant notre travail visant à offrir l’an prochain une version plus personnalisée de Siri aux utilisateurs", y déclare Tim Cook, plaçant de facto John Giannandrea hors cadre.
Un chantier colossal
Amar Subramanya sera chargé tout particulièrement de travailler au développement des modèles fondation, à la recherche en apprentissage machine et aux questions de sécurité et d'évaluation de l'IA.
Si Apple est très en retard dans le domaine de l'IA, il a toutefois deux atouts. Le premier, son approche centrée sur la vie privée, qui repose, deuxième atout, sur une intelligence artificielle locale, sur l'appareil. Une véritable force, qui est rendue possible par la maîtrise d'Apple sur ses puces.
Toutefois, le travail à fournir est encore très important pour raccrocher les wagons. Apple a vu plusieurs de ses experts dans le domaine être recrutés par la concurrence sur fond de guerres intestines, et les rumeurs qui annoncent plutôt un partenariat avec une IA extérieure plutôt que des modèles maisons ne plairait pas à grand monde.
Toutefois, selon des informations de Bloomberg, notamment, cela ne signifierait pas pour autant que le Siri présenté lors de la WWDC 2024 - avec des démos qui étaient fausses - serait définitivement mort et enterré. Apple compterait sur l'intelligence artificielle de Google dans un premier temps, sans pour autant abandonner l'idée de développer ses propres modèles et solutions. Même s'il sera difficile de rattraper son retard.
Apple n'a pas attendu l'avènement de ChatGPT pour placer l'IA au sein de ses systèmes d'exploitation, mais le chatbot d'OpenAI a montré une voie que les utilisateurs embrassent de plus en plus. La génération d'images, de vidéos, mais aussi de textes ou de codes sont autant d'éléments qui ne sont tout simplement pas disponibles par défaut sur les iPhone et Mac. Apple le sait, et elle espère qu'Amar Subramanya saura inverser la tendance.
Dans une déclaration en marge de cette nomination, Tim Cook a rappelé que l'IA était "au coeur de la stratégie d'Apple" et que l'expertise de son nouveau talent était même "extraordinaire". Dans le même communiqué, le grand patron d'Apple ajoute poliment être "reconnaissant" du travail de son prédécesseur, même si celui-ci paraît un peu poussé vers la sortie.
Toutefois la course à l'IA n'est pas un 100 mètres, c'est un marathon. Si le démarrage a été compliqué, Apple n'a pas dit son dernier mot. Il faut désormais que le passage de relais se fasse et le géant de Cupertino joue habilement de ses atouts.