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"Il y a un sujet": mécontent de l'accord avec Disney, Canal+ menace de couper les vivres au cinéma français

BFM Business Sylvain Trinel
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Le cinéma français arrivera-t-il à dépasser la crise provoquée par l'accord signé avec Disney+ au sujet de son financement? Rien n'est moins sûr à en croire le patron de Canal+.

Le 29 janvier 2025 est une date dont Canal+ (mais aussi Netflix) se souviendra. La chaîne cryptée a en effet appris, comme tout le monde, l'accord entre le secteur du cinéma et Disney+, qui permettra à la plateforme de SVOD de pouvoir diffuser ses films et ceux issus du cinéma français seulement neuf mois après leur sortie en salle.

Jusqu'à présent, Disney+ devait attendre 17 mois, comme Prime Vidéo et Max (contre 15 pour Netflix). La chronologie des médias, qui assure ces délais et le financement de secteur audiovisuel est donc de nouveau renégociée, ce qui ne plaît pas du tout à Canal+.

Par la voix de son président, Maxime Saada, le groupe détenu par Vincent Bolloré a fait part de son incompréhension. Interrogé par les sénateurs le 29 janvier dernier, il a ainsi rappelé que "le succès du cinéma français est unique et il n'existerait pas sans le soutien de Canal+."

Canal+ pose la question de son financement du cinéma

Il faut dire que Canal+ a de quoi voir rouge. Quand Disney ne dépense que 35 millions d'euros par an pour attendre neuf mois, Canal+ en redistribue 220 millions pour accéder à la fenêtre des six mois. Une rallonge pour seulement trois mois de différence qui ne passe pas.

"Si Disney est à 9 mois pour 35 millions d'euros, pour Canal+, il y a un sujet sur les 220 millions pour 6 mois," s'est questionné un Maxime Saada visiblement agacé.

Le dirigeant de Canal+ laisse par ailleurs planer le doute sur la poursuite d'un tel investissement. Le groupe pourrait ainsi réduire la facture de l'ordre de 50 millions d'euros. Il parle d'une "menace" qui est "à l'étude" et qu'il faut prendre très au sérieux.

La chaîne cryptée a d'ailleurs prouvé par le passé qu'elle pouvait mettre ses avertissements à exécution. Lorsqu'il a fallu renégocier les droits sur la Ligue 1, elle n'y a pas participé, ce qui n'a pas eu d'incidence particulière sur son nombre d'abonnés en France.

"La question est: est-ce que [le secteur] préfère un modèle dans lequel Canal+ contribue largement, quitte à dépendre de lui, ou est-ce [qu'il veut] se libérer de cette dépendance, en prenant le risque de perdre 150 ou 200 millions d'investissements du groupe Canal?", prévient-il.

L'ultimatum, lancé peu avant l'officialisation des neuf mois de Disney+, n'a semble-t-il pas été entendu par les professionnels du milieu.