"Mes abonnés ne comprendraient pas": pourquoi, comme Léna Situations, des influenceurs disent non au géant chinois Shein

Mercredi 5 novembre 2025, Shein a fait son entrée par la grande porte du magasin BHV. Affiche revancharde, espace XXL et plan médiatique bien rodé... Si ce n'est l'affaire des poupées sexuelles d'enfants (pour laquelle Aliexpress et Wish sont également dans le viseur de la justice) et l'exclusion du BHV de la fédération des grands magasins, rien ne semble arrêter l'ascension de la marque.
C'est la première fois dans le monde que Shein ouvre un magasin physique. Le géant chinois continue en parallèle de communiquer sur les réseaux sociaux, et cherche à embaucher les plus grandes stars pour promouvoir sa gamme de vêtements.
Mais la tâche n'est pas aisée. Léna Situations, une des influenceuses françaises du secteur de la mode les plus en vue, déclarait ainsi sur France 2, dimanche 16 novembre: "J'ai dit non (à Shein). On me l'a proposé avec beaucoup de zéros." Pour la jeune femme, c'est le concept même de Shein qui ne lui "plaît pas": "Et je pense que ça ne plairait pas forcément à ma communauté," a-t-elle ajouté. Elle-même fait néanmoins fabriquer certains des vêtements de sa dernière collection en Chine, ce qui a été vivement critiqué par ses fans.
Mais, selon nos informations, les influenceurs importants ne sont pas nombreux à se bousculer au portillon, et certains autres grands noms ont également refusé une collaboration avec la société chinoise.
Une proposition commerciale "très élevée"
Une influenceuse reconnue dans la mode, qui a plus d'un million d'abonnés sur Instagram, et qui a souhaité conserver l'anonymat, explique elle aussi avoir dit "non" à Shein: "Ca ne correspond pas à mes valeurs. J'essaie de promouvoir une mode éthique, et même si c'est forcément compliqué et qu'il faut faire des choix, Shein représente tout le contraire de ce que je peux présenter à mes abonnés," plaide-t-elle.
Elle confirme pourtant avoir reçu une proposition commerciale "très élevée": "Un montant très inhabituel d'ailleurs," précise l'influenceuse, qui n'a pas souhaité rentrer dans les détails.
Même chose pour une seconde influenceuse, qui dispose quant à elle de plusieurs centaines de milliers d'abonnés et est spécialisée dans le lifestyle - elle aussi a demandé à rester anonyme: "Ils m'ont proposé, j'ai tout de suite refusé. Je suis moi-même à la tête d'une petite marque de vêtements qui produit en Europe, je ne vais pas commencer à collaborer avec une marque comme Shein."
"C'est suicidaire"
"Le problème, ce n'est pas tant que c'est produit en Chine, car dans ce cas-là, on arrête les collaborations avec la plupart des marques, mais ce sont les conditions qui posent question. Le risque sur l'image est très important," ajoute la jeune femme d'une vingtaine d'années.
L'image est, au-delà de la manière dont Shein impacte le monde de la mode et l'industrie du vêtement partout dans le monde, l'autre argument qui motive cette désertion: "Je peux comprendre qu'on fasse la promotion de Shein car sur des réseaux sociaux comme Tiktok, ça fait recette, mais ça véhicule une banalisation de la mode qui ne respecte pas grand chose," affirme cette seconde influenceuse.
La première aimerait que les influenceurs, qui jugeront opportun de se rendre à l'événement, s'interroge sur "ce que vaut cette collaboration pour leur image". "Certains ne comprennent pas qu'on puisse promouvoir la mode éthique, mais Shein, c'est tellement le pire du pire de ce que peut faire la mode. C'est suicidaire pour leur image à court et long terme."
Accepter Shein, c'est se couper du luxe
Conscients que les réactions très négatives autour de l'arrivée de Shein au BHV risquent de porter atteinte à leur image, il devient compliqué pour les influenceurs reconnus de se positionner.
D'autant qu'il y a également la question de l'impact sur le long terme qui se pose. Un influenceur collaborant aujourd'hui avec Shein, régulièrement critiqué pour être le porte-étendard de la fast fashion, les marques de luxe pourraient décider de ne plus du tout collaborer avec les influenceurs qui se rendent à l'événement ou portent ses couleurs au fil d'opérations ponctuelles.
Un positionnement doit donc être choisi, alors qu'il est difficile pour eux de refuser des montants parfois très élevés de la part d'acteurs peu recommandables souhaitant s'implanter en France et en Europe.
Contacté par Tech&Co, un porte-parole de Shein n'a pas souhaité commenter ces prises de position.