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"La Silicon Valley s'est égarée": le patron de Palantir fustige les entreprises de la tech

BFM Business Salomé Ferraris
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Dans son dernier ouvrage, Alexander Karp, le patron de Palantir, dresse un portrait sombre de la Silicon Valley. Selon lui, les entreprises de la tech, obsédées par les profits et les réseaux sociaux, devraient plutôt s'allier avec le gouvernement pour répondre aux grands défis de notre siècle.

Alexander Karp, cofondateur et PDG de Palantir, ne mâche pas ses mots. Comme le rappelle Techcrunch, ce 18 février, le PDG de l'entreprise spécialisée dans l'analyse de données a publié The Technological Republic, un ouvrage qui revient sur l'histoire de la Silicon Valley et le succès de sa société.

Et les premières lignes du livre sont sans équivoque. "La Silicon Valley s'est égarée". Selon le patron, elle se serait perdue dans une quête de profits immédiats, oubliant les ambitions qui l’ont autrefois portée. En effet, d'après Alexander Karp et son co-auteur, Nicholas Zamiska, directeur des affaires générales de Palantir, la réussite des entreprises de la Silicon Valley est due à une alliance étroite avec le gouvernement américain.

Obsédée par les réseaux sociaux

Or, cette collaboration se serait délitée, laissant place à une industrie obsédée par les réseaux sociaux et les profits. Le gouvernement aurait "cédé au secteur privé le défi de développer la prochaine vague de technologies révolutionnaires".

De son côté, la Silicon Valley "s’est repliée sur elle-même, concentrant son énergie sur des produits de consommation plutôt que sur des projets qui répondent à nos besoins en matière de sécurité et de bien-être".

Les auteurs fustigent notamment une industrie qui valorise "la publicité, les achats en ligne, ainsi que les réseaux sociaux et les plateformes de partage de vidéos". Chiffres à l'appui, ils rappellent qu'en 2023, les investissements dans les technologies de défense représentaient à peine 5% des fonds alloués aux start-ups tech, contre près de 20% dans les années 1980.

Mais tout n'est pas perdu pour Alexander Karp. "L'industrie du logiciel devrait reconstruire sa relation avec le gouvernement et réorienter ses efforts et son attention vers la construction de la technologie et des capacités d’intelligence artificielle qui répondront aux défis les plus urgents auxquels nous sommes collectivement confrontés", insiste le patron. Parmi ces challenges, la sécurité nationale, le changement climatique ou les crises sanitaires.

Les ingénieurs auraient d'ailleurs une "responsabilité morale". Ils auraient "l’obligation de participer à la défense de la nation et à l’articulation d’un projet national: qu’est-ce que ce pays, quelles sont nos valeurs et que défendons-nous?"

Un point de vue loin de faire l'unanimité. Selon le New Yorker, le livre est un "anachronisme", probablement écrit avant la victoire de Donald Trump. "Sa vision d’une relation de soutien mutuel entre Washington et la Silicon Valley est devenue entre-temps presque désuète", précise le média. De son côté, Bloomberg voit dans l'ouvrage un simple "support publicitaire" pour promouvoir Palantir.