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"On est comme des oufs": comment le Thermomix est devenu un objet de fascination

BFM Business Salomé Ferraris
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Le constructeur allemand Vorwerk a dévoilé le 15 février dernier son nouveau robot-cuiseur connecté, le TM7. Une annonce qui enchante les fans de Thermomix qui ne cessent de vanter les mérites de cet outil "émancipateur".

Dans la soirée du 15 février, ce fut une cérémonie digne de la remise des Oscars de Hollywood. Six ans après le lancement du Thermomix TM6, Vorwek a dévoilé son nouveau robot-cuiseur connecté , le TM7, devant une foule en délire.

Le constructeur allemand a mis les bouchées doubles. Au programme, un podium, des vidéos de présentations dignes des keynotes d'Apple, des néons dans tous les sens et de la musique à pleine puissance. Un orchestre symphonique a même été réservé pour l'occasion. "My all new TM7", annonce alors une voix robotique. Les premières images du robot apparaissent alors sous les salves d'applaudissements de la foule.

Une présentation digne du concert de Beyoncé

Dans la salle comble, impossible d'échapper aux hurlements hystériques de la cohorte de fans agglutinés en rang serré devant la scène. À mesure que les vidéos défilent, une nuée de smartphones se lève pour capturer le moindre petit instant de la conférence.

"On est comme des oufs", s'égosille une fervente utilisatrice du robot, présente à la cérémonie.

"C'est un truc de malade", ajoute une autre. Lorsqu'une mystérieuse boîte noire arrive sur scène, les cris et les applaudissements redoublent de puissance. Ils couvrent même la musique du show à l'américaine. Quand soudain, le couvercle tombe. Le nouveau modèle Thermomix TM7 est dévoilé au grand jour.

"Une soirée comme ça, c'est quelque chose que tu ne vis qu'une seule fois dans ta vie, j'ai vraiment eu des frissons", se remémore auprès de Tech&Co Valène, une "maman blogueuse" depuis six ans, également commerciale pour l'enseigne. "Quand le TM7 est arrivé sur scène, tout le monde criait. (...) C'est vrai que c'est un peu comme si Beyoncé avait fait un concert."

Cette fois-ci, le nouveau robot-cuiseur multifonction, dopé à l'intelligence artificielle (IA), bénéficie d'un nouveau design et d'un écran plus grand. Le tout, pour la modique somme de 1.599 euros, soit 100 euros de plus que son prédécesseur. Mais qu'importe pour les fans. Le prix est totalement justifié.

"C'est notre bébé"

"Tu sais, le Thermomix, c'est notre bébé, on l'aime", plaisante celle dont la vidéo de la soirée frôle les 2 millions de vues sur Tiktok.

Valène a découvert les robots multifonctions "un peu par hasard". "J'étais enceinte et j'avais envie de faire du fait-maison", se souvient-elle. Le hic, c'est que la future mère ne sait pas cuisiner. "Je ne savais cuire que de la purée, des pâtes et de la semoule. Mon fils allait arriver, je ne pouvais pas lui donner que ça!"

Ni une, ni deux, elle fait venir une conseillère Vorwek qui lui présente le produit. Valène est immédiatement convaincue et utilise ses économies pour se le procurer. Le coup de foudre est immédiat. "Je gagne tellement de temps. Quand on ne sait pas cuisiner, c'est l'allié parfait", remarque la blogueuse, suivie par 92.000 fans sur Facebook.

"Moi, ça m'a changé la vie", glisse la maman. "Honnêtement, je panique si je n'ai plus mon Thermomix, je suis perdue sans lui. Je l'emmène même en vacances, dans mon Airbnb ou pour ma baby shower", liste Valène.

Une ferveur (presque) démesurée pour un ustensile de cuisine. Pourtant, Valène est loin d'être une exception. Les détenteurs de Thermomix, qui sont plutôt des détentrices, sont unanimes: le robot a changé leur vie.

"C'est un peu comme mon troisième enfant"

"Je ne peux plus m'en passer", pétille Laurence, une professeure des écoles de 40 ans, interrogée par Tech&Co. "Je fais des plats de chefs trois fois plus rapidement que ma mère", sourit-elle.

Un enthousiasme qui se ressent sur le marché de l'électroménager. Au total, le groupe a vendu plus de 8 millions d'unités dans le monde de son modèle TM6, générant 1,7 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2024. En France, deux millions de Français en sont équipés. Pire, certains grands chefs ne jurent que par le Thermomix. Ferran Adrià, un chef triplement étoilé, en aurait eu 15 dans sa cuisine.

Chez le cuistot, comme dans les autres cuisines, le robot trône fièrement au milieu du plan de travail, telle une œuvre d'art. "En même temps vu le prix, j'ai envie que tout le monde sache que j'en ai un", blague Laurence. La maman de deux enfants s'est vue offrir le précieux bien par sa mère, il y a déjà cinq ans. Depuis, elle l'utilise quotidiennement.

"C'est un peu comme mon troisième enfant. Avec ma famille, on s'est amusés à coller des autocollants pour le rendre plus mignon", relate-t-elle.

"Avant, j'étais esclave de la cuisine"

De son côté, Sophie, conseillère de vente dans un magasin de bijoux de luxe, n'a "pas le temps" de cuisiner. "Entre ma fille et mon boulot, c'est vraiment la course", déplore-t-elle aurpès de Tech&Co, alors qu'elle tente de jongler entre l'interview et le goûter de sa dernière. "Avec le Thermomix, je mets tout dedans, je lance et j'ai un risotto en 10 minutes ou des tomates farcies en 20 minutes", chiffre-t-elle. "Comme ça, je peux faire d'autres choses pendant que ça cuit."

Justement, pendant l'appel, Sophie s'attelle à la tâche. Cette après-midi, elle prépare un clafoutis aux abricots. Nonchalamment, elle dispose ses abricots, "des bio évidemment", dans le fond du moule. Elle jette le reste des ingrédients dans le bol du Thermomix, appuie sur deux boutons et la recette est terminée. Le gâteau est déjà dans le four, en moins de 10 minutes.

"Je me prends beaucoup moins la tête", note la jeune maman. "Avant, j'étais vraiment esclave des tâches ménagères et surtout de la cuisine. Je passais ma vie dedans. Là, je peux me recentrer sur ma famille et sur moi-même", poursuit celle qui voit dans le robot un moyen de "s'émanciper".

La vente directe, clé du succès

Pour Julia, derrière le blog Cooking Julia spécialisé dans les recettes au Thermomix, l'outil est une solution pour "maîtriser ce qu'elle met dans ses assiettes. "Le fait de ne pas manger des produits ultra-transformés, ça a motivé ma décision d'en acheter un", précise-t-elle à Tech&Co.

Ça fait déjà 13 ans qu'elle a craqué pour le plus célèbre des robots ménagers. "Je ne regrette pas", insiste-t-elle. Peser, hacher, mixer, découper, émulsionner, pétrir, battre: l'appareil est capable de tout faire "sauf de faire les courses et de cuir un steak", plaisante Julia.

"Je me suis rendue compte que je pouvais faire plein de choses moi-même. Par exemple, si tu as oublié le pain, tu peux le faire." Si les démonstrations de la réunion Thermomix l'ont "séduites", Julia reconnaît avoir toujours eu l'outil dans "un coin de sa tête".

"Ma mère aussi avait un Thermomix. À l'époque, il n'était pas aussi sophistiqué, mais j'ai vu ce qu'elle arrivait à en faire. Je connaissais déjà le produit. Alors au fur et à mesure, je me suis laissée tenter".

"Ne pas avoir de Thermomix? Ça me parait impossible", s'étouffe Diane, 28 ans. Dès les premières minutes de l'interview, la jeune femme tente de nous convaincre de céder à la tentation du robot multifonctions. "Il faut absolument en acheter", rabâche Diane qui tente de se faire rembourser l'objet. En effet, c'est la vente directe qui fait le succès de la marque. 90% des ventes de l'enseigne reposent sur ses conseillères démonstratrices. Leur objectif? Multiplier les vidéos de recettes et les réunions de démonstration organisées chez des particuliers pour obtenir un appareil gratuit (au bout de quatre ventes, l'outil est offert) ou toucher une commission.

Une concurrence loin d'être au niveau?

"Même sans aucune base, tu peux faire des recettes incroyables. Tu en as plein sur l'application Cookidoo. C'est inratable", assure Diane. "En plus, c'est varié et équilibré. Avec ça, tu peux dire adieu aux surgelés", mitraille-t-elle. "Et je t'ai parlé du gain de temps?" Mais la jeune femme le garantie: le Thermomix, c'est avant tout une passion.

"Je ne suis pas commerciale, moi. Je ne vends pas un produit, je partage juste ma passion", s'obstine la professeure de yoga. "J'en parle tout le temps, je pense que mes amis en ont marre", constate-t-elle.

Un avis partagé par Valène. Depuis quatre ans, elle a quitté son ancien travail pour se consacrer à 100% à l'aventure Thermomix. "Ma communauté s'identifie facilement à moi. On est Mme et Mme 'tout le monde'. Ça m'arrive de faire des lives en pyjamas pour cuisiner." Et effectivement, le succès est au rendez-vous. Deux jours après l'annonce du TM7, Valène a déjà vendu 10 modèles en précommande.

Depuis, la popularité de l'appareil a aiguisé l'appétit des concurrents. Des imitations moins chères, comme le Monsieur cuisine de Lidl, sont apparues. Mais pas de quoi inquiéter les aficionados de la marque. "Le bol est trop lourd", peste Marie, 39 ans. L'employée de mairie a récemment testé la version de Lidl chez une de ses amies. "Il y a beaucoup de défaillances (...) Par exemple, pour les soupes, la texture est moins légère (...) il peut rester des morceaux." "Je n'échangerai pour rien au monde mon Thermomix", affirme Julia.