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Jeudi de l'Ascension: 40, un nombre clé de la Bible

BFM Robin Verner
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Ce jeudi, les chrétiens célèbrent l'ascension de Jésus vers le royaume des cieux. Cet événement religieux est situé quarante jours après Pâques. Et le nombre 40 revient à de très nombreuses reprises dans la Bible. Que signifie-t-il? Daniel Marguerat, spécialiste de la Bible, l'a expliqué à BFMTV.com.

Les chrétiens se souviennent ce jeudi d'un jour bien particulier: celui où Jésus a quitté, selon leur foi, la compagnie de ses disciples pour rejoindre Dieu le père. Une élévation vers le "Royaume des cieux" qu'on appelle l'Ascension. D'après la religion chrétienne, c'est quarante jours après la résurrection de Jésus à Pâques qu'est intervenu cet événement. De prime abord, cette durée peut passer comme anodine. Il n'en est rien: 40 est un nombre aussi mystérieux que crucial pour la Bible. En effet, tout au long de l'Ancien et du Nouveau Testament, il revient sans cesse.

Quarante ans de retrouvailles 

En ce qui concerne la Bible hébraïque, c'est pendant "quarante jours et quarante nuits" que les pluies du Déluge s'abattent sur la Terre faisant tanguer l'arche de Noé. Moïse, dont la vie se découpe en trois périodes de quarante ans, comme l'a souligné le bibliste Jacques Nieuviarts dans La Croix, a jeûné quarante jours. Et la liste est loin d'être exhaustive. Pour les Évangiles, outre les quarante jours séparant Pâques de l'Ascension, on pense aux quarante jours que Jésus passe dans le désert où il résiste aux tentations de Satan. Daniel Marguerat, professeur honoraire à l'université de Lausanne en Suisse où il a enseigné le Nouveau Testament, est l'auteur de nombreux livres sur celui-ci dont dernièrement L’historien de Dieu. Luc et les Actes des apôtres. Il explique à BFMTV.com que pour approcher la signification du nombre 40 dans la Bible, il faut en revenir à un autre passage des Écritures. 

"Le nombre 40 est une symbolique biblique, et spécifiquement biblique, qui tient son origine dans le livre de l'Exode: les quarante ans du peuple hébreu dans le désert", pose-t-il. Conduits par Moïse et son frère Aaron, les Hébreux quittent le pays de Pharaon après quatre siècles d'esclavage. Derrière eux, la mer Rouge que Moïse a ouverte à la demande de Dieu, devant eux, la "Terre promise". Problème: les Hébreux vont errer dans cet inconfortable intervalle pendant quarante ans. "Ces quarante ans symbolisent la période durant laquelle Israël va totalement retrouver son Dieu. C'est un temps de purification et de retrouvailles pour se réapproprier ce Dieu." C'est d'ailleurs à ce moment que Moïse reçoit de Dieu la Torah selon la tradition. 

A l'image de la Bible 

Ces quarante années n'ont par conséquent rien d'un âge sombre pour l'Ancien Testament: "C'est un temps plein, de maturité, dans la mémoire d'Israël", pointe Daniel Marguerat. Et les juifs qui embrassent plus tard le message de Jésus sauront s'en souvenir, notamment au moment de raconter dans les Évangiles de Marc et surtout de Luc les quarante jours qui séparent la Pâques de l'Ascension: "Il s'agit de quarante jours de manifestation du ressuscité devant ses disciples. Ceux-ci ont pu alors gagner la conviction que la mort n'avait pas englouti Jésus. Ils ont eu quarante jours pour se convaincre que Dieu était solidaire de Jésus", poursuit le professeur.

Quarante jours pour rappeler, en accéléré, quarante ans, comme un hommage rendu par les évangélistes à leurs aînés? "Hommage est un mot très partiel", écarte Daniel Marguerat. "Le retour du nombre 40 est une reprise cyclique et toute la Bible est comme ça!"

Quarante minutes, quarante jours ou quarante ans 

Dans tous les cas, un constat s'impose: même en parlant de reprise et non d'hommage, quarante jours, ce n'est pas franchement la même chose que quarante ans. "En fait, la symbolique du nombre est plus importante que la durée chronométrique. C'est elle qui fait foi. Qu'on parle de quarante minutes, quarante jours, ou de quarante ans, le nombre renvoie immédiatement dans l'esprit du croyant à l'Exode ou aux tentations subies par Jésus", développe l'expert. 

Et la symbolique est tellement forte qu'au moment de l'écriture des Évangiles et de leur mise en circulation, il n'y pas besoin de s'attarder dans le détail sur le nombre de jours qui s'écoulent entre le moment où Jésus sort de son tombeau et son élévation: "Pour le croyant de l'époque, c'était un code culturel. A ce moment-là, il n'y avait que le langage de l'Ancien Testament. L'évangéliste Luc n'a même pas besoin de faire un commentaire. Et quand il écrit le terme "quarante", il veut dire qu'il faut se référer aux autres "quarante". Il utilise une clé d'interprétation."

Et, ce jeudi, c'est ce code culturel qui sera de rigueur dans les églises.