Réforme des retraites: la grève s'installe au moins jusqu'à lundi, le gouvernement sous pression

Le jour d'après une mobilisation massive: les syndicats opposés à la réforme des retraites, ragaillardis, décident ce vendredi de la suite du mouvement social, qui va continuer à perturber fortement les transports, avant d'éventuelles concessions de l'exécutif.
Au moins 800.000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur, sont descendues dans la rue partout en France et des secteurs entiers d'activité ont tourné au ralenti en ce jeudi noir de grèves et manifestations contre le futur "système universel" de retraite.
La CGT a revendiqué plus d'1,5 million de manifestants dans tout le pays, et y a vu "une première étape réussie". Une mobilisation "d'une ampleur rare, inédite depuis 2010 et 1995", lors de précédentes réformes des retraites, a abondé Force ouvrière.
D'autres mobilisations à venir
Faut-il s'attendre à un nouveau rendez-vous dès samedi, pour gonfler les actions déjà prévues contre le chômage et la précarité? A une deuxième journée de grèves et manifestations mardi ou jeudi prochain? L'intersyndicale (CGT, FO, Solidaires, FSU...) et les organisations de jeunesse se réunissent vendredi matin au siège de Force ouvrière pour en décider.
Regonflés par ce premier succès après des mois de marginalisation, les syndicats vont "proposer d'autres 'temps forts' interprofessionnels, dès la semaine prochaine" afin de pousser le pouvoir à abandonner sa réforme, a prévenu la CGT.
À Paris, la manifestation de jeudi a rassemblé 250.000 personnes selon la centrale de Montreuil, 65.000 pour la place Beauvau. En dépit d'incidents entre black blocs et forces de l'ordre, Edouard Philippe a tenu à rendre "hommage" aux syndicats, notant que dans "un très grand nombre de villes", les manifestations "se sont bien passées".
Emmanuel Macron "calme et déterminé à mener cette réforme"
Emmanuel Macron est "calme et déterminé à mener cette réforme, dans l'écoute et la consultation", avait indiqué un peu plus tôt l'Élysée, précisant que son Premier ministre "s'exprimerait vers le milieu de la semaine prochaine sur l'architecture générale de la réforme".
Auparavant, lundi ou mardi, le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, tirera les conclusions d'une longue concertation sur ce dossier. "Il reste des marges de négociation", a assuré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.
A l'origine de la colère: le "système universel" par points censé remplacer, à partir de 2025, les 42 régimes de retraites existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires). L'exécutif promet un dispositif "plus juste", quand les opposants redoutent une "précarisation" des retraités. Des sondages récents ont montré que le mouvement était majoritairement soutenu par les Français.
Une grève massivement suivie
Vendredi, les transports devraient rester très perturbés: à la RATP, la reconduction du mouvement a été votée jusqu'à lundi et la direction prévoyait 10 lignes de métro fermées, comme jeudi. A la SNCF, la direction anticipe 90% de TGV et 70% de TER annulés. Le taux de grévistes au sein de la compagnie ferroviaire a atteint 55,6% jeudi, du jamais vu depuis 2007.
Sept des huit raffineries françaises ont été en grève et les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme. Nombre d'écoles sont restées closes jeudi. Le ministère de l'Éducation a recensé 51,15% d'enseignants grévistes dans le primaire et 42,32% dans le secondaire. Une partie seront de nouveau en grève vendredi.
Grève aussi dans la police: les fonctionnaires ont effectué un service minimum, bloquant certains commissariats. A EDF, le taux de grévistes a atteint 41,4% selon la direction. Éboueurs, avocats, retraités ou transporteurs routiers avaient aussi appelé à l'action. De même que des "gilets jaunes", le PS, LFI, le RN ou le PCF.
Des syndicats peu coutumiers des manifestations ont été de la partie, dont des fédérations de l'Unsa, des syndicats de la CFTC, et surtout la CFE-CGC, qui a même été conviée à la réunion intersyndicale de vendredi.
Ne pas être "bêtement budgétaire"
Seule la CFDT continue de soutenir l'idée d'un régime "universel". Mais son secrétaire général, Laurent Berger, a regretté que "la logique qui prévaut", c'est "de se mettre (...) sur la figure avant de commencer à discuter".
Le premier syndicat français pourrait cependant avoir été entendu sur un point dont il avait fait un casus belli: la mise en oeuvre d'une mesure "paramétrique" (allongement de la durée de cotisation, mesure d'âge...) pour équilibrer les comptes avant le changement de système.
"Il ne faut pas être bêtement budgétaire, pas tout de suite", a lâché jeudi soir sur France 2 le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin.












