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Pourquoi les couples de même sexe privilégient-ils le pacs au mariage?

BFM Sophie Cazaux
Des papiers pour le pacte civil de solidarité à Nantes, en France, le 7 janvier 2012

Des papiers pour le pacte civil de solidarité à Nantes, en France, le 7 janvier 2012 - Alain Le Bot / Photononstop / Photononstop via AFP

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Selon des chiffres publiés par l'Ined ce mardi, les couples de même sexe sont plus nombreux à avoir célébré un pacs qu'un mariage en 2023. La tendance est inverse pour les couples hétérosexuels, qui privilégient le mariage, souvent après être passé par un pacs.

26 ans après sa création, et malgré l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, le pacs reste plébiscité par les couples homosexuels. C'est ce que montrent des chiffres publiés par l'Ined ce mardi 16 décembre dans sa note de conjoncture 2025 sur l’évolution démographique récente de la France.

"Avec 10.627 contrats enregistrés en 2023, les pacs de couples de même sexe n’ont jamais été aussi nombreux depuis leur instauration en 1999", souligne l'institut public français de recherche en démographie. Les mariages de couples de même sexe, au nombre de 6.614, ont été moins nombreux. C'est la première fois, depuis 2014, que la différence entre le nombre de mariages et de pacs est si grande chez les couples de même sexe.

En 2013, l'adoption de la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe a entraîné une forte demande pour ce type d'unions chez ces couples, qui pour certains l'attendaient depuis très longtemps. Les mariages ont alors dépassé les pacs pendant trois ans pour les couples homosexuels.

Mais depuis 2016, les pacs sont "très majoritaires pour les couples de même sexe", comme le rapporte l'Ined. C'est l'inverse pour les couples hétérosexuels: le mariage est privilégié, au nombre de 234.466 en 2023, contre 193.434 pacs.

Une différence liée aux enfants?

Comment expliquer cette différence? Créé en 1999, le pacs (pacte civil de solidarité) est notamment venu répondre à la demande des couples de même sexe d'une reconnaissance légale de leur concubinage. "On était tellement dans l'attente d'une loi qui reconnaisse les couples de même sexe", ont témoigné en 2022 auprès de Franceinfo Dominique Adamski et Francis Dekens, le premier couple "pacsé" de France, le 18 novembre 1999 à Lille.

Très rapidement, le pacs, moins formel que le mariage, a également été plébiscité par les couples hétérosexuels. "Il y a un recours au pacs qui est plutôt fort chez des jeunes couples, au bout de quelques années d'union, c'est une première étape. Et puis, pour beaucoup, le mariage peut arriver plus tard, à 35 ou 40 ans, quand ils ont déjà des enfants", explique auprès de BFM Nicolas Belliot, qui a analysé pour l'Ined les chiffres de la nuptialité en France.

Cela vient, selon l'enseignant chercheur en démographie à l'université de Bordeaux, de la plus grande protection qu'offre le mariage en cas de décès du conjoint, pour les biens immobiliers par exemple.

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"Avoir des enfants incite davantage à contractualiser l'union et à se marier", ajoute Nicolas Belliot. Or, comme le notait un article publié par l'Ined en 2023, "les couples de même sexe vivent moins souvent avec des enfants que les couples de sexe différent, surtout les hommes, même si la tendance générale est à la hausse".

Une "institution hétérosexuelle"

Un autre facteur peut expliquer cette plus grande inclination pour le pacs des couples de même sexe: les représentations qui entourent l'institution du mariage. "Une partie des couples homosexuels continue de voir le mariage comme une institution hétérosexuelle, notamment en raison de son rituel, et se reconnaissent davantage dans le pacs", a affirmé le sociologue spécialiste du pacs Wilfried Rault au Monde en août.

Pour beaucoup, le mariage peut "représenter une valeur bourgeoise, un peu traditionnelle", ajoute Nicolas Belliot.

Il souligne que c'est également le cas pour beaucoup de couples hétérosexuels, en témoigne la chute du nombre de mariages célébrés en France depuis le début des années 2000.