Les syndicats espèrent entretenir la flamme sur les retraites

Lors d'une manifestation à Bordeaux au début du mois. Les syndicats refusent de baisser les bras face à une réforme "inacceptable" et assurent que la mobilisation sera au rendez-vous jeudi, même si les vacances et le vote de la loi au Parlement devraient - -
par Laure Bretton
PARIS (Reuters) - Refusant de baisser les bras face à une réforme "inacceptable", les syndicats assurent que la mobilisation sera au rendez-vous jeudi contre la réforme des retraites, même si les vacances et le vote de la loi au Parlement devraient peser sur la densité des cortèges.
Pas question pour les centrales de parler de baroud d'honneur pour cette septième journée d'action, après les manifestations qui ont réuni selon les syndicats jusqu'à 3,5 millions de personnes dans les rues au fil de l'automne.
Loin d'être symboliques, plusieurs signaux montrent cependant que l'ambition a été revue à la baisse: il n'y aura, par exemple, qu'un seul parcours, contre deux les fois précédentes, pour le cortège parisien, qui a été nettement raccourci, entre les places de la République et Saint-Augustin.
Un tracé synonyme, selon Force ouvrière, d'une "mobilisation plus militante et rituelle que générale".
"C'est compliqué de raidir les choses après sept jours de grève. L'atterrissage était un peu prévisible", analyse René Valladon, le secrétaire confédéral de FO, qui ne fait pas partie formellement de l'intersyndicale mais qui a pris part à toutes les actions depuis le printemps.
Le leader de la CGT, Bernard Thibault, explique jeudi dans Libération que l'"objectif n'est pas de battre des records" tout en tablant sur "un bon niveau de mobilisation, qui montrera que le niveau de la révolte n'a pas diminué".
L'intersyndicale doit se retrouver le 4 novembre pour faire le point sur la suite du mouvement. Une autre journée de mobilisation a d'ores et déjà été décrétée, samedi 6 novembre, pour permettre aux salariés du privé de se faire entendre.
Au gré de la reprise du travail dans plusieurs secteurs en pointe de la contestation comme les raffineries, les dirigeants syndicaux ont pris soin depuis le début de la semaine d'évoquer des "nouvelles formes" de contestation à venir, sans précision.
DES FISSURES DANS L'INTERSYNDICALE?
"On a déclenché dans le pays un débat sur la situation économique et sociale qui ne faiblira pas et qui aura des suites importantes", juge ainsi Bernadette Groison, la secrétaire générale de la FSU, principale fédération de fonctionnaires.
Avant cela, "tant que la loi n'est pas promulguée, on peut continuer à faire pression. Il faut tout faire pour éviter que ce texte sorte", a-t-elle déclaré à Reuters.
Pour les dirigeants de la majorité, Premier ministre en tête, la contestation n'a plus lieu d'être puisque la phase de la "démocratie parlementaire" est terminée.
"Le plus facile, dans une mobilisation sociale, c'est de la lancer. En sortir, c'est une autre affaire", reconnaît en écho un syndicaliste.
Le front intersyndical, jusqu'alors uni, pourrait en outre pâtir des dernières propositions du dirigeant de la CFDT.
Le secrétaire général de ce syndicat, François Chérèque, a réclamé lundi l'ouverture de négociations sur l'emploi des jeunes et des seniors, une perche opportunément saisie par le gouvernement et le patronat pour tourner la page des retraites.
Impossible de prendre cette éventuelle négociation sur l'emploi pour solder six mois de montée en puissance contre la réforme des retraites, préviennent les autres centrales.
"Aucun troc n'est possible. On ne sort pas de ce conflit sans traiter la question des retraites", lance Bernadette Groison, à l'unisson avec FO qui refuse tout "bonneteau social".
Pour le syndicat de Jean-Claude Mailly, la proposition de François Chérèque était même "à la limite de la décence".
"Qu'il cherche un autre sujet pour rebondir est une chose mais il y a un minimum de délai à respecter avant de dire aux salariés qu'on a incité à faire grève: 'terminé, on passe à autre chose'", dit René Valladon.
Sans se prononcer sur le fond de la proposition de François Chérèque, Bernard Thibault prévient la majorité: "Si certains pensent qu'il suffit de photos autour d'une table pour tourner la page, ils se trompent lourdement".
Edité par Yves Clarisse












