"Il faut absolument interdire ce poison": le père d'un jeune mort après avoir pris du protoxyde d'azote témoigne

"Une seule fois suffit pour décéder". Il y a quelques mois, Luc, le fils de François Jouaron est mort à 23 ans après avoir inhalé du protoxyde d'azote, utilisé en gaz hilarant. "Il a fait une perte de connaissance immédiate, il est tombé en arrière, et comme il était seul dans sa chambre (...), il s'est asphyxié", raconte-t-il sur BFMTV ce jeudi 4 décembre.
Il y a deux jours, dans la nuit de mardi à mercredi, trois jeunes hommes sont morts noyés dans leur voiture tombée dans une piscine à Alès (Gard). Des bonbonnes de ce protoxyde d'azote ont été retrouvées dans le véhicule sans que leur consommation ne soit établie à ce stade. Des analyses toxicologiques doivent être réalisées afin de le déterminer.
Toutefois, des appels à légiférer la vente et l'usage de cette substance se font entendre. Il y a un mois déjà, un jeune de 20 ans avait été mortellement renversé un chauffard soupçonné d'avoir inhalé du gaz hilarant.
"Il faut absolument interdire ce poison parce que ça détruit des vies et des familles", martèle ainsi François Jouaron.
"Un drame absolu"
Le jour de la mort de Luc, "moi en tant que médecin généraliste, je n'ai pas pu le réanimer, ni les pompiers ni le Samu", se souvient François Jouaron. "On vit un drame absolu depuis ce moment-là", ajoute-t-il.
Le père de famille raconte que son fils "a trouvé les cartouches dans la cuisine dans la boîte qui sert à faire la crème chantilly" et qu'il n'avait pas du tout l'habitude de prendre ce genre de choses". "Une seule fois suffit pour décéder ou pour faire un malaise", explique le médecin.
Incolore et légèrement sucré, le protoxyde d'azote, aussi appelé "proto", provoque un effet euphorisant de quelques secondes lorsqu'il est inhalé. Cette substance addictive peut entraîner des troubles neurologiques, cognitifs, cardiovasculaires ainsi que des troubles psychiques graves.
"C'est des gamins qui sont bousillés à vie, encore ceux-là, ils sont en vie, le mien il est mort", alerte François Jouaron.
De la prévention et des lois
Il appelle ainsi également à davantage de prévention "comme on peut faire dans les collèges et les lycées avec la drogue et l'alcool". "Il faut associer le protoxyde d'azote qui paraît totalement bénin parce qu'on a ça dans la cuisine et on inhale ça dans un ballon et on se met à se tordre de rire avec des copains", illustre-t-il.
Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires alertent sur la consommation du gaz hilarant par inhalation. La pratique, véritable phénomène de société chez les 19-24 ans, pourrait en effet créer une dépendance et des "complications sévères" entraînant jusqu'au décès, selon un communiqué de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), Santé publique France et l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) publié en avril dernier.
Depuis 2021, la vente de protoxyde d'azote est strictement encadrée par la loi qui en interdit la vente auprès des mineurs. Une mesure souvent jugée insuffisante, puisque certains appellent à interdire la vente des cartouches à tout particulier non-professionnel.
En ce sens, un texte a été adopté en première lecture par l'Assemblée nationale au début de l'année 2025, mais il demeure toujours à la charge des élus locaux de prendre, ou non, les arrêtés permettant de rendre effective l'interdiction.












