Gironde: la ville de Bègles veut expérimenter la légalisation du cannabis

Bègles veut innover. Sous la houlette de son maire EELV Clément Rossignol-Puech, élu en 2020, la ville girondine, mitoyenne de Bordeaux, souhaite être la première en France à autoriser la légalisation encadrée du cannabis sur son territoire. Selon l'élu, cette autorisation est le meilleur moyen pour endiguer le trafic de stupéfiants dans la zone.
"La France, premier pays consommateur de cannabis en Europe avec une des législations les plus répressives. Ça ne fonctionne pas depuis 1970, ça fait 55 ans que ça ne fonctionne pas", déplore Clément Rossignol-Puech auprès de BFMTV.
"Pourquoi pas?"
Comme l'indiquait Sud Ouest dans un article daté d'octobre 2023, un comité consultatif composé de 15 habitants volontaires et tirés au sort a été mis en place en fin d'année afin de dessiner les contours de cette légalisation. Ce mercredi 10 avril, une réunion publique doit être tenue afin de présenter publiquement le plan.
D'ores et déjà, dans la ville girondine, l'initiative divise. "Si on peut garder les quartiers à peu près propres, on va dire ça comme ça, c’est une bonne chose", fait valoir un habitant à BFMTV. "Ça peut être une bonne idée, pourquoi pas?", ajoute un autre.
Toutefois, pour d'autres interrogés, cette mesure ne ferait que déplacer le problème. "J’ai peur pour l’insécurité. Au lieu de trafiquer l’herbe, ils trafiqueront des drogues un peu plus dures", souffle un Béglais.
Dans les faits, la municipalité souhaite tester cette légalisation pendant cinq ans et ainsi créer un nouveau modèle français. Une centaine de consommateurs seraient alors autorisés à se rendre dans un lieu spécifique pour acheter du cannabis. De plus amples détails seront donnés lors de la réunion publique ce mercredi soir.
Lettre à Emmanuel Macron
Cette innovation serait également l'occasion, selon les associations, d'encadrer la qualité du cannabis vendu en France.
"Il y a des teneurs en THC qui sont réellement croissantes dans notre pays, très couramment elles dépassent 20%, parfois 30%, avec une nocivité parfois très très importante", souligne Jean-Michel Delile, psychiatre et président de la Fédération Addiction.
Afin de donner du poids à son expérimentation, Clément Rossignol-Puech a également mis en place un conseil scientifique composé de sociologues, addictologues et chercheurs, en plus du comité constitutif.
Courant 2023, il a également envoyé un courrier à Emmanuel Macron afin de proposer une participation de l'État à cette expérimentation locale. Le courrier avait été transmis au ministère de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui selon Sud Ouest avait douché les espoirs de collaboration.
"Malgré une consommation de cannabis encore très élevée en France, l’augmentation de celle-ci depuis des dizaines d’années n’est pas inéluctable, et il est possible d’inverser la tendance par une stratégie ferme de répression et de prévention", avait répondu le ministre de l'Intérieur.
L'exemple allemand
Bègles n'est pas un exemple unique en France. La maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian, appelle également à la mise en place d'une "expérimentation" locale pour sortir d'une approche française répressive aux résultats "peu probants".
Elle cite les chiffres de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies selon lequel 47,3% des Français adultes disent avoir déjà consommé du cannabis, un chiffre plus élevé que dans n'importe quel autre pays de l'UE.
L'élue a également été encouragée par l'exemple allemand. Depuis le 1er avril, l'Allemagne est devenue le troisième pays de l'Union européenne à légaliser le cannabis récréatif sous conditions, ainsi que sa culture.
"Sur un bassin de vie commun, nous allons avoir deux réglementations différentes, presque diamétralement opposées, entre l'Allemagne, autorisant la consommation récréative de cannabis, et la France, présentant l'une des législations les plus répressives d'Europe", a plaidé la maire dans un entretien à l'AFP. La région Grand Est a fait part se sa réprobation sur le sujet.












