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Bien avant Le Grand Bain, les hommes aussi se sont mis à la natation synchronisée

BFM Antoine Maes
Le Grand Bain

Le Grand Bain - Copyright StudioCanal

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Le film de Gilles Lellouche, en salles ce mercredi, met en scène des hommes se mettant à la natation synchronisée. La discipline s’ouvre tout doucement en France depuis plusieurs années.

"C'est un sport socialement complexe à faire entendre et qui amène de la moquerie (...). On s'unit encore plus fort contre la moquerie!". Dans Le Grand bain, qui sort en salle ce mercredi, Gilles Lellouche s’attaque à la natation synchronisée… masculine. L’occasion de découvrir Benoit Poelvoorde en bonnet de bain ou Philippe Katerine avec un inclassable maillot rouge. L’occasion aussi de plonger dans une discipline qui est bien plus qu’un sujet de comédie. En France, quelques hommes se battent depuis plusieurs années pour tenter de démocratiser une pratique sportive que trop de gens croit réservée aux femmes. Le club du Paris Aquatique se bat d’ailleurs depuis des années pour faire exister la discipline. 

La natation synchronisée, un sport de filles? "J’ai entendu ça 500 fois", rigole Christian Bordeleau. A 64 ans, il fait figure de pionnier.

"Notre club de natation a participé aux Gay Games de 1998, et il est de tradition à la fin du championnat de faire une sorte de gala au bord du bassin. Nous on a décidé de le faire dans l’eau. On a trouvé l’effort et l’aventure assez sympa. La section est née l’année suivante, on a même embauché une entraîneur. Cela fait 20 ans qu’on en fait, et l’effet Gay Games à Paris a amené beaucoup de nouveaux. Mais il y a encore beaucoup d’appréhension, alors qu’on n’a pas à se justifier de vouloir faire quelque chose. On le fait et on doit être respecté pour ça, c’est tout", explique-t-il. Sur la soixantaine de licenciés au Paris Aquatique, il y a désormais 20 garçons.

"Ce qui est artistique doit être féminin, ce qui relève de la performance doit être masculin"

Ils seraient à peu près dix fois plus un peu partout en France. Mais s’ils peuvent participer aux championnats des maîtres, une sorte de 2e division avant le très haut-niveau, les portes des Jeux olympiques leurs sont toujours fermées. Si le duo mixte a fait son apparition aux championnats du monde de Kazan en 2015, les instances ont toujours du mal à voir les hommes débarquer en natation synchronisée. "La fédération internationale, autant que le CIO, se rabattent derrière une réglementation qui veut qu’il faut qu’il y ait au minimum 50 pays où se pratiquent la discipline, dénonce Christian Bordeleau. On peut en citer de nombreux des sports où la norme des 50 n’est pas atteinte… Le gros problème des fédérations internationales, c’est surtout le sexisme et l’homophobie, qui est latente, récurrente et constante. Ce qui est artistique doit être féminin, ce qui relève de la performance doit être masculin. Et tous ceux qui transgressent la norme sont malvenus".

Les performances de Guillaume Canet ou Jean-Hugues Anglade dans les bassins pourraient-ils les aider? Peut-être pas à entrer au programme des JO. Mais peut être à faire comprendre la difficulté de la discipline.

"C’est un sport exigeant, et on n’en a pas conscience quand on ne fait que le regarder, estime Yannick Agapit. Rien que de se maintenir les épaules en dehors de l’eau, faire des apnées de 15 secondes en faisant des mouvements, il faut vraiment tester pour s’en rendre compte. La souplesse aussi ce n’est pas forcément quelque chose d’innée donc ça se travaille. Même le côté artistique ça se travaille, surtout quand on a tendance à être un peu brusque. D’autant que quand on nage on essaie de ne rien laisser paraître".

"L’impression qu’on remet en cause sa masculinité"

"Toute la beauté de ce sport, c’est de faire croire que c’est facile", confirme Christian Bourdaleau. Mais pour cet habitué des bassins, Le Grand Bain doit désormais aider à la démocratisation de la natation synchronisée masculine. "A partir du moment où un sport est mis en avant par un film, ou par des champions du monde, il y en a de plus en plus qui pratiquent. En France en ce moment, il y a tranquillement quelques enfants ou adolescents garçons qui s’y mettent. Mais ils sont encore peu très nombreux, malheureusement. Il y a encore beaucoup d’appréhension parce qu’on a l’impression qu’on remet en cause sa masculinité. On se retrouve dans la même configuration que le patinage artistique il y a une cinquantaine d’années".

Même si la tendance est encore timide, elle est bien là. "On a déjà une augmentation des effectifs masculins. On est aujourd’hui 18, alors qu’on était une dizaine il y a un an, donc ça a pratiquement doublé, se félicite Yannick Agapit. Malheureusement aujourd’hui les structures ne sont pas suffisantes. C’est beaucoup plus simple de mettre des lignes d’eau et de faire faire des longueurs aux gens plutôt que de proposer des sports qui monopolisent de l’espace, comme le water-polo ou la natation synchronisée. Mais le film peut nous permettre d'avoir plus de visibilité. et donc de créer de nouvelles vocations. D’ailleurs on invite les gens à venir essayer et on fait souvent des séances d’initiation".