Des fossiles de 125 millions d'années révèlent l'origine de nos oreilles

Vue d'une oreille, le 16 mai 2018 à Washington DC. - ERIC BARADAT / AFP
Comment est née notre faculté d'entendre? Les mammifères, dont les humains, doivent leur ouïe fine à trois osselets de l'oreille moyenne: le marteau, l’enclume et l’étrier, que leurs ancêtres reptiles n'avaient pas, dévoilent des scientifiques dans une étude publiée ce jeudi, dans la prestigieuse revue Science. Jusqu'à ce jour, tout le monde ignorait comment quand la transformation avait débuté et comment.
Le chaînon manquant a été trouvé grâce à une espèce qui vivait il y a 125 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui le nord-est de la Chine, et dont ils ont analysé en détails des fossiles découverts depuis le milieu des années 2000.
"Ce sont des preuves fantastiques", explique un biologiste spécialiste de l'évolution, Guillermo Rougier, de l'université de Louisville, qui n'a pas participé à l'étude. Les fossiles analysés par l'équipe de recherche sont "à couper le souffle", a-t-il déclaré.
Les six fragments analysés par l'équipe de chercheurs, dont Jin Meng, du Muséum d'histoire naturelle à New York fait partie, sont des proto-mammifères du Crétacé inférieur. Ils ont baptisé l'espèce "Origolestes lii". Les spécimens de cette espèce qui a côtoyé les dinosaures avaient la taille et l'apparence de petits rongeurs.
Séparation de la fonction "mâcher" et "entendre"
Les reptiles utilisent leurs mâchoires pour mâcher et transmettre des sons externes par vibrations jusqu'à leur cerveau, ce qui diffère du système auditif des mammifères qui implique les trois osselets marteau, enclume et étrier et permet aux humains d'écouter une symphonie et aux dauphins de localiser des objets par écholocalisation.
Selon l'hypothèse scientifique, c'est la séparation progressive des fonctions mâcher et entendre qui aurait permis d'alléger les contraintes mutuelles pesant sur les mâchoires. Les mammifères auraient ainsi pu à la fois diversifier leur régime alimentaire et améliorer leur ouïe.
Pour parvenir à cette thèse, l'équipe de recherche a eu recours à des techniques d'imagerie de haute résolution pour décrire en détails la structure des osselets et cartilages auditifs des animaux fossilisés. Ces fossiles sont un véritable trésor paléontologique, estime Guillermo Rougier.
L'étude suggère de nouvelles questions. Cette évolution s'est-elle produite chez tous les mammifères ou seulement certains d'entre eux? Cela s'est-il produit une seule fois? Dans plusieurs groupes d'animaux? "Nous pouvons poser plus de questions", continue le chercheur.
Après le système auditif, Jin Meng et son équipe analysent actuellemet d'autres parties des fossiles, notamment la cavité cérébrale, qui livrera peut-être d'autres secrets sur l'évolution des mammifères.











