Siamois séparés à l'hôpital Necker: le médecin en chef raconte l'opération

Ce n'est pas un exploit médical, "c'est une aventure". Invité de BFMTV ce lundi en fin d'après-midi, le professeur Yves Aigrain est revenu sur la délicate opération qu'il a menée le 26 mai dernier, à l'hôpital Necker-Enfants malades, pour séparer deux bébés siamois guinéens liés l'un à l'autre au niveau du ventre.
Chef du service de chirurgie viscérale au sein de l'hôpital parisien, le chirurgien a livré de nouveaux détails sur une opération décidément pas comme les autres. Et qui a demandé une très grande préparation. Signe des progrès réalisés ces dernières dans le monde médical, le professeur a salué la technologie de "l'imagerie pré-opératoire" qui a permis à son équipe "de planifier et de simuler l'intervention en amont de sa réalisation".
"On n'a une petite incertitude chez l'un des deux bébés."
Autre grande difficulté, de son propre aveu, "la préparation des enfants" pour l'anesthésie et la réanimation. Dans ce cas particulier où les bébés siamois été reliés l'un à l'autre au niveau du ventre, les chirurgiens ont tout d'abord dû s'adapter "à une disposition dans l'espace qui n'était pas du habituelle", a précisé le Pr Yves Aigrain. "Leurs systèmes circulatoires communiquent, en particulier au niveau du foie qui était fusionné, donc toute substance injecté à l'un passe chez l'autre", a-t-il également précisé.
A quel niveau l'imagerie pré-opératoire mise en avant par le chirurgien pédiatrique a-t-elle contribué au succès de l'opération? Grâce à cette avancée, "on a un scénario très précis de l'anatomie de chacun des deux bébés, de leurs zones d'adhérence", a souligné le professeur. Avec quelques limites, toutefois. "On avait une bonne idée de la vascularisation des deux foies, mais pas du système biliaire."
De cette imprécision résulte une certaine inquiétude pour l'un des deux enfants, nés en Guinée, et prénommés Hassane et Boubacar. "On n'a une petite incertitude chez l'un des deux bébés", a concédé sur notre plateau le chef du service viscérale à Necker. "L'un des bébés était en train de boire un biberon de lait de 80 mL", s'est-il félicité.
Si l'un des frères jumeaux "a pratiquement retrouvé" une vie normale, "ça va prendre quelques jours" pour l’autre, a-t-il également averti. "Nous devrions être fixés avant la fin de la semaine", a prévenu le Pr Yves Aigrain.
"Les premiers siamois nés vivants dans la Guinée"
Les deux bébés prénommés Boubacar et Hassane étaient "les premiers siamois nés vivants dans l'histoire de la Guinée", selon l'association. Ils ont subi une "intervention délicate pour être séparés et peuvent maintenant mener une vie normale". Cette opération, réalisée mardi dernier par l'équipe dirigée par le Pr Yves Aigrain, a duré une dizaine d'heures au total selon Le Figaro qui a donné dès dimanche l'information.
Chez nos confrères de L'Obs en mars dernier, le Pr Yves Aigrain expliquait avoir déjà réalisé à Necker trois opérations réussies de séparation de jumeaux siamois en sept ans.











