BFM

Psychotropes pour les enfants: un rapport alerte sur une hausse importante de la consommation

BFM Glenn Gillet
Le recours au médicaments à visée psychotrope a bondi en quelques années.

Le recours au médicaments à visée psychotrope a bondi en quelques années. - Gatis Gribusts - Flickr - CC

La consommation par les enfants de médicaments affectant l'activité cérébrale a doublé en 10 ans en France. Ils sont souvent utilisés pour pallier le manque de place dans les établissements spécialisés et concernent souvent des produits théoriquement réservés aux adultes.

Les enfants français consomment trop de psychotropes. C'est la conclusion d'un rapport du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) révélé par Le Parisien, qui doit être rendu public ce lundi, et qui pointe l'usage trop fréquent et dans des proportions inadaptées de psychotropes, d'anxiolytiques ou encore d'antidépresseurs chez les mineurs. Cet usage a doublé en dix ans et il est en partie lié à une augmentation des diagnostics de troubles psychiques.

En France, au moins 2,7% des moins de 20 ans consomment ce type de médicaments agissant sur l'activité cérébrale et le comportement, selon les données de l'Assurance maladie et de l'Agence de sécurité du médicament (Anses), ce qui représente plus de 400.000 personnes. Cette part concerne les jeunes qui prennent régulièrement des traitements de type "hypnotique ou anxiolytique", auxquels peuvent s'ajouter les autres types médicaments.

"Ces niveaux d'augmentation sont sans commune mesure (2 à 20 fois plus élevés) avec ceux observés au niveau de la population générale", note le rapport.

Plus de 150% d'augmentation sur certains médicaments

La consommation de tous ces traitements chez les moins de 20 ans a augmenté significativement en moins de 10 ans, et particulièrement sur les quelques années de pandémie, avec des usages à la hausse de près de 50% pour antipsychotiques et jusqu'à plus de 150% pour les hypnotiques et sédatifs. Une augmentation qui tranche avec la fréquentation des centres médico-psycho-pédagogique (CMPP), qui a été divisée par trois entre 2016 et 2019.

La présidente du HCFEA Sylviane Giampino explique au Parisien que le rapport ne remet "pas en cause l’utilité de ces médicaments ni leur prescription", mais propose un "rééquilibrage" avec les autres formes de prise en charge, notamment en centre spécialisé. Ces derniers favorisent en effet des traitements non-médicamenteux dans le but de s'attaquer aux causes des troubles et pas uniquement à leurs symptômes, ce qui est l'apanage des médicaments.

"L'offre pédiatrique, pédopsychiatrique et médico-sociale est en recul et ne permet plus d'accueillir dans des délais raisonnables (délais d'attente de 6 à 18 mois) les enfants et les familles", déplore le Haut Conseil dans son rapport.

Or, cette situation entraîne une "aggravation de l'état de santé des enfants", une "augmentation des hospitalisations en urgence, des passages à l'acte suicidaires et de suicides chez l'enfant et l'adolescent". Et "faute de soins adaptés, le recours à la seule prescription de médicaments psychotropes".

Des produits destinés aux adultes

Autre problème: ces traitements sont généralement destinés aux adultes mais les médecins en prescrivent massivement aux enfants malgré l'absence d'autorisations de mise sur le marché. "Ils ont souvent des effets secondaires importants et ne sont parfois pas très adaptés au cerveau de l’enfant", explique au Parisien Marie-Rose Moro, pédopsychiatre et autrice d’un rapport en 2019.

Malgré ces effets indésirables, les solutions médicamenteuses peuvent être des moyens pour favoriser le retour des enfants à l'école ou la possibilité de participer à des activités de groupe.