"Personne n'en parle": le patron de la maternité Necker plaide pour un dépistage systématique du CMV

Une femme enceinte (PHOTO D'ILLUSTRATION). - iStock - vadimguzhva
Une infection mal connue. Yves Ville, gynécologue et directeur du centre de diagnostic prénatal de médecine fœtale de l'hôpital Necker à Paris, plaide pour une généralisation du dépistage du cytomégalovirus (CMV) chez les femmes enceintes, ce lundi dans Le Parisien. L'infection, anodine pour la majorité de la population, peut avoir de graves conséquences pour le fœtus.
"Je milite pour une prise de sang le plus tôt possible, quasiment au moment de la découverte de la grossesse", clame le médecin. "Personne n'en parle, c'est l'infection qu'on ne veut pas voir", déplore-t-il.
Le cytomégalovirus (CMV) est une infection virale très contagieuse qui se transmet le plus souvent par les sécrétions respiratoires (postillons, éternuements, larmes, etc...), selon le ministère de la Santé. Elle est due à un virus appartenant à la famille des herpès.
"L'infection congénitale la plus fréquente"
Chez la majorité de la population, elle se manifeste par de la fièvre, une fatigue généralisée, des maux de tête, des douleurs musculaires ou encore une pharyngite. Si elle est le plus souvent bénigne, l'infection au CMV peut entraîner de graves troubles du développement chez le fœtus lorsque la future mère est contaminée. Le CMV peut "traverser le placenta et donc infecter le fœtus", alerte Yves Ville.
"Avec 0,7% des naissances concernées, cela en fait l'infection congénitale la plus fréquente", souligne-t-il.
Avec à la clé, de lourdes conséquences pour le bébé à naître: "des séquelles neurologiques, motrices ou auditives", énumère le médecin. Au point que le CMV est "la première cause de surdité de l'enfant", hors cause génétique. Par ailleurs, dans un tiers des cas d'infection sévère, on note une naissance prématurée ou une fausse couche.
Les jeunes mères enceintes particulièrement à risque
Selon le ministère de la Santé, les enfants de moins de 3 ans constituent "la source d'infection la plus fréquente" au CMV. Les femmes enceintes déjà mères encourent donc un risque élevé d'être contaminées, d'où la proposition du Dr Yves Ville.
"80% des petits en crèche sont au contact du CMV. La future mère s'infecte généralement au contact de l'aîné", appuie-t-il.
Car s'il est recommandé pour les personnes à risque d'éviter les contacts rapprochés avec un individu porteur du virus, la tâche s'avère difficile pour une jeune mère et son enfant en bas âge, même si le gynécologue assure "conseiller sérieusement" la prévention pour les femmes non immunisées.
Pour une plus grande efficacité, mieux vaut pratiquer un dépistage via une prise de sang, comme cela est fait en Allemagne et en Israël, estime pour autant Yves Ville.
Un vaccin en phase de test
Si l'infection n'a pas été détectée à temps, il existe malgré tout un traitement. "Pris tôt, il diminue de 70% le risque de transmission", souligne le patron de Necker.
Autre bonne nouvelle, un vaccin à base d'ARN messager est en cours d'élaboration par le laboratoire Moderna. Actuellement en phase 3 de recherche, il est testé cliniquement auprès de 7300 femmes dans le monde, dont certaines à l'hôpital Necker.
"La potentielle arrivée d'un vaccin est très encourageante", se réjouit Yves Ville, tout en soutenant que ces avancées ne doivent pas fermer la porte à des mesures de prévention.











