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"J'étais paralysé": victime d'un burn-out, un ancien cadre dirigeant raconte sa reconstruction

BFM Margaux de Frouville avec Lucie Valais
Le burn-out frappe surtout des personnes très impliquées dans leur travail, qui ne savent pas prendre de la distance face aux directives de leur manager.

Le burn-out frappe surtout des personnes très impliquées dans leur travail, qui ne savent pas prendre de la distance face aux directives de leur manager. - Geralt - CC

Dans son livre "Le temps des pervers", Paul-Antoine Martin raconte sa descente aux enfers et sa lente reconstruction après un burn-out.

Le burn-out, syndrome d'épuisement professionnel, toucherait plusieurs centaines de milliers de Français chaque année. Parmi les causes d'un burn-out, la pression ressentie au travail et notamment celle exercée par les supérieurs hiérarchiques. 60% des salariés estiment que leur manager est une source de stress, contre seulement 10% en Norvège, pays connu pour être l'un des plus heureux au monde.

"Beaucoup de personnes vivent des extrêmes violences au travail, qui se terminent par un effondrement", souligne Paul-Antoine Martin.

Victime d'un burn-out en 2020 alors qu'il était cadre dirigeant, il raconte sa descente aux enfers et sa lente reconstruction dans un livre, Le temps des pervers.

Il se souvient de la brutalité de ce jour de 2020: "La veille, j'étais dans un état à peu près correct, même si je glissais depuis plusieurs semaines dans la dépression et puis le matin, je me réveille après une nuit chaotique (...) et je suis enfermé dans mon corps, comme si j'étais paralysé".

"Glissade progressive"

La cause de ce basculement? "L'extrême violence" de son employeur et de son entreprise. "Il y avait une ambiance de manipulation et de mensonge permanents et moi, j'étais au directoire et je voyais des choses avec lesquelles j'étais en conflit profond", se souvient Paul-Antoine Martin, qui décrit également un "harcèlement violent", qui a débouché sur "une glissade très progressive dans la dépression" et la montée d'un "stress très puissant".

Son psychiatre pose rapidement un diagnostic: Paul-Antoine Martin a fait un burn-out. C'est grâce à ses proches et notamment son épouse, qu'il mettra les mots sur ce qui lui arrive. "Sans un tel entourage, il y a de grandes chances de ne pas survivre", souligne-t-il. Aujourd'hui encore, l'ancien cadre souffre des conséquences psychologiques, mais aussi physiques, de son burn-out.

"Hyperstress"

"Aujourd'hui, le burn-out est défini par un épuisement très fort du corps et de l'esprit, l'incapacité à agir, même à se lever, à marcher, mais également à penser et à se concentrer", mais aussi "un 'cramage' des émotions, on ne ressent plus grand-chose" et "d'un syndrome dépressif", explique Patrick Légeron, psychiatre, auteur du rapport de l'académie de médecine sur le burn-out.

Le burn-out, "c'est le stade ultime du stress", résume le spécialiste.

Et de détailler: "Le stress ponctuel, qui peut nous être utile, peut se transformer en stress chronique et devient quelque chose qu'on appelle l'hyperstress (...) qui est l'antichambre du burn-out."

Quels sont les signes d'un burn-out?

Le docteur Patrick Légeron rappelle qu'il existe différentes alertes auxquelles il faut faire attention pour éviter d'arriver au burn-out: "douleurs", mauvais sommeil, fatigue, "on est plus facilement irritable", manque de concentration, augmentation de sa consommation de tabac ou d'alcool... En résumé, tout ce qui montre "que la machine est en surchauffe".

"Tous ces signes doivent attirer l'attention", rappelle le psychiatre, puisque "lorsqu'on est en hyperstress, il y a encore moyen d'éviter le burn-out".

Si plusieurs facteurs peuvent également accélérer la plongée d'un travailleur, notamment un perfectionnisme extrême ou un surinvestissement, Patrick Légeron rappelle qu'il "ne faut pas faire du travail la seule chose importante de votre vie" et "avoir d'autres activités et d'autres intérêts que le travail, c'est quelque chose qui protège" du burn-out.