Covid-19: avancer les vacances scolaires de 15 jours peut-il suffire à freiner la circulation du virus?

La présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse a proposé mercredi d'avancer de deux semaines les vacances scolaires de printemps pour enrayer la progression du Covid-19. "Il faut freiner" l'épidémie, "mais on n'a pas beaucoup de freins", affirme-t-elle dans Paris-Match. "Je me demande si la bonne mesure ne serait pas d'avancer les vacances scolaires de 15 jours afin de fermer les écoles dès le 2 avril", a-t-elle ajouté.
Du côté de l'exécutif, qui a plusieurs fois répété que la fermeture des écoles ne se ferait qu'en dernier recours, la mesure n'est pas exclue. Cela "peut en effet être l'une des pistes", confirmait ce mercredi à BFMTV une source au sein de l'exécutif, avant d'ajouter: "Peut-être faudra-t-il aller plus loin la semaine prochaine".
· Les écoles, foyers de contamination?
Plusieurs études ont souligné le fait que les enfants faisaient des Covid moins graves, et étaient moins contagieux que les adultes, mais il n'y a pas encore de consensus scientifique établi sur le sujet et le brassage de population dans les écoles semble entraîner des contaminations entre élèves, personnels scolaires et familles.
"Foyer oui, majeur non. Si on prend l'étude ComCor de l'Institut Pasteur, on se rend compte qu'en effet avoir un enfant scolarisé à la maison c'est de l'ordre de plus 30% de risques éventuels d'infection. C'est surtout vrai pour les lycées, un peu moins pour les collèges et encore moins pour les primaires", explique le Dr Alain Ducardonnet, spécialiste santé de BFMTV.
La dernière étude ComCor de l'Institut Pasteur, sur les lieux de contamination du Covid, explique qu'au "sein du foyer, avoir un enfant scolarisé représente un sur-risque d’infection pour les adultes, notamment ceux gardés par une assistante maternelle (+39%), et ceux qui vont au collège (+27%) et au lycée (+29%). Avec une exception toutefois : avoir un enfant scolarisé en primaire n’a pas été jusqu’à maintenant associé à un sur-risque d’infection pour les adultes vivant dans le même foyer".
· Une diminution des contaminations avec la fermeture?
Selon une pré-étude suisse mise en ligne en janvier la décision de fermer les écoles en Suisse au printemps 2020 a été l'une des mesures les plus efficaces pour réduire la mobilité, et donc la transmission du Covid-19.
"La fermeture des écoles a réduit la mobilité de 21,6% (...) Si les écoles sont fermées, on peut espérer un grand changement dans les comportements", expliquait à l'AFP Stefan Feuerriegel, professeur d'informatique et gestion à l'École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), qui a dirigé l'étude. Il se disait alors peu surpris de l'impact des écoles: "Non seulement les enfants restent à la maison, mais ça implique aussi parfois un changement pour les parents", ajoute-t-il.
Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé datés de vendredi, 2018 classes sont fermées en France, à cause de cas de Covid-19, contre 430 le 5 mars. 15.484 élèves ont été testés positifs (3941 il y a deux semaines), et 1809 membres du personnel scolaire (491).
· Une mesure efficace en seulement deux semaines?
En Île-de-France, "si on veut maitriser l'épidémie, si c'est l'objectif premier, je pense que la proposition de madame Pécresse est un bon compromis", a déclaré ce jeudi sur notre antenne William Dab, ancien directeur général de la Santé. "On rallonge les vacances scolaires de deux semaines, on fait un confinement strict d'un mois et là on évalue si on a réussi à casser la courbe épidémique ou s'il faut prolonger le confinement. Si on ne fait pas ça, je pense que nos hopitaux ne vont pas tenir".
Pour Robert Cohen, président du conseil national de la pédiatrie, si cette mesure est intéressante, elle doit se faire dans le cadre d'un confinement plus global. "Si cet allongement [des vacances] est fait il faut que ce soit strict", a-t-il déclaré sur France Info. "Je parle dans le cas d'un confinement. Si on ne le fait pas et qu'on n'est pas confiné où vont aller les enfants? Vous allez les retrouver dans les cages d'escalier, les uns chez les autres, dans les squares et vous n'allez pas diminuer la contagion. Donc, allonger les vacances dans le cadre d'un confinement strict".
La fermeture temporaire des établissements scolaires pourrait permettre d’apporter "une réponse très concrète à l’explosion des cas dans les écoles", confiait mercredi un conseiller de l'exécutif à BFMTV. De cette manière, "on ne toucherait alors pas au totem que représente la fermeture des écoles. Car le problème, quand vous fermez les écoles, c'est que vous ne savez jamais quand vous allez les rouvrir".
· La peur de la déscolarisation
L'exécutif français se refuse en effet depuis plusieurs mois à une fermeture totale des écoles, défendant l'éducation des plus jeunes. La fermeture des écoles en Ile-de-France n'est "pas du tout le scénario privilégié", a encore déclaré mercredi Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education. "On sait très bien que la fermeture des écoles collèges et lycées peut être très nuisible pour la santé physique et psychique des enfants, et tout simplement pour leur apprentissage. Donc c'est la dernière chose à fermer".
"On a vécu une période de confinement où on a fait l'école à la maison, et c'est extrêmement compliqué. Aujourd'hui la plupart des parents sont inquiets pour l'avenir de leurs enfants", déclare de son côté sur BFMTV Nageate Belahcen, administratrice nationale du syndicat de parents d'élèves FCPE.
Pour certains, l'avancement des vacances aurait tout de même un effet délétère sur les élèves: "15 jours plus 15 jours de vacances après, cela fait un mois sans école, et il est évident que pour les familles, notamment les familles populaires, il y a des risques de décrochage important ça c'est clair", fait valoir sur BFMTV Thierry Jallerat, directeur d'école.
"Les parents qui travaillent ont déjà anticipé, posé des vacances, il y a plusieurs zones, il y a une logistique. Il y a aussi des parents qui sont séparés, qui doivent gérer des plannings avec les enfants sur des semaines alternées", rappelle quant à lui Laurent Zameczkowski, du syndicat de parents d'élèves PEEP.
· Quelles sont les autres propositions?
La maire (PS) de Paris Anne Hidalgo, pense de son côté "qu'il y a une alternative encore aujourd'hui" à l'avancement des vacances "qui s'appelle vacciner les enseignants et les personnels qui travaillent avec les enfants", a-t-elle affirmé sur RTL. "Mettons en place de façon rapide la vaccination des personnels enseignants. Ils doivent être prioritaires maintenant et pas fin avril", comme l'a proposé mardi le président Emmanuel Macron.
"Si on pouvait tester deux fois par semaine les enfants d'âge scolaire, et fermer les classes en fonction des résultats, cela éviterait de pénaliser tous les enfants et cela pourrait avoir un réel impact sur la courbe de l'épidémie", estime William Dab. Depuis février, des tests salivaires ont été déployés dans les écoles pour tenter de contrôler l'épidémie. Le ministre de la Santé vise le déploiement de 300.000 dépistages par semaine, mais l'efficacité de la méthode apparaît pour le moment comme limitée.
Contacté mercredi, le ministère de l'Education explique travailler pour le moment sur un passage en demi-groupes au collège, et la mise en place de nouvelles restrictions dans les cantines, lieux de contaminations dans les établissements scolaires.











