Quand Jérôme Cahuzac se faisait livrer de l'argent liquide à Paris

Jérôme Cahuzac se faisait livrer de l'argent venu de son compte suisse, selon L'Obs. - Thomas Samson - AFP
Nouveau rebondissement dans l'affaire Cahuzac. Alors que l'ancien ministre doit être jugé en correctionnelle dans les mois qui viennent, on apprend qu'il s'est fait livrer deux fois 10.000 euros en espèces à Paris, en 2010 et 2011. De l'argent venu de son compte suisse non déclaré, révèle L'Obs. La somme lui a été livrée "dans la rue" par une intermédiaire de confiance, envoyé par sa banque suisse après un coup de téléphone. Une pratique répandue chez les clients de comptes en Suisse.
Seul problème, cette information ne correspond pas aux dires de Jérôme Cahuzac. L'ancien ministre a toujours affirmé ne pas s'être occupé de son compte, transféré en 2009 à Singapour. Or selon les juges, "cette remise d'espèces témoigne d'un savoir-faire et de la pérénité d'un dispositif permettant de rendre des services à un client constituant des actes de blanchiment".
Jusqu'à sept ans de prison
Quatre mois après les premières révélations de Mediapart, Jérôme Cahuzac, qui avait commencé par nier les accusations dont il faisait l'objet, avait fini par reconnaître devant les juges Renaud van Ruymbecke et Roger Le Loire qu'il avait ouvert un compte en Suisse chez UBS en 1992 par une connaissance, avec le nom de code "Birdie". Il avait aussi admis les deux livraisons, selon L'Obs, et les avaient justifiées par des "charges familiales". Il était en pleine instance de divorce.
En 2009 l'argent du compte en Suisse, passé d'UBS à la banque Reyl, avait été transféré à Singapour sur un compte au nom d'une société panaméenne, puis sur un compte d'une société enregistrée aux Seychelles. Outre ce compte, l'ex-épouse de Jérôme Cahuzac, Patricia, a reconnu l'ouverture d'un autre compte avec son mari sur l'île de Man en 1997, puis d'autres en Suisse, à l'insu de Jérôme Cahuzac.
La date du procès de l'ancien ministre du Budget, qui s'était fait le héraut de la lutte contre l'évasion fiscale, n'est pas encore décidée. Il comparaîtra pour fraude fiscale, blanchiment et pour avoir omis de déclarer ses avoirs à l'étranger dans sa déclaration de patrimoine lors de son entrée au gouvernement, en mai 2012. Ces faits peuvent être punis d'une peine allant jusqu'à sept ans de prison, deux millions d'euros d'amende et par l'inéligibilité.












