Non seulement Cahuzac peut rester au gouvernement, mais il le doit !

Hervé Gattegno - -
Oui, il peut, et il y a au moins deux raisons pour cela.
1. Une question de principe qui va au-delà du sempiternel appel à la présomption d’innocence : pour l’instant, à part les articles de Mediapart (plus affirmatifs que démonstratifs) il n’y a rien qui accuse Jérôme Cahuzac ; en tout cas, rien qui puisse être appelé une preuve.
2. Une raison politique. Nous avons un gouvernement médiocre, qui donne parfois une impression d’amateurisme et mène une politique désordonnée. Il se trouve que Jérôme Cahuzac est celui qui explique et qui défend le mieux cette politique. Donc ce serait une mauvaise nouvelle s’il devait partir – parce qu’il faut aussi le dire nettement : s’il a eu un compte en Suisse, il devra démissionner.
Avec cette enquête, est-ce qu’on ne peut pas considérer qu’il y a déjà un soupçon officiel qui pèse sur lui – et que, de ce fait, il est en situation de conflit d’intérêts ?
N’ajoutons pas de la confusion à la confusion. S’il n’y avait pas eu d’enquête, on aurait crié à l’enterrement ; maintenant il y en a une, on parle de conflit d’intérêts… En fait, l’enquête était nécessaire pour clarifier une situation devenue intenable – pour Jérôme Cahuzac, le gouvernement, le débat politique en général et pour les citoyens. De fait, la justice n’a que trop tardé, ce qui a laissé le soupçon s’insinuer. En plus, le cadre choisi (l’enquête préliminaire) n’est pas le meilleur ; parce que le parquet, organiquement, est soumis au gouvernement et que Jérôme Cahuzac appartient au gouvernement. Lui n’y peut rien mais pour cette raison, il aurait mieux valu un juge d’instruction. Raison de plus pour espérer une enquête rapide.
Est-ce qu’on peut dire quand-même que, dans ce bras de fer médiatique, c’est Mediapart qui a gagné la première manche ?
Ce serait entrer dans une logique de combat – qui est celle de Mediapart, qui exige, qui requiert la démission de Cahuzac ; et qui s’indigne que tous les médias n’en fassent pas autant ! Si l’enquête conclut qu’il n’y a pas de compte à l’UBS, Mediapart n’aura rien gagné du tout. Jusqu’ici, on a vu au moins autant d’insinuation que d’investigation. L’accusation n’est fondée que sur ce fameux enregistrement troublant, bizarre, dont on sait qu’il vient d’un opposant politique local de Jérôme Cahuzac (qui a pourtant d’abord juré le contraire… et qui l’a gardé 10 ans chez un notaire !). Rien de tout cela n’est glorieux. Pour tout dire, il s’en dégage même un certain malaise.
En attendant, Jérôme Cahuzac a participé à un débat face à Jean-Luc Mélenchon, lundi soir sur France 2, presque comme si de rien n’était. Comment l’avez-vous trouvé ?
Combattif, et très maître de lui. C’était d’ailleurs une émission très intéressante sur le fond – et c’était un signe fort que François Hollande et Jean-Marc Ayrault aient donné leur feu vert à la participation de Jérôme Cahuzac pour être celui qui défend la politique du gouvernement. On a vu un Jean-Luc Mélenchon inspiré, lyrique et vindicatif (comme toujours), mais en face, on a vu un Cahuzac très habile, placide, avec une grande maîtrise de ses dossiers et de ses nerfs – et dans ce duel entre la raison et la passion, il a pris plusieurs fois l’avantage. Finalement, de son point de vue à lui, c’était un bon résumé de la situation : Il y a une affaire qui ne défait pas le ministre ; et il y a un ministre qui, manifestement, fait l’affaire.
Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mercredi 9 janvier.












