Mots acerbes pour Emmanuel Macron, conditions de détention… Ce que Nicolas Sarkozy raconte dans son livre

À quelques jours de la parution de son livre "Le journal d'un prisonnier", Nicolas Sarkozy, condamné au procès libyen, BFMTV en dévoile quelques extraits. L'ex-chef de l'État lève le voile sur ses trois semaines de détention, ses échanges avec Emmanuel Macron ou encore son rapport avec le Rassemblement national.
L'ancien président de la République relate son entrée à la prison de la Santé, dans le 13e arrondissement de Paris. "Je finis, après de longues minutes, par être autorisé à franchir l'imposant portail en acier de la maison d'arrêt. Je l'avais vu dans des films ou des reportages, jamais de visu. En même temps que je voyais la lourde porte glisser sur son rail avec une lenteur solennelle, je pensais à l'ironie de la situation et à cette vie si étrange qui est la mienne".
"Je devais me pincer pour accepter cette réalité"
Nicolas Sarkozy poursuit, soulignant le contraste avec son quotidien quelques jours plus tôt. "Je m'apprêtais à recevoir mon numéro d'écrou, le 320535. C'est ainsi que j'allais désormais être identifié. Quatre jours auparavant, j'étais Nicolas Sarkozy, l'ancien président de la République, reçu par le président Emmanuel Macron en personne, au palais de l'Élysée. A-t-on jamais imaginé un contraste plus saisissant? Une situation plus ubuesque? Je devais me pincer pour accepter cette réalité. La vérité m'oblige à dire que je ne l'acceptais pas", dit-il.
Concernant ce rendez-vous à l'Élysée avec Emmanuel Macron, le 17 octobre dernier, Nicolas Sarkozy révèle que le président lui a proposé un "traitement de faveur". "Je découvris avec stupeur que le président venait de réaliser que j'allais être incarcéré dans quatre jours. Rien n'avait été anticipé, en tout cas dans son esprit. Il me parut sincèrement troublé, voire choqué par cette perspective. J'étais tout à la fois touché par son émotion et interloqué par cette surprise non feinte", raconte-t-il.
Nicolas Sarkozy évoque alors l'"énergie impressionnante, sympathique" d'Emmanuel Macron, qui lui "apparut à la fois trop tardive et surtout assez brouillonne".
"Son inquiétude portait principalement sur ma sécurité en milieu carcéral. Il était bien temps de s'en préoccuper! Il m'interrogea sur le délai d'audiencement de la demande de mise en liberté que mes avocats déposeraient dès mon incarcération. On lui avait parlé de trois semaines et il considérait que ce délai était trop long."
Des mots acerbes pour Emmanuel Macron
Dès le lendemain de ce rendez-vous, Emmanuel Macron rappelle Nicolas Sakozy pour lui "dire qu'(il) devai(t) changer d'établissement pénitentiaire car (sa) sécurité ne pouvait être garantie à la Santé".
"Je devais en conséquence me rendre à la prison de Meaux ou à celle de Réau, précisant que j'y serais bien mieux installé puisqu'un appartement dédié aux familles de détenus pouvait être mis à ma disposition. Après l'avoir remercié, je refusai aussi fermement que catégoriquement tout changement. Je lui précisai même que je n'accepterais 'aucun traitement de faveur', toute modification étant susceptible de provoquer une polémique. Je voulais me conformer strictement à ce qui avait été initialement convenu par les autorités judiciaires. Je mis donc fin aux discussions en écartant toutes ces perspectives."
Dans son livre de 216 pages, édité par Fayard, contrôlé par Vincent Bolloré, Nicolas Sarkozy a des mots acerbes pour l'actuel locataire de l'Élysée, notamment sur le retrait de sa Légion d'honneur. "La faute était aggravée, du moins à mes yeux, par le fait qu'à aucun moment Emmanuel Macron ne m'avait appelé pour m'en informer. S'il m'avait téléphoné pour s'expliquer, j'aurais compris ses arguments et accepté sa décision. À l'inverse, ne pas le faire actait une démarche que j'imaginais au minimum insincère".
L'ex-chef de l'État explique que, "quelques mois plus tard", Emmanuel Macron "s'est excusé avec un réel fair-play, confessant 'avoir mal géré les choses' ne sachant pas comment me les expliquer, craignant que nous nous fâchions".
"J'ai écouté sans être parfaitement convaincu, tant cette posture était à l'exact opposé de mon caractère qui me pousse à toujours préférer assumer et faire face. J'avais décidé, en conséquence, de tourner la page de notre amitié sans pour autant entrer dans une opposition systématique à sa politique comme à sa personne. Emmanuel Macron avait suffisamment de contempteurs, d'ennemis déclarés, d'amis déçus pour que je vienne allonger cette liste interminable."
Nicolas Sarkozy plaide pour un "rassemblement" avec le RN
Si Nicolas Sarkozy n'épargne pas Emmanuel Macron, il tient un autre discours vis-à-vis de l'extrême droite, assurant qu'"insulter les dirigeants du Rassemblement national, c’est insulter leurs électeurs, donc les nôtres, au moins potentiellement".
"Mon ancienne formation politique n'est pas aujourd'hui en position de force. Elle ne peut plus, en tout cas au moment présent, à elle seule espérer incarner l'avenir. Elle aura même du mal à être qualifiée pour le second tour ou, à tout le moins, celui-ci ne lui est pas garanti. Le chemin de la reconstruction peut être long, mais je suis certain qu'il ne pourra passer que par l'esprit de rassemblement le plus large possible, sans exclusive et sans anathème", juge Nicolas Sarkozy.













