Les Insoumis veulent séduire les petits patrons, pas les grandes entreprises

Les cadres de la "France insoumise" le 3 juillet, place de la République à Paris. - Thomas Samson / AFP
"On n'est pas du tout des antipatrons! Après tout, sans patron, il n'y aurait plus de travail. J'adore ouvrir L'Avenir en commun et montrer à des patrons que pendant la campagne, nous étions les seuls à proposer une baisse de l'impôt sur les sociétés". Le propos, où est fait mention de L'Avenir en commun, brochure présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, est d'une députée insoumise élue en Meurthe-et-Moselle, Caroline Fiat.
Au moment où La France insoumise (FI) participe ce mardi, à la suite de la CGT, à une manifestation parisienne contre la réforme du droit du travail par l'exécutif, ses représentants ont à cœur de se faire entendre de certains patrons, à l'exception des PDG des grands groupes.
"La France insoumise est un outil qui a vocation à exprimer les aspirations populaires" aasure à BFMTV.com Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle, puis du mouvement lors des législatives. A ce titre, il n'y a pas de raison pour La France insoumise de se détourner des doléances des entrepreneurs.
Patrons contre patrons
Comment alors concilier une opposition au libéralisme et au Medef tout en nouant ou renouant des liens avec les patrons de petites et moyennes entreprises? Peu après la présentation des ordonnances gouvernementales le 31 août par Edouard Philippe et Muriel Pénicaud, Adrien Quatennens, député FI élu dans le Nord et fer de lance des Insoumis cet été dans les débats autour de la loi habilitant le gouvernement à réformer le droit du travail, a écrit dans une publication Facebook: "Les français-e-s nourrissent des appétits sans borne et sans obligation de résultats parce qu'ils sont de bonne foi contrairement à cette petite minorité radicale du patronat. La séparation du Medef et de l'Etat est une tâche urgente que doit accomplir le Peuple français."
Le Medef est dépeint comme "une petite minorité radicale du patronat", c'est-à-dire une instance qui ne serait pas représentative de l'ensemble de ce dernier.
Fonder de nouveaux clivages
Après avoir rappelé que le discours des Insoumis sur l'entreprise était avant tout affaire de convictions, Manuel Bompard explique à BFMTV.com qu'il s'agit également d'une stratégie, inspirée de Podemos, qui cherche à rassurer en Espagne les couches de la population qui lui sont hostiles en les convainquant que leur accession au pouvoir ne serait pas un saut dans l'inconnu destructeur. "Nos arguments sont aussi liés à une approche générale qui tient à une stratégie authentiquement populiste." L'idée est de s'affranchir des anciens schémas électoraux pour mieux incarner le peuple contre certaines élites en posant de nouveaux clivages.
"Une des démarches consiste donc à opposer les salariés et une bonne partie des patrons d'un côté à l'oligarchie patronale de l'autre", poursuit Manuel Bompard. Selon lui, l'un des enjeux pour les Insoumis est de dévoiler ce qu'il appelle "la stratégie Fnsea du Medef qui, comme le Fnsea le fait avec l'ensemble des agriculteurs français, se cache derrière la masse des patrons pour défendre ses intérêts propres".
Ce que les Insoumis proposent aux employeurs
La députée Caroline Fiat assure à BFMTV.com que des employeurs "viennent à la rencontre des Insoumis" depuis les dernières campagnes. Elle expose l'argumentaire qu'elle emploie pour susciter leur intérêt: "Je leur dis que nous sommes les seuls à proposer de ramener l'impôt sur les sociétés de 33% à 20% et de relever celui sur les grandes entreprises de 8% à 20%" (ce taux de 8% correspond à celui du taux d'imposition moyen implicite des entreprises du CAC en 2006, comme l'explique ici Libération).
"Il faut remplir les carnets de commandes! Le véritable enjeu est d'aider les patrons à embaucher et pas à licencier", ajoute la parlementaire. Jean-Luc Mélenchon s'était lui aussi fait l'écho de cette volonté de remplir les carnets de commandes, notamment dan un entretien au JDD relayé sur son blog le 3 juillet dernier.
"Avant de se demander si un employé est trop cher, les patrons se demandent s'ils ont du boulot à lui donner", appuie l'ancien directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Manuel Bompard détaille lui aussi les raisons qui pourraient, selon sa formation politique, pousser des patrons à donner leur confiance aux Insoumis lors de prochaines échéances électorales: "Si je me retrouvais face au dirigeant d'une entreprise petite ou moyenne, je lui dirais que le pôle public bancaire que nous voulons mettre en place lui permettrait un meilleur accès au crédit. Je lui dirais aussi que son entreprise va profiter des nouvelles activités liées à notre volonté de lancer un plan d'investissement massif dans la transition écologique, ou une économie de la mer."
A l'évidence, certains cas pratiques donnent du fil à retordre aux élus. Caroline Fiat se souvient d'une discussion avec son garagiste qui est "loin d'être un Insoumis". "Il m'a dit: 'Vivement que je puisse n'engager que des CDD'. Je lui ai répondu qu'il ne vendrait plus de voitures. Il m'a demandé pourquoi, je lui ai dit: 'Tu n'auras pas de crédit'". Caroline Fiat conclut: "C'est aussi ça le travail de militant". Reste à savoir si le militantisme de La France insoumise va payer auprès de ce nouvel électorat lors de prochaines élections.












