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Le jour où la classe politique entière a mérité la censure

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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Sans surprise, la motion de censure présentée mercredi par l’UMP a été rejetée par les députés, sur fond d’affaire Cahuzac. Un moment étrange…

C’était en effet un étrange moment. Quelques heures hors du temps et de l’espace, pour jouer la comédie d’un débat stéréotypé devant une Assemblée transformée en théâtre d’ombres. Jean-François Copé et Jean-Louis Borloo ont tapé sur le gouvernement – mais leurs exposés ont sonné creux. Jean-Marc Ayrault a répondu en appelant les Français à des compromis historiques – mais ce sont ses chances d’y arriver qui paraissent compromises. Les autres orateurs ont joué les inutilités, si l’on ose dire. Tout le monde a fait semblant de croire que ce débat était important. En réalité, il était importun.

Etait-ce un débat sans enjeu – ou plutôt les vrais enjeux sont-ils ailleurs ?

Allons plus loin : si les politiques veulent convaincre que le Parlement ne sert à rien, il faut une séance de ce genre tous les mois ! Le pire, c’est que Jean-Marc Ayrault se réjouissait vraiment de ce (pseudo) débat pour montrer sa combattivité ; Jean-François Copé n’en avait eu l’idée que pour monter à la tribune en chef de l’opposition ; et Jean-Louis Borloo n’avait qu’une envie, c’était de lui voler la vedette. Résultat : des chefs politiques qui se répondent (entre eux) mais qui n’ont pas les réponses (aux problèmes des citoyens). Comparé à ce qui vient de se jouer au Parlement chypriote, ça donnait l’impression d’un concours d’éloquence, où les orateurs sont là juste pour briller, pas pour convaincre. Ils n’ont été ni brillants, ni convaincants.

Mais est-ce que les motions de censure ne servent pas surtout à l’opposition pour prendre date contre le gouvernement, sans espoir de le renverser ?

La statistique est nette : depuis le début de la Vè République, sur 55 motions déposées, 1 seule a été votée : en 1962, contre Pompidou, mais De Gaulle l’avait renommé aussitôt. Dans notre système, la responsabilité du gouvernement ne joue en fait que devant le président, pas devant le Parlement. En dehors des problèmes d’ego, l’opération de mercredi était faite pour forcer l’unité, à droite comme à gauche, alors que les divisions sont de plus en plus nettes. A l’arrivée, on a vu la majorité et l’opposition surjouer l’affrontement pendant qu’au dehors, dans la vie réelle, le chômage monte, la récession menace, la crise de l’euro reprend…

La démission de Jérôme Cahuzac, qui était dans toutes les têtes, ajoutait à l’étrangeté de ce moment. Est-ce que ça a pesé sur le débat ?

Ça a forcément renforcé le décalage. La gratuité de ces échanges politiciens contrastait avec le malaise qu’a provoqué l’affaire Cahuzac. Mais il y a aussi la guerre au Mali, qui semble-t-il est déjà finie puisque Jean-Marc Ayrault a annoncé le retour de nos troupes en avril – sans qu’on sache bien si leur mission est achevée… Et puis le sort de nos otages, à propos desquels François Hollande a au moins été maladroit de laisser entendre aux familles que la France était prête à durcir le ton avec les ravisseurs. Il a fallu que Jean-Marc Ayrault corrige cette impression, mercredi – c’était peut-être le seul intérêt de son discours. C’est peu.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 21 mars.