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Le gouvernement de combat est aussi un gouvernement de calcul

BFM Hervé Gattegno
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Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

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Le gouvernement Valls ne sera entièrement composé que mercredi prochain après la nomination d’une douzaine de secrétaires d’Etat – et ce n’est pas par hasard...

Tous les gouvernements obéissent à des dosages subtils entre partis, courants, générations, origines géographiques… Celui de M. Valls répond aussi à une exigence de calendrier. Il y avait une urgence à afficher l’équipe resserrée voulue par F. Hollande. En revanche, il n’y a aucune urgence à nommer les secrétaires d’Etat. Parce que ces nominations à venir sont convoitées par beaucoup de parlementaires et tant que rien n’est fait, tous les membres de la majorité sont loyaux, disciplinés, zélés même – y compris les plus tapageurs. Donc M. Valls revendique l’efficacité et la continuité, pas la célérité. Mais il faut lui reconnaître une certaine malignité.

Ça veut dire que le premier ministre veut être sûr qu'aucune voix ne va lui manquer après le discours de politique générale, qu'il doit prononcer mardi ?

Exactement. Il veut s’en assurer par cette pression psychologique, et aussi par un moyen mathématique. Depuis la défection des Verts, la majorité absolue du PS à l’Assemblée tient à 2 sièges. Imaginons que 6 ou 7 députés deviennent secrétaires d’Etat, ce sera autant de voix perdues pour le gouvernement – ils doivent quitter le Parlement sur le champ mais ne sont remplacés par leur suppléant qu’au bout d’un mois. Donc mardi, pour le vote de confiance sur le discours de M. Valls, personne ne manquera à l’appel puisque les nominations seront faites le lendemain… Ce n’est pas de la haute politique, mais ça, justement, c’est de l’« efficacité »…

Si on vous entend bien, ça veut dire que M. Valls s'inquiète de l'étroitesse de sa majorité : il a peur d'une fronde de l'aile gauche contre le pacte de responsabilité ?

Il n’y a pas que le gouvernement qui s’est resserré… la majorité aussi. Cela dit, l’histoire montre qu’il est plus facile de contrôler une majorité étroite qu’une majorité pléthorique : les députés se sentent moins libres quand ils sont moins nombreux. Maintenant, il faut aussi compter avec les Radicaux : ils ont 16 sièges, ce sont des alliés du PS et eux sont au gouvernement (C. Taubira et S. Pinel). M. Valls pourrait leur donner un secrétariat d’Etat en plus. Mais il a déjà passé assez d’accords politiques à l’intérieur du PS (avec l’aile gauche) pour accepter d’être dépendant d’accords politiques à l’extérieur.

Les secrétaires d'Etat, justement, est-ce qu'ils sont vraiment indispensables ? Dans beaucoup de pays, les gouvernements ont nettement moins de membres qu'en France et ça ne marche pas plus mal.

C’est le reflet de la puissance de l’administration et des corporatismes. Les fonctionnaires des affaires maritimes, de l’équipement ou de la jeunesse et des sports n’imaginent pas ne pas obéir à un ministre – on finit toujours par en nommer un… et les Français n’en entendent parfois jamais parler. Il y a des secteurs plus cruciaux que d’autres : la santé (on parle de JM Le Guen ou d’A. Morelle, le conseiller de F. Hollande), le commerce extérieur (dont L. Fabius et A. Montebourg se sont disputés la tutelle, et qui ira à F. Pellerin), les relations avec le Parlement, le Budget. Si l’équipe Valls n’en comprend que 12, on peut espérer que ces nouveaux secrétaires d’Etat ne seront pas réduits à l’état de secrétaires.

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