La veuve de l'ex-président du Rwanda arrêtée en France
PARIS (Reuters) - La veuve de l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, accusée d'être impliquée dans le génocide de 1994, a été arrêtée en France mardi, moins d'une semaine après la visite de Nicolas Sarkozy au Rwanda.
Interpellée le matin à son domicile dans l'Essonne, au sud de Paris, à la suite d'un mandat d'arrêt international en vue de son extradition lancé par le Rwanda en 2009, Agathe Habyarimana a été libérée dans l'après-midi et placée sous contrôle judiciaire, a annoncé le parquet général dans un communiqué.
"Je suis heureuse de pouvoir retourner dans ma famille et rencontrer mes enfants. Et puis moi je fais confiance à la justice française et c'est pour cela que j'ai choisi ce pays pour demander l'asile politique", a-t-elle dit à Reuters.
Son avocat, Philippe Meilhac, a affirmé que le parquet avait "reconnu que, pour l'instant, les éléments qui ont été communiqués par la justice rwandaise sont quasi inexistants".
Il appartient maintenant aux autorités rwandaises de transmettre aux autorités françaises la demande d'extradition proprement dite par voie diplomatique, afin que la justice française se prononce sur les suites à lui donner.
L'assassinat de Juvénal Habyarimana en 1994 avait marqué le point de départ d'un génocide qui a fait 800.000 victimes et son épouse est soupçonnée d'être l'une des instigatrices des massacres de par son rôle officieux dans le régime de l'époque.
En visite de réconciliation à Kigali le 25 février, Nicolas Sarkozy avait reconnu aux côtés du président Paul Kagamé que la France avait commis de "graves erreurs d'appréciation" lors du génocide, sans aller jusqu'à présenter des excuses officielles.
EXTRADITION PEU PROBABLE
Mais il avait fait à cette occasion des déclarations qui prennent une résonance toute particulière aujourd'hui.
"Nous voulons que les responsables du génocide soient retrouvés et soient punis", avait-il dit. "Est-ce qu'il y en a en France ? C'est à la justice de le dire."
Agathe Habyarimana avait quitté le Rwanda trois jours après l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion de son mari, abattu par des missiles sol-air à son atterrissage à Kigali.
La cour d'appel doit donner son feu vert à la future demande d'extradition de Kigali, ce qui peut prendre des mois.
De source judiciaire, on estime toutefois qu'il est peu probable que la démarche aboutisse à une extradition.
Même si le Rwanda a aboli la peine de mort, les conditions de détention y sont en effet jugées incompatibles avec les normes européennes, ce qui pourrait empêcher le transfert, comme cela s'est produit pour toutes les demandes précédentes.
Cette procédure d'extradition est séparée de celle engagée contre la veuve de l'ancien président rwandais après le dépôt d'une plainte par des associations de victimes pour "complicité de génocide et complicité de crime contre l'humanité".
Si l'extradition est refusée, la justice française pourra poursuivre elle-même Agathe Habyarimana en vertu du principe de compétence universelle, comme le suggère l'association de défense des droits de l'homme Survie.
"AU COEUR DU RÉGIME GÉNOCIDAIRE"
A Kigali, Jean Bosco Mutangana, chef de l'unité spécialisée dans la recherche des présumés génocidaires rwandais à l'étranger, a lui aussi laissé la porte ouverte à un jugement en France, même si "la priorité est qu'elle soit jugée au Rwanda car les crimes ont été commis contre le peuple rwandais".
La France avait refusé d'accorder l'asile politique à Agathe Habyarimana en octobre dernier.
Le Conseil d'Etat, plus haute juridiction administrative française, avait alors confirmé une décision prise en février 2007 par la commission de recours des réfugiés.
Cette dernière avait conclu qu'elle avait joué un rôle central dans les tueries ayant frappé les Tutsis et Hutus modérés en raison de sa place "au coeur du régime génocidaire responsable de la préparation et de l'exécution du génocide".
Cet épisode intervient en pleine réconciliation entre la France et le Rwanda, dont les relations avaient été ternies par les mandats d'arrêt lancés en 2006 par des magistrats français contre neuf officiels rwandais proches de Paul Kagamé, leur imputant l'attentat contre l'avion de Juvénal Habyarimana et donc une responsabilité indirecte dans le génocide.
Ces mandats n'ont pas été levés mais la France a pris des mesures d'apaisement envers Kigali, notamment en rétablissant les relations diplomatiques avec le Rwanda.
Le Rwanda reproche aux militaires français de l'opération Turquoise, censée protéger les populations civiles et les réfugiés au plus fort de la crise de 1994, d'avoir secouru des miliciens hutus responsables du génocide ou de leur avoir permis de fuir vers le Zaïre voisin mais Paul Kagamé a estimé jeudi dernier qu'il ne fallait pas être "otage du passé".
Nicolas Bertin, Thierry Lévêque et Laurent Hamida, édité par Yves Clarisse












