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L’Etat Hollande, c’est l’Etat Jospin… en moins bien

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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La nomination d’Olivier Schrameck, ex-directeur du cabinet de Lionel Jospin, à la tête du CSA, suscite les critiques de l’opposition. Vous y joignez les vôtres.

D’abord parce qu’il est devenu évident que F. Hollande a la même pratique que ses prédécesseurs en matière de nominations. Le cas d’O. Schrameck est d’autant plus édifiant qu’il suit de peu le choix de Jack Lang pour présider l’IMA. Ce sont 2 hommes de qualité, mais sans leur faire injure, on devine que c’est leur proximité avec le pouvoir qui a prévalu. Et pour le 1er, c’est la confirmation de ce que la présidence Hollande s’exerce sous une sorte de tutelle officieuse de Lionel Jospin – peut-être moins pour le meilleur que pour le pire…

Olivier Schrameck, ce serait le pire du jospinisme ? C’est un peu sévère…

Ce n’est pas un jugement sur la personne. Sa principale qualité aux yeux de F. Hollande ne peut pas être sa science de l’audiovisuel (il n’en a aucune). Mais sous Lionel Jospin (1997-2002), O. Schrameck était l’un des 3 hommes clé : ceux qui verrouillaient la majorité. Les 2 autres étaient François Hollande (le parti) et Jean-Marc Ayrault (les députés). Et puis Schrameck n’est pas juste un conseiller d’Etat urbain et cultivé. C’est un haut-fonctionnaire ultra-politique, qui avait osé publier un livre en pleine cohabitation, où il attaquait directement Jacques Chirac. Et bien sûr, c’était aussi l’un des piliers de la campagne de Jospin en 2002, qui ne s’est pas terminée par un triomphe…

Mais que François Hollande nomme un fidèle à un poste important, est-ce que c’est vraiment une surprise – et est-ce que c’est forcément critiquable ?

Ce qui est critiquable, c’est de le faire après avoir juré qu’on ne le ferait pas. François Hollande a promis de rompre avec les réflexes autocratiques de Nicolas Sarkozy – notamment dans ses rapports avec les médias. Le choix du président du CSA est un démenti catégorique à ce serment. Cela dit, c’est la logique de l’alternance : l’ex-dircab de Jospin remplace l’ex-dircab de Raffarin. Ça se vaut. Sauf que comme François Hollande a promis aussi de donner plus de pouvoir au CSA, la fidélité de son président donnera peut-être, indirectement, plus de pouvoir à l’Elysée… C’est cynique. Donc habile. Et inversement.

Au-delà des nominations, est-ce qu’on peut parler d’une véritable influence de Lionel Jospin sur la politique de F. Hollande ?

Plus qu’une influence : une présence. C’est sur la base du rapport de Jospin lui-même que F. Hollande va bâtir sa révision constitutionnelle. Il n’en retient pas tout, mais plusieurs points de la doctrine Jospin : tout ce qui tend à réduire les avantages de la fonction présidentielle (statut pénal, appartenance au Conseil constititutionel) – ce qui n’est pas un cadeau pour François Hollande ; et la limitation du cumul des mandats, qui complique sa relation les sénateurs du PS, qui soupçonnent Jospin de régler sur leur dos un vieux compte avec le Sénat… Il se dit aussi que les hésitations de Hollande sur le mariage gay doivent beaucoup à l’hostilité de Jospin au projet. Un ancien qui prête son expérience à un débutant : peut-être que c’est à l’Elysée même qu’on teste le 1er contrat de génération…

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 11 janvier.