2017: à un an de la présidentielle, rien n'est joué

Alain Juppé, le 20 avril 2016. - Jean-François Monnier - AFP
Sondage après sondage, le maire Les Républicains de Bordeaux Alain Juppé fait figure de favori. A gauche, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron grimpe peu à peu dans les enquêtes, face à une gauche dispersée. Mais à un an de la présidentielle, bien malin qui peut dire qui l'emportera en 2017. Si certains se sont officiellement déclarés, les candidats des principaux partis ne sont même pas encore choisis.
L'Histoire nous livre de nombreux exemples. Sous la Ve République, les jeux ne sont jamais faits douze mois avant l'échéance suprême. Preuve en est: le 21 avril 2002, l'élimination du candidat du PS, le Premier ministre sortant Lionel Jospin, dès le premier tour avait provoqué électrochoc tant aucun institut de sondage n'avait vu venir une telle configuration.
Décryptage avec les spécialistes de l'émission L'Histoire en Direct, présentée par Roselyne Dubois et diffusée vendredi 22 avril à partir de 21 heures sur BFMTV.
A un an, le "casting définitif" rarement connu
Depuis l'instauration de l'élection du président de la République au suffrage universel direct en 1962, chaque présidentielle a eu son lot de surprises et de désillusions: les pronostics à douze mois se sont toujours révélés faux. Voire, certaines fois, archi-faux (cf. encadré ci-dessous). Comme lorsqu'en 1994, on croit l'élection pliée en faveur d'Edouard Balladur.
"Balladur, c’est l’énorme plantage", décrypte Hervé Gattegno, éditorialiste à RMC et BFMTV. "En 1994, à un an de l’élection qui sera celle de Jacques Chirac, tous les médias écrivent que l’élection est pratiquement déjà jouée. Il n’en est rien".
L'élection de 1994 a donc permis de se rendre compte que la politique n'est définitivement pas une science exacte. Mais surtout, qu'à un an de l’élection - et on le vit encore en ce moment - la plupart du temps, on ne sait pas réellement quel sera le casting définitif de l’élection", poursuit le spécialiste.
"Première bataille"
Tout pronostic aujourd'hui pour 2017 est plus que risqué. Car cette élection de 2017 est marquée par une nouvelle originalité: l'organisation de primaires à droite et peut-être à gauche, comme de nombreuses voix le réclament. "Il y a une première bataille avant la grande bataille, qui se passe dans les camps politiques: c’est de voir quels seront les champions qui vont s’affronter. Tant qu’on ne connaît pas les compétiteurs, on ne peut pas tellement anticiper le résultat, en tout cas on ne doit pas le faire", estime Hervé Gattegno.
"En même temps", ironise l'historien Fabrice D’Almeida, "tout notre système médiatique est organisé pour essayer de dire ce qui va se passer!"
"Interprétation peu orthodoxe"
En 2002, synonyme de tsunami politique avec la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle, un homme avait pourtant prédit ce résultat. Il s'agit de l'analyste politique Gérard Le Gall, chargé à l'époque des sondages au Parti socialiste. Une prédiction que personne n'a voulu croire.
"Dans un sondage, Le Pen est à 14%. En moyenne avant 2002 il était à 13 sur tous les instituts de sondages. Et Lionel Jospin était à 16,5%. J'ai fait la démonstration (au PS, Ndlr). L'un est à 14 donc possiblement à 15,5. Un autre est à 16,5% donc possiblement à 15. Je fais les gestes et je dit: 'les courbes se croisent'. J'ai dit l'indicible: 'Lionel pourrait ne pas être au second tour'. Silence de glace. Jean-Marc Ayrault me dit, 'Gérard, ce n'est pas à Lionel de le dire'. Parce qu'il y avait la problématique du vote utile."
Le secret, selon lui, est sans doute de ne pas avoir le nez trop collé aux chiffres. "J'ai fait l'analyse clinique, presque. (...) J’ai fait une interprétation peu orthodoxe", décrypte Gérard Le Gall. "Un sondage, trop souvent sur les plateaux de télé, c'est la paraphrase des résultats, +1, +2, etc. Non! Un sondage, c'est un matériau qu'il faut travailler, et ensuite formuler son diagnostic."
a j-365, les jeux ne sont jamais faits
- 1965. Déjà, lors de la première élection présidentielle au suffrage universel direct, le général de Gaulle, qui devait être le grand vainqueur dès le premier tour, est en ballottage mais l'emporte.
- Avril 1980. Le président en exercice Valéry Giscard-d’Estaing est le grand favori pour la présidentielle de 1981. En face, le dirigeant socialiste François Mitterrand, entretient le flou. Un an après, c’est pourtant lui qui gagne l'élection.
- 1994. Le Premier ministre Edouard Balladur caracole en tête de tous les sondages pendant des mois. Côté socialiste, Jacques Delors est plébiscité par les militants. Finalement, Jacques Chirac, jugé plus sympathique et proche des électeurs, passe devant Balladur. Et Delors ne sera jamais candidat.
- Avril 2001. Le Premier ministre Lionel Jospin se fait attendre. Il déclare: "Je peux être candidat, mais je n’en ai pas besoin". Au final, il sera bien le candidat du Parti socialiste. Mais le soir du 21 avril 2002, c’est le choc, la gauche est éliminée dès le premier tour. Jacques Chirac est réélu face à Jean-Marie Le Pen au second.
- Avril 2006. Ségolène Royal n'est pas encore candidate, et déjà chouchoute de l’électorat de gauche. Quelques mois plus tard, elle devient la représentante du PS, devant les ténors Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. A droite, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy ne s'est pas encore déclaré candidat. C'est lui qui l'emporte en 2007.
- Avril 2011. Dominique Strauss Kahn est donné grand favori pour la présidentielle. Un mois plus tard, toutes ses chances sont anéanties. Le patron du FMI est arrêté à New York et accusé de viol contre une femme de chambre. François Hollande, que l’on surnomme "M. 3%" parce qu’il est au plus bas dans les sondages va finalement devenir le candidat de la gauche, après avoir été choisi par les militants lors d'une primaire inédite. Quelques mois plus tard, il bat Nicolas Sarkozy.











