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Affaire Benalla: les grands chantiers de la réorganisation sont lancés à l'Elysée

BFM Robin Verner
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron - Bertrand Guay/ AFP

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A l'évidence, l'Elysée doit revoir sa copie. La lumière jetée sur son fonctionnement par l'affaire Benalla pousse l'Elysée à repenser son organisation. Alors qu'une valse d'arrivées et de départs est engagée au "Château", il s'agit aussi de changer les pratiques.

Pour un simple bagagiste, selon les mots de Christophe Castaner il y a quelques mois, pour une "affaire de cornecul", toujours selon le même homme, le dossier Alexandre Benalla trouve des échos retentissants et durables au sommet de l'Etat.

Mercredi, la commission d'enquête du Sénat a présenté son rapport en la matière et a exprimé ses positions sous des tours accablants devant la presse. Evoquant des "dysfonctionnements majeurs", les sénateurs Philippe Bas, Jean-Pierre Sueur et quelques-uns de leurs collègues ont mis en cause directement trois hauts responsables de l'Elysée, proches d'Emmanuel Macron: le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, le directeur de cabinet du président de la République, Patrick Strzoda, et le général Lavergne dirigeant le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). Ce dernier événement pousse encore un peu plus l'Elysée, qui emploie 820 personnes, à repenser ses structures, ses pratiques mais aussi bien sûr les personnages qui la servent.

Une refonte, quatre directions

Notre éditorialiste politique, Laurent Neumann, a évalué les deux options possibles pour l'Elysée: soit une stratégie offensive à l'égard du Sénat, revenant à dénoncer le document sénatorial comme guidé par un ressentiment politique, soit une stratégie plus constructive. "Elle consiste à dire : ‘Oui, il y a eu de nombreux dysfonctionnements majeurs et nous les avons identifiés et d’ailleurs, dès septembre dernier, nous avons nommé un nouveau directeur général des services dès septembre, Jérôme Rivoisy, pour mettre tout ça à plat. Des conseillers ont déjà quitté l’Elysée. Le remaniement à l’Elysée va continuer", a posé Laurent Neumann.

L'Agence France Presse a détaillé le rôle de Jérôme Rivoisy. A vrai dire, c'est à lui que revient l'essentiel de la réorganisation qu'il doit mener autour de quatre directions: la sécurité, les ressources et la modernisation (achats, patrimoine, RH, budget, finances, archives), la communication (qui ne concerne pas seulement les relations avec la presse mais aussi le standard), et les opérations (intendance, événements et voyages présidentiels, fonction support type imprimerie).

Le cercle des conseillers chamboulé

Le personnel politique est également en cours de renouvellement. Sylvain Fort, conseiller en communication et plume du chef de l'Etat, a quitté l'Elysée à la fin du mois de janvier. Stéphane Séjourné, ancien conseiller politique, a quitté la place pour prendre en charge la campagne de LaREM aux européennes. A ces sorties hors les murs, on doit ajouter le départ annoncé d'Ismaël Emelien. Le très puissant "conseiller spécial" d'Emmanuel Macron, qui a posé sa démission. Elle sera effective le mois prochain. Lui-même largement décrié depuis le déclenchement de l'affaire Benalla, Ismaël Emelien a-t-il dû aller voir ailleurs à cause de manquements dans ce cadre? Oh que non, assure la présidence de la République. Il s'agissait seulement de se plier à une consigne préalable, interdisant à des conseillers élyséens de publier des livres. Or, Ismaël Emelien s'apprête à faire paraître un ouvrage sur le "progressisme", et son départ aurait été acté en novembre dernier.

Philippe Grangeon, communicant et membre fondateur d'En Marche, a quant à lui parcouru le chemin inverse. Il a ainsi été nommé auprès d'Emmanuel Macron et bénéficie lui aussi du titre de "conseiller spécial". Mais les changements les plus significatifs touchent à un domaine plus pratique.

"Vexatoire"

Visiblement échaudée par l'obtention de passeports diplomatiques par Alexandre Benalla, et les contrariétés que celle-ci a entraînées, la présidence de la République a décidé de revoir les conditions permettant de se voir décerner le précieux sésame international. Le Parisien cite ainsi une source élyséenne notant qu'il n'y avait jusqu'ici "pas de règle clairement établie" sur cette question. Dorénavant, le potentiel détenteur d'un passeport diplomatique devra être "amené, de manière régulière, à réaliser des missions de reconnaissance ou des missions de déplacement au côté du président de la République".

Officiellement, seuls deux ou trois collaborateurs ont dû rendre leurs passeports diplomatiques mais le journal francilien s'est laissé dire qu'une dizaine de personnes avaient dû le remettre, certaines d'entre elles trouvant même la chose "vexatoire". Les services examinés en premier lieu sont les suivants: le pôle diplomatique, l’état-major particulier du chef de l’Etat et le GSPR.

Et à l'évidence, il s'agit là d'un jalon et non du bout du tunnel pour l'Elysée.