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Une enquête unique et des accusations nouvelles sur le Mediator

La justice va centraliser à Paris les centaines de plaintes visant le médicament Mediator, qui aurait fait entre 500 et 2.000 morts. Jacques Servier, président du laboratoire Servier qui fabriquait cet antidiabétique, évoque pour sa part un complot. /Phot

La justice va centraliser à Paris les centaines de plaintes visant le médicament Mediator, qui aurait fait entre 500 et 2.000 morts. Jacques Servier, président du laboratoire Servier qui fabriquait cet antidiabétique, évoque pour sa part un complot. /Phot - -

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par Thierry Lévêque PARIS (Reuters) - La justice va centraliser à Paris les centaines de plaintes visant le médicament Mediator, qui aurait fait...

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - La justice va centraliser à Paris les centaines de plaintes visant le médicament Mediator, qui aurait fait entre 500 et 2.000 morts, alors que le patron du laboratoire qui le fabriquait parle de complot.

Ce dossier lance un débat en France sur l'organisation du système de santé et l'influence des laboratoires pharmaceutiques qui ont développé de puissants réseaux commerciaux, financent la recherche et font eux-mêmes contrôles et expertises.

La police et la gendarmerie sont saisies conjointement d'une enquête préliminaire sur le Mediator confiée au pôle de santé publique du parquet, qui traitera l'affaire sans saisir dans l'immédiat de juge d'instruction indépendant, a-t-on expliqué au cabinet du procureur de Paris.

Neuf plaintes ont déjà été reçues, mais 110 autres ont été annoncées à Bordeaux cette semaine par le docteur Dominique-Michel Courtois, président d'une association des victimes. Une autre association de victimes créée aussi cette semaine à Lille annonce 200 adhérents.

Ce regroupement de toutes les plaintes au parquet de Paris a été ordonné par une circulaire du 26 novembre dernier aux procureurs, qui évoque une "bonne administration de la justice", dit-on au ministère.

Le procureur de Paris est Jean-Claude Marin, qui fut directeur des affaires criminelles au ministère de la Justice en 2002-2004, sous la présidence Jacques Chirac.

Le Mediator, un antidiabétique souvent prescrit de manière illicite comme coupe-faim, a été mis sur le marché en 1976 par le laboratoire Servier et n'a été interdit en France qu'en novembre 2009, longtemps après son retrait dans d'autres pays occidentaux.

Dès les années 1990, des médecins avaient lancé des alertes sur ses effets secondaires cardiaques mortels, les valvulopathies, et des études jugeaient par ailleurs qu'il était sans intérêt thérapeutique.

Il était pourtant remboursé et a donc coûté plus de 400 millions d'euros en dix ans à la Sécurité sociale.

TROIS MORTS, SELON SERVIER

L'opposition de gauche réclame une enquête complète, en faisant remarquer que Jacques Servier, président du laboratoire qui fabriquait le Mediator, fut conseillé par Nicolas Sarkozy quand ce dernier était avocat, et que le président lui a remis personnellement la Légion d'honneur en 2008.

Nicolas Sarkozy a fait savoir le 22 décembre qu'il avait demandé en conseil des ministres la "transparence la plus totale". Une enquête administrative a été commandée à l'Inspection générale des affaires sociales et un rapport est attendu le 15 janvier.

Lors d'une cérémonie de voeux à son personnel mardi, Jacques Servier, 88 ans, a estimé que le Mediator n'avait fait que trois morts et que le chiffre de 500 relevait du "marketing", selon le journal Libération de jeudi.

Comme il l'avait déjà fait dans son seul entretien de presse sur l'affaire, dans Le Monde, il s'est dit victime d'un complot politique. "Il n'y a rien de spontané dans le déroulement de l'affaire du Mediator", a-t-il déclaré, selon Libération.

Il estime qu'on amalgame trois décès causés par le Mediator et d'autres ayant frappé des personnes déjà atteintes de valvulopathie. Contactés par Reuters, son avocat Hervé Temime et la société n'ont pas fait de commentaires.

Les évaluations de 500 à 2.000 morts ont été obtenues par des études utilisant, selon ses auteurs, une méthode reconnue par le laboratoire lui-même.

Elle consiste à comparer le nombres de victimes de valvulopathies chez les patients prenant du Mediator et dans le reste de la population.

Le laboratoire Servier a d'ailleurs reçu le 5 octobre 2009 un rapport qu'il avait commandé au professeur Bernard Iung et qui concluait à un lien de cause à effet entre le Mediator et les valvulopathies, révèle jeudi le Figaro.

Le laboratoire n'a pris alors aucune décision et ce sont les autorités sanitaires publiques qui ont finalement, notamment sur la base de cette étude, retiré le Mediator du marché. La société n'a pas souhaité commenter cette information dans l'immédiat.

Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal