"Quelqu'un de très brouillon": à son procès, Frédéric Péchier affiche son manque d'estime pour l'une de ses ex-collègues
Le docteur Frédéric Péchier, devant le tribunal à Besançon, le 8 septembre 2025 - Benoit PEYRUCQ © 2019 AFP
"C'est délirant." Répondant à l'hypothèse selon laquelle il aurait empoisonné trois patients au bloc opératoire pour nuire à l'anesthésiste chargée de les endormir dans une clinique de Besançon en 2011 et 2012, Frédéric Péchier a balayé son implication devant la cour d'assises de Besançon, ce mercredi 22 octobre, sans cacher pour autant son peu d'estime pour la collègue concernée.
L'ancien anesthésiste de 53 ans, qui a toujours clamé son innocence, a été longuement interrogé sur trois arrêts cardiaques suspects, parmi les 30 qu'il est suspecté d'avoir provoqué - dont 12 ont entraîné la mort du patient. Ces trois "événements indésirables graves", tels qu'on les désigne dans le jardon médical, ont eu lieu en 2011 et 2012, dans la même clinique de Besançon.
Les trois patients ont pu être réanimés avec l'aide de Frédéric Péchier, mais les trois étaient au départ sous la responsabilité d'une autre anesthésiste, Colette Arbez, dont les débats ont montré qu'elle était peu appréciée par l'accusé.
Selon l'accusation, l'empoisonneur aurait sévi potentiellement pour nuire à des collègues avec qui il avait un différend.
Un manque d'estime
Une théorie à laquelle l'une des victimes concernées dit croire aujourd'hui: "on s'est servi de moi pour faire du mal à une personne, c'est horrible", s'est exclamé Ulysse Busetto, 75 ans, qui a fait un arrêt cardiaque lors d'une opération du coude.
L'accusé, lui, n'en démord pas, et affirme n'avoir pas voulu nuire au docteur Arbez - aujourd'hui retraitée et en mauvaise santé, elle n'a pas pu témoigner.
"C'était quelqu'un de très brouillon", estime-t-il: "elle arrivait en fin de carrière, elle était pas forcément au top de toutes ses compétences, elle commençait à avoir peur de travailler".
"Il était admis qu'elle avait des problèmes de vue. Elle l'a toujours nié, mais dès qu'elle a été en retraite, elle a mis des lunettes", enfonce l'accusé, provoquant des murmures indignés dans le public.
Une anesthésiste "dévastée"
L'avocate générale Christine de Curraize rebondit, évoquant les conséquences délétères de cette affaire sur le docteur Arbez, "dévastée" après avoir vu sept de ses patients subir un arrêt cardiaque.
"Si on savonne la planche de ce soignant et qu'on lui empoisonne ses patients, c'est normal qu'on puisse se poser la question de ses compétences", raille la représentante du parquet.
"Je me suis toujours posé la question de ses compétences, et je n'ai pas savonné de planche, comme vous dites", rétorque l'accusé.
Frédéric Péchier, qui comparaît libre, encourt la réclusion à perpétuité. Le verdict est attendu le 10 décembre au terme d'un procès de trois mois et demi.












