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Meurtre de Lola: l'expert psychologue pointe la présence de "traits psychopathiques" et "l'absence d'empathie" de l'accusée

BFM Charlotte Lesage avec Florent Bascoul
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Au quatrième jour du procès de Dahbia Benkired, accusée du meurtre de Lola, le tribunal a entendu ce mercredi 22 octobre Nicolas Estano, le psychologue clinicien qui a réalisé son expertise psychologique.

Il s'est plongé dans la tête de Dahbia Benkired. Le psychologue clinicien Nicolas Estano a été entendu ce mercredi 22 octobre par la cour d'assises de Paris dès l'entame de cette quatrième journée de procès du meurtre de Lola.

L'expert psychologue a déclaré à la barre qu'il n'avait pas diagnostiqué "d'éléments en lien avec une maladie psychiatrique franche". Se faisant plus précis, l'expert a signalé que l'accusée ne présentait pas "d'élément de délire ou de perte complète avec la réalité qu'on peut retrouver avec la schizophrénie". En revanche, il a identifié un "trouble de la personnalité schizotypique".

Selon l'Académie de médecine ce trouble se caractérise par des bizarreries du comportement, du discours et de la pensée, sans perturbations dominantes ni typiques d'un état schizophrénique. Ses manifestations les plus fréquentes sont des contacts froids et distants, des excentricités, un retrait social avec une hypersensibilité à la critique. L'Académie cite également une méfiance accrue, un sentiment de persécution, des ruminations obsessionnelles.

Nicolas Estano a justement énuméré plusieurs de ces caractéristiques chez l'accusée citant des "bizarreries de pensée et de discours", des "épisodes de déréalisation", des "traits de psychopathie", "des choses pas logiques, pas rationnelles, pas cohérente".

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"Propos bizarres liés à la sorcellerie"

L'expert a mené plusieurs entretiens avec l'accusée qu'il a rencontrée à quatre reprises. Il a expliqué l'avoir trouvée "réservée" et "sur la défensive", lors des deux premières fois, se "murant dans un silence" lorsque certains termes étaient abordés.

Au troisième entretien, "elle se présente avec un crâne rasé, elle dira que c'est une nouvelle coupe", poursuit-il. "Elle ne fera pas preuve d'agressivité à mon égard", a dit l'expert. "Elle se perd parfois dans des digressions et un certain flou", mais a eu "une capacité de concentration correcte", a-t-il poursuivi. Il a évoqué néanmoins "'des propos bizarres liés à la sorcellerie", en lien avec "des croyances familiales".

Pour Nicolas Estano, cette notion "d'ensorcellement pourrait être une façon de se protéger".

"Absence d'empathie"

Le président a interrogé l'expert sur l'évolution du discours de l'accusée. "On peut avoir plusieurs approches", a répondu Nicolas Estano. "En audition, on a eu la colère contre la mère de cette jeune fille", a dit l'expert, précisant que face à lui le discours était différent. "C'était plus 'on m'a fait boire des trucs, on m'a ensorcelée'", a-t-il poursuivi.

Selon lui, cette évolution du discours peut s'expliquer par les traits psychopathiques relevés chez l'accusée, les personnes atteintes de ces troubles pouvant être manipulatrices.

En effet, l'accusé fournie parfois de nouvelles explications au meurtre de Lola. Ce mardi, elle a dit être passée à l'acte pour se "venger" de son ex-petit ami.

Dahbia Benkired a affirmé que "ce sont des échanges de SMS entre elle et son ex, Mustapha M.", qui l'ont amené à commettre son crime. Pour le psychologue, "Lola a été le réceptacle de cette colère-là". "Lola Daviet est une victime par procuration de la colère qu'elle avait contre Mustapha M.", a-t-il ajouté. "Il y a une rage exprimée sur quelqu'un qui n'est pas là, donc on va exprimer cette rage sur une personne qui est là."

L'accusée a-t-elle des remords ou de la culpabilité? Pour l'expert, l'accusée reste "froide" et "à distance" et manifeste une "absence d'empathie". En entretien, l'accusée s'est exprimée sur les faits. "Elle dit, oui, j'ai tué un enfant, c'est terrible, elle n'a pas mérité ça. Après, est-ce que j'ai vu la personne dans une culpabilité écrasante? La réponse est non", répond l'expert.

Le président de la cour a rappelé que les experts psychiatres seront entendus demain.