Les deux otages français au Niger retrouvés morts

LES DEUX OTAGES FRANÇAIS ENLEVÉS À NIAMEY RETROUVÉS MORTS - -
NIAMEY/PARIS (Reuters) - La France a annoncé la mort, samedi au Niger, de deux de ses ressortissants enlevés la veille dans un restaurant de Niamey, après une tentative des forces nigériennes et françaises visant à les libérer.
Cela porte à trois le nombre de ressortissants français tués au Sahel en l'espace de six mois. En juillet dernier, Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) avait exécuté l'otage français Michel Germaneau en réponse à une opération militaire mauritanienne menée avec l'appui de l'armée française qui n'avait pas permis de libérer cet homme de 78 ans.
A ce stade, tout laisse penser qu'ils ont été exécutés par leurs ravisseurs, a déclaré le porte-parole de l'état-major des armées.
Thierry Burkhard a précisé que des forces spéciales françaises, envoyées dans la région en septembre après l'enlèvement de sept personnes dont cinq Français à Arlit dans le nord du Niger, avaient été impliquées dans l'opération. Elles ont repéré le groupe de ravisseurs grâce à un avion de surveillance. Trois assaillants ont été tués, a-t-il ajouté.
Les ravisseurs prenaient la direction du Mali voisin et s'apprêtaient à rejoindre une zone refuge dans laquelle ils bénéficient de soutiens quand ils ont été localisés, a déclaré Thierry Burkhard.
"Alors qu'ils se trouvaient dans la zone frontalière, l'opération engagée, coordonnée avec des éléments français présents dans la région, a permis à ces derniers d'intercepter les terroristes à la frontière avec le Mali et de neutraliser certains d'entre eux", a déclaré le ministère de la Défense.
UN ACTE "BARBARE ET LÂCHE"
Nicolas Sarkozy, actuellement aux Antilles, a fait part dans un communiqué de sa "profonde tristesse et émotion" après la mort de ces deux Nordistes, qui étaient âgés de 25 ans.
"Le chef de l'Etat condamne avec la plus grande fermeté cet acte barbare et lâche", lit-on dans le communiqué de l'Elysée.
"Loin d'affaiblir notre détermination, cet acte odieux renforce notre engagement à combattre sans relâche la barbarie terroriste", poursuit le texte.
Le chef de l'Etat a, une nouvelle fois, "déconseillé vivement" aux Français de se rendre "dans cette zone" du Sahel tant que les conditions de sécurité ne seront pas meilleures.
On ignore pour l'heure si ce nouvel enlèvement est ou non le fait de groupuscules liés à Al Qaïda, dont le chef historique, Oussama ben Laden, a menacé directement la France.
L'enlèvement des cinq Français en septembre dans le nord du Niger, en même temps que deux autres étrangers, a été revendiqué par Aqmi.
Le député UMP du Nord Christian Vanneste a dit sur BFM TV que les deux hommes étaient originaires de Linselles en banlieue de Lille. Antoine de Léocour, qui travaillait pour l'ONG Aide médicale internationale, allait se marier au Niger et son ami Vincent Delory était venu pour l'occasion.
ESCALADE
Ils ont été enlevés vendredi soir par quatre hommes armés et vraisemblablement arabophones alors qu'ils dînaient dans un restaurant de la capitale, Niamey.
La garde nationale nigérienne les a pris en chasse en direction du Nord, vers la frontière malienne. Il y a eu un premier accrochage au cours de la nuit mais les ravisseurs ont réussi à rompre le contact, a dit Thierry Burkhard. Les preneurs d'otages ont de nouveau été repérés grâce à un avion de patrouille Atlantique 2 et ont été encerclés, a-t-il déclaré.
Les corps des deux Français ont été ramenés à Niamey par avion, a dit à Reuters une source gouvernementale nigérienne.
L'enlèvement de vendredi soir était le premier du genre dans la capitale du Niger, perpétré à des centaines de kilomètres des zones désertiques où les islamistes opèrent.
"C'est une escalade", a estimé l'expert en sécurité Soumeylou Boubeye Maiga, ancien ministre malien de la Défense. "C'est le signe qu'ils sont déterminés à frapper les Etats et les intérêts occidentaux dans la région pour créer une zone d'insécurité."
Selon un témoin présent dans le bar "Le Toulousain", "quatre hommes portant des turbans et équipés d'armes automatiques ont fait irruption dans l'établissement. Trois sont allés directement à la table où les Français se trouvaient tandis que l'autre restait à l'entrée".
"Les agresseurs parlaient arabe et ont contraint les Français à repartir avec eux", a-t-il ajouté. Les ravisseurs ont emmené les otages "dans un 4x4 aux vitres teintées".
Plusieurs Occidentaux ont été enlevés au Niger ces dernières années, échouant souvent entre les mains d'Aqmi. Les précédents enlèvements ont eu lieu dans le nord du pays, où l'influence du gouvernement de Niamey est plus ténue et où opèrent depuis longtemps rebelles et bandits.
Les circonstances, encore peu claires, de la mort des deux otages, pourraient donner lieu à une polémique sur la manière dont les ravisseurs ont été pourchassés.
Cette opération pourrait, selon Anne Giudicelli, directrice du cabinet de conseil Terrorisc, augmenter encore le danger qui pèse sur les cinq autres otages français détenus dans la région.
"Pour le groupe qui les détient, cela peut être lu comme un signe que les Français ne sont plus déterminés à les sauver", a-t-elle dit à Reuters. "Ils ne sont peut-être plus insensibles à la perspective de sacrifier leurs otages."
Abdoulaye Massalatchi à Niamey, avec le service France et John Irish à Paris, Clément Guillou et Jean-Stéphane Brosse pour le service français












