La chanteuse Rokia Traoré arrêtée en France à la demande de la justice belge

Rokia Traoré au Festival de Cannes en 2015 - Loïc Venance - AFP
La célèbre chanteuse malienne Rokia Traoré a été arrêtée en France en vertu d'un mandat d'arrêt européen émis par la justice belge, lié à un litige sur la garde de sa fille, née de père belge. L'avocat de la chanteuse, Me Kenneth Feliho, joint par l'AFP, a confirmé une information de Radio France internationale (RFI).
La chanteuse a été arrêtée mardi à l'aéroport parisien de Roissy à sa descente d'un avion en provenance de Bamako, a-t-il précisé. Selon Me Feliho, l'interpellation est liée à un mandat d'arrêt européen émis à Bruxelles pour "enlèvement, séquestration et prise d'otage". Ce mandat d'arrêt découle du non-respect par la chanteuse d'un jugement rendu fin 2019 exigeant d'elle la remise de sa fille de cinq ans à son père belge, dont Rokia Traoré est séparé.
Confiée à son père en première instance
Selon RFI, le tribunal de première instance de Bruxelles avait décidé de confier "la garde exclusive" de l'enfant à son père. Une décision que la chanteuse a contestée "dès le départ", d'après Me Feliho, du barreau de Bruxelles. Elle avait interjeté appel du jugement de première instance.
Rokia Traoré fait en fait l'objet de deux mandats d'arrêt, comme l'a précisé le parquet belge à l'AFP. Le premier a été émis le 23 octobre 2019 pour non-respect du jugement de première instance. Entendue le 22 janvier 2020 par un juge bruxellois, Mme Traoré avait déclaré qu'elle reviendrait présenter l'enfant dans un délai d'un mois, ce qu'elle n'a pas fait, suscitant un second mandat d'arrêt pour non-présentation d'enfant.
La chanteuse incarcérée
"C'est incroyable que le juge belge ait décidé que le lien de rattachement (de l'enfant) soit la Belgique, alors que son père vit à Marseille", dans le sud de la France, a poursuivi l'avocat. Selon lui, la fillette vit au Mali depuis plus de quatre ans, "elle n'a passé que quatre mois en Belgique".
Rokia Traoré a été incarcérée après son interpellation et une audience est désormais prévue à Paris le 18 mars pour examiner la demande de remise de la chanteuse à la Belgique.
Pétition en faveur de la chanteuse
Vendredi après-midi, une pétition en ligne à l'initiative du Collectif des Mères veilleuses (Mères monoparentales de Belgique) pour exiger la libération de Rokia Traoré avait recueilli plus de 5.000 signatures.
La pétition dénonce entre autres "les dysfonctionnements de notre justice belge à l'égard des mères monoparentales, (...) sans cesse tenues pour responsables du désintérêt et du désinvestissement des pères à l'égard des enfants".
En outre, le gouvernement malien s'est dit samedi solidaire de Rokia Traoré. Il "exprime sa solidarité à (sa) compatriote" et assure à l'opinion malienne "que les services consulaires et diplomatiques sont mobilisés pour un heureux dénouement de la question".
Le gouvernement confirme dans un communiqué que Rokia Traoré est titulaire d'un passeport diplomatique malien, confortant ainsi les griefs de l'avocat de l'artiste contre les autorités françaises, coupables selon lui d'avoir ignoré cet état de fait.
Rokia Traoré, chanteuse et guitariste, est notamment connue pour son engagement en faveur des réfugiés et pour avoir été nommée en 2016 ambassadrice de bonne volonté par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).












