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"Dodo la Saumure", un maquereau au coeur de l'affaire DSK

BFM Jé. M. avec AFP
"Dodo la Saumure".

"Dodo la Saumure". - François Lo Presti - AFP

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Il se présente comme un "humaniste, laïc, un peu comme Voltaire". "Dodo La Saumure", accusé de proxénétisme aggravé dans le procès du Carlton de Lille, qui s'ouvre ce lundi, se dit "serein" avant le début de l'audience. Portrait du propriétaire du "DSK", "Dodo Sex Klub", figure clé d'un procès immense.

Dans un procès hors-norme aux multiples ramifications, il est un prévenu atypique. Personnage haut en couleur, Dominique Alderweireld, alias "Dodo la Saumure", accusé de proxénétisme aggravé dans le procès du Carlton, qui s'ouvre ce lundi, se définit comme un "souteneur" toujours prêt à aider ses "filles" plutôt qu'un vulgaire proxénète, même s'il dit regarder les femmes "avec l'oeil du maquignon".

Tenancier de cinq bars à hôtesses en Belgique, Dominique Alderweireld (Dominique "d'un autre monde" en flamand), 65 ans, Français, se dit serein à l'approche de ce qu'il qualifie de "procès du néant", où il retrouve treize autres prévenus, dont sa compagne et associée Béatrice Legrain.

"On me reproche d'avoir donné mon accord tacite pour que des filles de chez moi aillent dans des parties fines à Lille ou Paris. Mais je n'ai jamais reçu d'argent et les filles que j'emploie sont indépendantes", explique-t-il, accoudé au bar d'un de ses clubs, le Low Cost, implanté le long d'une allée sordide de Tournai.

Une enfance difficile, un cambriolage et une "marmite" à 18 ans

Car cet homme aujourd'hui rond, petit et sans cheveux, père de trois filles, jure la main sur le coeur "ne jamais avoir contraint quiconque à se prostituer".

Dominique Alderweireld est né à Annoeullin dans le Nord le 5 février 1949. Dans son ouvrage Moi, Dodo la saumure, vendu à près de 20.000 exemplaires (Denoël), il dit avoir traversé une "enfance difficile" dans différentes localités du Nord, où il ne pouvait se laver qu'une fois par semaine.

Cancre en classe - il a triplé sa 6e -, dyslexique, il se retrouve chez les jésuites à Armentières, une expérience dont il gardera un profond anticléricalisme. A 17 ans, il commet son premier cambriolage et à 18 ans fréquente sa première "marmite", c'est à dire une prostituée, dans le langage fleuri du "mitan" qu'il se plaît à user.

Immobilier, vente de viande en Afrique, treize condamnations et deux ans en prison 

Son parcours sinueux oscille ensuite de combine dans l'immobilier, à l'organisation de défilés de mode chez des concessionnaires automobiles, à l'implantation de machines à sous, en passant par la case Afrique avec un commerce de viande entre le Mali et la Côte d'Ivoire dans les années 1970. "J'ai été le croque-mort de quelques sociétés", admet cette ceinture noire de karaté, treize fois condamné qui a, en tout, passé deux ans sous les verrous.

Au tournant des années 2000, il se lance dans le business des bars à hôtesses en Belgique, "où la prostitution est tolérée". "Humaniste, laïc et déiste, un peu comme Voltaire", comme il se désigne, il voit dans la région lilloise "un réservoir d'un million d'habitants qui n'a qu'à traverser la frontière pour se dégourdir le poireau". Il acquiert alors véritablement son sobriquet de "Dodo la Saumure", du nom de la préparation saline dans laquelle trempent les maquereaux...

"Dodo", la langue toujours pendue pour raconter par le menu ses innombrables performances sexuelles, se retrouve plongé dans la tourmente du Carlton en raison de ses liens d'amitié avec René Kojfer, chargé des relations publiques du palace lillois et surtout un ami de quarante ans qu'il surnomme désormais... Judas.

Dsk comme Dodo Sex Klub, ou Dodo Saumure Klub

Mais Dominique Alderweireld soutient n'avoir jamais rencontré Dominique Strauss-Kahn. "Les filles parties avec DSK aux Etats-Unis ne m'ont pas demandé mon autorisation", souligne-t-il. De même, il a toujours refusé de faire partie d'une loge maçonnique, a contrario de nombreux prévenus du procès.

Ce Flamand a été sûrement l'unique prévenu à avoir tiré bénéfice de "l'affaire du Carlton", invité qu'il fut sur de nombreux plateaux de télévision. Jamais à court de provocations, il avait appelé un de ses clubs "DSK" (pour Dodo Sex Klub ou Dodo Saumure Klub) à Blaton, près de la frontière française, fermé depuis le 15 décembre.

A la barre, sa gouaille et son allure -même s'il ne viendra pas à l'audience habillé en "mac" - devraient faire le délice des médias. Mais il en faudra peut-être plus pour convaincre les magistrats qu'il n'a pas poussé ses "marmites" à se prostituer lors des parties fines lilloises et parisiennes.