Dettes, cupidité et jalousie: le procès de l'assassinat de la milliardaire Hélène Pastor s'ouvre

Hélène Pastor et son chauffeur ont été visés par un homme armé devant le CHU de Nice le 6 mai 2014. - AFP
C'est un mélange de haine et de cupidité qui constitue les fondements de l'assassinat d'Hélène Pastor, dont le commanditaire présumé n'est autre que son gendre. A partir de ce lundi, et pour un mois, dix personnes vont se retrouver dans le box des accusés de la cour d'assises d'Aix-en-Provence, pour avoir fomenté un complot visant à supprimer la richissime femme d'affaires monégasque. Son chauffeur, et homme de confiance pendant une quinzaine d'années, avait également été tué dans un guet-apens qui ne leur laissait que peu de chances, malgré une préparation des tueurs proche de l'amateurisme.
Ce 6 mai 2014, Hélène Pastor l'a vécu comme tous les jours depuis le mois de janvier. A la tête d'un empire immobilier - un tiers de l'immobilier monégasque en 2014 constituait ce patrimoine initié par son grand-père, Jean-Baptiste Pastor - la septuagénaire a géré ses affaires avant de quitter ses bureaux vers 17 heures, direction l'hôpital L'Archet à Nice. Depuis le 24 janvier, le rituel est le même: elle rend visite chaque jour, sensiblement aux même heures, à son fils, Gildo, victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC).
Amateurisme
A 19h10, Hélène Pastor remonte dans sa Lancia Voyager, aux côtés de son chauffeur, Mohamed Darwich. Un homme, vêtu de noir et armé d'un fusil à canon scié, selon les témoignages, s'approche du véhicule alors que celui-ci se présente aux barrières automatiques. L'homme tire une première fois, tente d'ouvrir la portière, puis tire une seconde fois avant de prendre la fuite. A l'intérieur, les deux passagers sont grièvement blessés. Le chauffeur mourra quatre jours après cette attaque. Hélène Pastor, le 21 mai. Elle était alors âgée de 77 ans.
"J'ai vu sur le côté droit un noir avec une arme qu'il a levée sur moi, il était près du mur et était à trois ou quatre mètres du véhicule. (...) J'ai dit à Mohamed: allez vite vite, on va nous tirer dessus. Puis il y a eu un tir direct. Il a tiré en premier sur moi (...) il a tiré une deuxième fois (...). Je ne sais pas si je pourrais le reconnaître, je n'avais jamais vu cet homme auparavant", confie-t-elle aux enquêteurs, alors hospitalisée en service réanimation.
Ce double assassinat émeut sur le rocher monégasque. Le prince Albert II exprime sa vive émotion. L'enquête progresse, elle, très rapidement. La raison? Le peu de précaution et l'amateurisme des assassins. Sur les images de vidéosurveillance aux abords de l'hôpital, deux hommes sont immédiatement repérés. Vient ensuite le travail sur la téléphonie, mais surtout des indices permettant de retracer le parcours des deux individus, ce 6 mai 2014. Ils sont vus en train d'acheter des téléphones portables à Marseille, et de prendre le train pour rejoindre Nice la journée du double meurtre. L'un des deux individus est porteur d'un sac caractéristique d'un magasin de sport. Les enquêteurs peuvent également les retrouver à leur hôtel de Nice. Là, l'un d'eux laissera même un flacon de gel douche avec ses empreintes dessus.
Une enquête sur la téléphonie fructueuse
Un mois après les faits, une vingtaine de personnes sont interpellées. Parmi eux, Al Hair Hamadi. Rapidement, le trentenaire passe à table. Au début de l'année 2014, "un gars" lui propose une affaire payée "120.000 euros". "Je me suis dit que c'était pour un charclage car à ce prix-là, c'est un meurtre", raconte-il aux policiers. "Deux trois semaines avant les faits", il rencontrera à Nice un autre homme, "un Blanc". "Il m'a dit qu'il fallait tirer sur une personne sans me donner l'âge, ni le milieu de la personne, ni sa photo", poursuit-il. Le deal est conclu. Afin de faire le sale boulot, Al Hair Hamadi va trouver un tireur la veille des faits, dans l'urgence. Ce sera Samine Said Ahmed.
Au fil des confidences du Marseillais de 32 ans à l'époque des faits, et grâce au travail sur la téléphonie, des connexions sont établies. D'abord entre Hamadi et Salim Youssouf, gendarme auxiliaire, qu'il surnomme "l'inspecteur Derrick", soupçonné d'avoir fourni des munitions au duo présumé de tueurs. Des liens avec Abdelkader Belkhahir sont également mis en évidence. Lui aurait fait l'intermédiaire entre Hamadi, qu'il aurait recruté, et son beau-frère, Pascal Dauriac. Lui-même étant le coach sportif de Wojciech Janowski, qui n'est autre que le gendre d'Hélène Pastor.
Un gendre flambeur mais sans le sou
Pascal Dauriac a été identifié comme le "Blanc" soupçonné d'avoir recruté Al Hair Hamadi et Samine Said Ahmed, qui a continué de nier tout au long de l'instruction. Le coach sportif avait assuré à son beau-frère être "menacé par un mafieux polonais". "Wojciech Janowski, qui est un client régulier, m'a manipulé, c'est-à-dire qu'il m'a expliqué que sa belle-mère Hélène Pastor était un monstre", explique-t-il aux policiers, racontant être sous son influence notamment à coup de cadeaux. Il aurait également demandé à Dauriac de brouiller les pistes et de faire croire à un crime crapuleux en volant le sac d'Hélène Pastor lors de son exécution. Gildo Pastor était aussi dans le collimateur du Polonais, à en croire Pascal Dauriac.
Acculé, Janowski craque avant de se rétracter. Wojciech Janowski, âgé aujourd'hui de 69 ans, est en couple, depuis 1986, avec Sylvia Ratkowski, la fille aînée d'Hélène Pastor née d'une première union entre la riche héritière et un Polonais d'origine modeste. Aux policiers, il va alors expliquer avoir voulu protéger sa femme, avec laquelle il n'est pas mariée. Evoquant "la maltraitance" que subissait Sylvia Ratkowski, il justifie son appel à l'aide à son coach sportif "pour que les souffrances de ma femme s'arrêtent. C'était ma seule motivation avec en plus l'amour et la passion que je porte à ma femme". Il insiste également: non, il n'a pas demandé de tuer Hélène Pastor. Le projet d'assassinat est une interprétation libre de Pascal Dauriac.
"C'est le même principe que dans le management", "comme quand je travaille avec mes collaborateurs", expliquera-t-il.
Réclusion criminelle à perpétuité
Ces justifications emplies d'amour sont pourtant loin du mobile avancé par les parties civiles: la cupidité. Bien intégré dans la société monégasque, alors consul honoraire de Pologne à Monaco, Wojciech Janowski est aussi à la tête de plusieurs sociétés plus ou moins fructueuses. Peu avant le 6 mai 2014, il avait fait l'acquisition d'une raffinerie en Pologne, pour laquelle il s'était engagé à payer 30 millions de dollars. Il assure toucher 2,5 millions de bénéfices par an. Un mensonge. En réalité, le couple vit sur les revenus de Sylvia Ratkowski, essentiellement composés du demi-million d'euros d'argent de poche mensuel de la part de sa mère.
Alors qu'en 2012, un cancer du sein est diagnostiqué à sa compagne, Janowski aurait fait part à ses proches de son inquiétude "de savoir comment il allait faire matériellement", si elle venait à décéder.












