Des Mercedes achetées grâce à des cagnottes humanitaires? L’influenceur Dylan Thiry devant la justice pour "abus de confiance"

Dylan Thiry, le 20 juillet 2023 - Tech&Co
Des Princes de l'amour au tribunal correctionnel. L'influenceur issu de la télé-réalité Dylan Thiry doit être jugé pour abus de confiance ce lundi 20 octobre, soupçonné d'avoir détourné de l'argent récolté dans des cagnottes en ligne destinées à des missions humanitaires à Madagascar.
L'affaire débute en décembre 2021, lorsque Dylan Thiry crée l'association "Pour nos enfants". Cet ancien candidat de l'émission Koh Lanta, qui s'y était surtout illustré par les mocassins Gucci ramenés sur les plages cambodgiennes, avait effectué depuis 2020 plusieurs voyages humanitaires avec des associations, largement documentés sur son compte Instagram.
Il décide donc de lancer sa propre association, affirmant qu'elle vise notamment à venir en aide aux enfants dans le besoin. "L’association aura un avocat (...), une cagnotte certifiée avec un huissier agréé. Tout sera 100% légal et réglo pour que nous ayons aucun reproche de quiconque", affirme alors l'influenceur sur Instagram.
Deux ans plus tard, ce n'est pas exactement le constat qu'ont fait les enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA), une section de la police judiciaire spécialisée dans les affaires d'abus de confiance et d'escroquerie.
Plus de 250.000 euros récoltés
Comme elle le relève dans son rapport d'enquête, que BFMTV a pu consulter, pour financer les opérations humanitaires de son association, Dylan Thiry a lancé trois cagnottes en ligne sur la plateforme Cotizup lors de l'année 2022. En tout, elles ont reçu plus de 250.000 euros, grâce aux nombreux partages de l'influenceur, suivi aujourd'hui par plus de deux millions de personnes sur Instagram. Quelques mois avant, il passait encore à la télévision, dans l'émission de télé-réalité Les Princes et Princesses de l'Amour.
Pour Mehdi Mazi, co-fondateur du collectif de victimes d'influenceurs AVI, si ces cagnottes ont reçu autant d'argent, c'est aussi parce que Dylan Thiry s'est donné une "image pieuse", parlant beaucoup de sa religion, l'islam, sur ses réseaux sociaux. "C'est un levier de mise en confiance", ajoute-t-il.
Mehdi Mazi juge aussi que les nombreux contenus tournés par l'influenceur à Madagascar ont incité ses abonnés à donner. "Il est parti à Madagascar, il a commencé à filmer, à montrer des enfants qui sont dans le besoin, la misère, avant même d'avoir ouvert les cagnottes", affirme le porte-parole du collectif AVI, qui accompagne des plaignants dans cette affaire.
"Son story-telling, c'était: 'je montre les enfants, je montre que je leur donne à manger, donc faites-moi confiance, donnez-moi de l'argent et je vais leur distribuer", décrit encore Mehdi. "Il instrumentalisait, la misère de ces gens-là pour après ouvrir ses cagnottes".
En 2022, Dylan Thiry effectue deux séjours à Madagascar, d'un mois puis de trois mois, accompagné d'un caméraman. Tout au long de l'année, il publie ainsi des photos sur Instagram le montrant en train de distribuer de la nourriture, de l'eau, de jouer avec des enfants... Et en novembre, l'association est dissoute, en raison des polémiques autour de l'influenceur, selon les enquêteurs de la BRDA.
Des voitures de luxe et des comptes mélangés
Leur rapport montre que seule une partie de l'argent récolté a effectivement été dépensé lors de ces voyages humanitaires. "Après le premier séjour, il restait une enveloppe budgétaire de 140.434,71 euros", ce qui rend l'ouverture de deux autres cagnottes injustifiées, note-t-il. Face aux enquêteurs, l'influenceur a assuré voir sur le long terme et vouloir faire construire un hôpital à Madagascar.
En 2023, auprès de BFMTV, l'influenceur se défendait en assurant qu'il ne subsistait que 10.000 "sur la totalité de toutes les cagnottes" et que le reste avait bien été dépensé à Madagascar, "sans oublier ce qui sort de (s)a poche".
Mais devant les enquêteurs, il a déclaré n'avoir dépensé au total que 69.000 euros (sur plus de 250.000) à Madagascar pour financer des denrées alimentaires, la construction d'une maison, de puits et l'achat d'un terrain - dont les conditions de cession restent floues, selon l'enquête.
Qu'est-il advenu du reste? Tout l'argent récolté a été envoyé directement sur le compte courant de Dylan Thiry qui, lui, a effectué d'importantes dépenses personnelles, souligne la BRDA. Sur ses réseaux sociaux, il ne manquait pas d'afficher son cadre de vie luxueux à Dubaï, entre voitures et vêtements de luxe.
En juin 2022, "entre le premier et le second séjour à Madagascar, alors que son compte courant personnel était principalement alimenté par les cagnottes", Dylan Thiry a acheté une Mercedes AMG à plus de 81.000 euros.
Puis, en septembre 2023, "après la dissolution de l'association et après avoir conservé sur son compte courant 72,07% du montant global des dons versé", l'influenceur a décidé de changer de voiture pour s'acheter une Mercedes Class G, occasionnant une "dépense supplémentaire" de plus de 28.000 euros. Avec ce compte courant alimenté en partie par les cagnottes, il a également payé le loyer de son logement à Dubaï, qui s'élevait à 48.000 euros sur l'année 2022.
Les revenus de Dylan Thiry en chute libre
Et ce alors que ses revenus d'influenceur fondaient comme neige au soleil. Ses recettes financières ont diminué de 92,6% entre 2021 et 2023, selon le rapport, passant de 342.000 euros à 25.000 euros annuels. L'influenceur était alors confronté à plusieurs polémiques.
Il avait par exemple fait la publicité de compléments alimentaires guérissant "les cellules cancérigeuses" (sic), avait suggéré que des personnes puissent "adopter" un enfant à Madagascar en échange d'une contrepartie économique, ce qui s'apparente à du trafic d'enfant.
Dylan Thiry semble ainsi avoir perdu la plupart de ses revenus issus de ses placements de produits à cette période, également marquée par le vote de la loi influenceurs, qui a mis un coup de projecteur sur les dérives de certains acteurs du milieu.
Pour Me Raphaël Molina, qui représente trois plaignants dans ce dossier, "son business a baissé et il a mené cette escroquerie pour continuer à financer son train de vie". "En 2023, il gagne 25.000 euros avec ses revenus d'influenceurs, et il en dépense 28.000 juste pour changer de voiture. S'il n'espérait pas s'approprier le montant des cagnottes, il n'aurait jamais acheté ça", affirme l'avocat, qui représente des donateurs des cagnottes avec Me Lucas Vincent.
"C'était destiné à des enfants"
Ces donateurs ont remarqué "les incohérences entre ce qu'il disait faire avec l'argent" récolté et "son activité sur les réseaux sociaux", ce qui les a menés à porter plainte contre X.
Mélissa en fait partie. Cette membre du collectif AVI a donné une quarantaine d'euros sur une cagnotte de Dylan Thiry en janvier 2022. "J'ai vu ses stories à Madagascar. Il paraissait très investi et je me suis dit que c'était bien ce qu'il faisait pour les enfants, il avait l'air de donner de sa personne", raconte-t-elle.
En découvrant les résultats de l'enquête, "je me suis sentie un peu bête, un peu naïve. Finalement, je me dis qu'il a bien joué son coup", déclare-t-elle. "J'ai un peu plus de 40 ans, je suis responsable de magasin dans le prêt-à-porter, je ne pensais pas me faire avoir aussi facilement. Comme quoi, quand on appuie sur les leviers qui nous touchent…"
Mélissa assure qu'elle "n'attend pas d'être remboursée" mais veut "obtenir gain de cause", pour "qu'il n'y en ait pas d'autres derrière qui se fassent avoir".
"Je n'ai pas donné énormément, mais c'était destiné à des enfants, des gens qui avaient faim, ce n'était pas pour acheter une voiture", martèle-t-elle.
La trésorière de l'association également poursuivie
Dylan Thiry n'est pas le seul à être poursuivi dans cette affaire. Son ex-agente et la vice-présidente de l'association "Pour nos enfants", Sandra D. doit également comparaître ce lundi. Selon le rapport de la BRDA, Dylan Thiry et Sandra D. se rejettent mutuellement la faute dans cette affaire, niant avoir agi avec une intention frauduleuse. Malgré leurs liens professionnels, ils ne se sont jamais rencontrés physiquement.
Il est notamment reproché à Sandra D. d'avoir effectué les virements partant des cagnottes dont elle avait la charge vers le compte personnel de Dylan Thiry. Le rapport de la BRDA pointe aussi que la trésorière n'a jamais ouvert de compte bancaire dédié à l'association.
Son avocat, Me Tom Michel, affirme que Sandra D. "est une victime" et "une lanceuse d'alerte", puisqu'elle a également porté plainte en 2023, dénonçant un manque de transparence de la part de l'influenceur sur la gestion de l'association.
"Elle a fait les virements parce que cela lui était demandé par un influenceur en qui elle avait confiance et qui avait ce projet humanitaire. Pas une seconde elle n'a pensé que cet argent allait pouvoir être détourné", affirme-t-il. L'avocat souligne que si on peut lui reprocher une certaine "légèreté concernant la gestion d'une association", Sandra D. "n'a tiré strictement aucun profit" de cette affaire et "le seul intérêt était pour Monsieur Thiry". Aussi, Sandra D. "a hâte de laver son honneur", surtout face aux mises en cause dont elle fait l'objet sur les réseaux sociaux.
"Ce qui était à la base un beau projet humanitaire s'est transformé en un chemin de croix pour ces femmes (qui composaient le bureau de l'association, NDLR) qui n'avaient plus de contrôle sur ce qu'il se passait", ajoute Me Tom Michel.
L'influenceur risque cinq ans de prison
Contacté, l'avocat de Dylan Thiry, Me Jonathan Bellaiche, a indiqué que ni son client ni lui ne souhaitaient faire de commentaire sur cette affaire. La peine encourue pour abus de confiance est de 5 ans d'emprisonnement et de 375.000 d'amende. Les avocats des donateurs espèrent une condamnation "exemplaire" de l'influenceur.
Mais ils savent que le peu de victimes qui se sont manifestées jusqu'alors risque de l'empêcher. Ils appellent donc les personnes qui ont donné de l'argent sur les cagnottes et qui se sentent flouées par ce qui en a été fait à se porter partie civile lors du procès.
Cette procédure n'a en tout cas pas éloigné Dylan Thiry de l'humanitaire. Sur Instagram, il continue de s'afficher en train de nourrir des enfants ou de construire des maisons, sans que l'on sache dans quel cadre ces actions sont réalisées. Une manière pour lui de "redorer son image", pour le collectif AVI. Reste à voir si cela sera encore possible après son procès.












