Déclarée morte par son ex-mari violent, une sexagénaire n'existe plus aux yeux de l'administration
La préfecture de la Moselle à Metz. Photo d'illustration. - MATTES RENE
C'est l'histoire d'une impunité totale. Sur le registre d'état civil de la sous-préfecture de Cotonou (Bénin), rapporte Le Parisien, Salamatou Adjovi, née Johnson, est morte le 24 octobre 2018.
Pourtant, détaillent nos confrères, la Béninoise est aujourd'hui bel et bien toujours en vie et habite en France, à Metz (Moselle), région dans laquelle elle se trouve depuis que son ex-mari l'y a conduit en 2016. Âgée de 66 ans, elle a en effet été déclarée morte par celui qui espérait escroquer l'assurance décès de sa conjointe.
C'est en voulant récupérer des documents personnels détenus par son ancien mari, que Salamatou Johnson a alors découvert la supercherie. Mais dorénavant aux yeux de la loi, du Bénin et de la France, la sexagénaire n'existe plus.
Un marriage qui vire à l'emprise
C'est en 2012, au Bénin, que Salamatou retrouve son amour de jeunesse. En 2016, ils se marient et l'homme envoie sa femme en France. Salamatou emménage alors à Metz, bénéficiant, comme le rapporte Le Parisien, d'un "titre de séjour pour regroupement familial".
Très loin d'être un conte de fées, le mariage bat rapidement de l'aile. L'époux bat sa femme jusqu'à la laisser, parfois, face contre terre.
"Il me tapait comme il voulait, à tel point que parfois je ne pouvais plus me relever", confie Salamatou auprès de nos confrères.
L'homme conserve également les papiers et documents officiels de son épouse, cette dernière lui accordant une confiance aveugle. Et alors qu'elle trouve un emploi dans un centre aéré local et doit fournir des documents précis à son nouveau patron, elle se se heurte aux explications lacunaires de son époux.
"Il m'a dit 'je ne t'ai pas emmenée en France pour que tu travailles'", explique la sexagénaire au journal.
Même chose lorsqu'elle doit renouveler son titre de séjour. À chaque fois, son mari s'oppose à ce que les rendez-vous aient lieu et à ce que les procédures soient menées à bien. À terme, la Béninoise finit par être expulsée de son domicile.
"Travailler, malgré mon cancer"
Selon l'Association d'information et d'entraide mosellane (AIEM), travailleur social qui l'a prise en charge pénalement, selon Le Parisien, Salamatou n'a alors "(...) plus de possibilité de poursuivre son emploi, plus de ressources" ni plus "aucune possibilité de rechercher un logement".
En 2019, Salamatou Johnson décide de porter plainte pour violences conjugales à l'encontre de Léon-Pape Segla Adjovi, mais les violences commises à son encontre ne sont pas reconnues par la justice française. Deux ans plus tard, la sexagénaire est obligée de quitter le territoire français (elle est placée sous OQTF) et apprend que son ex-mari a fourni un faux acte de décès et une fausse facture d'obsèques à la société de prévoyance Aviva dont elle dépend.
"Il y a un décalage entre les discours de principe et l’application pratique que reçoivent les étrangères victimes de violences conjugales: le principe de précaution n’est pas appliqué en l’espèce", confie son avocat, Me Amadou Cissé au Parisien.
En 2022, elle dépose alors une nouvelle plainte. Les violences subies sont finalement reconnues, mais elle a toujours obligation de quitter le territoire français, quand bien même son identité n'est plus. Pour l'heure, et avec l'aide de l'AIEM, Salamatou Johnson est abritée dans un hôtel de Metz.
3919: le numéro de téléphone pour les femmes victimes de violences
Le "3919", "Violence Femmes Info", est le numéro national de référence pour les femmes victimes de violences (conjugales, sexuelles, psychologiques, mariages forcés, mutilations sexuelles, harcèlement...). C'est gratuit et anonyme. Il propose une écoute, informe et oriente vers des dispositifs d'accompagnement et de prise en charge. Ce numéro est géré par la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF).












