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Chantage contre des élus: un ex-délégué de l'association Anticor condamné dans l'Eure-et-Loire

BFM Justine Chevalier , Journaliste police-justice BFMTV
Le tribunal judiciaire de Chartres, dans l'Eure-et-Loir.

Le tribunal judiciaire de Chartres, dans l'Eure-et-Loir. - Google Street View

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L'ex-délégué départemental de l'association anti-corruption Anticor a été condamné à 10 mois de prison avec sursis pour avoir, entre autre, réclamé de l'argent à un maire, en échange de son silence sur de supposées informations compromettantes.

Il menaçait des élus de révéler des informations compromettantes, des gros dossiers, sur le maire de Chartres et d'autres élus de la métropole. L'ancien référent départemental d'Eure-et-Loir de l'association de lutte contre la corruption, Anticor, Josselin Corron, a été condamné à une peine de dix mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Chartres pour chantage.

La sanction a été prononcée le 8 octobre dernier, Josselin Corron a depuis fait appel de cette décision, a appris BFMTV.com de source judiciaire confirmant les informations du Parisien.

L'affaire débute le 29 avril 2022 quand le directeur de cabinet du maire de Chartes dépose plainte. Il admet avoir des contacts réguliers avec Josselin Corron en sa qualité de référent de l'association Anticor. Des rendez-vous organisés pour améliorer les pratiques politiques. Les échanges devenaient au fil du temps moins cordiaux, voire menaçants.

"Les informations dont vous disposez..."

Lors de leur dernier rendez-vous, le délégué départemental a eu, selon le récit du directeur de cabinet, des demandes bien précises. À savoir, un logement social, un véhicule de fonction et des vêtements en échange de ne pas diffuser d'informations compromettantes à l'encontre du maire de la ville. Le directeur de cabinet avait pris la précaution d'enregistrer cette conversation.

"C'est-à-dire qu'il faut que j'étudie votre situation du point de vue des avantages que vous pourriez obtenir de nous... Et puis en échange, les informations dont vous disposez, vous nous les donnez", lance le directeur de cabinet. Ce à quoi, Josselin Corron répond, comme il l'a convenu lors de l'audience au début du mois d'octobre, "voilà, c'est ça".

À cette plainte s'est ajouté celle du maire de Lèves, une commune au nord de Chartres, qui dénonce lui-aussi des faits de chantage, datant eux de février 2022. À cette époque, les deux hommes se sont retrouvés dans la galerie marchande d'un centre commercial et c'est à cette occasion que Josselin Corron lui a, selon l'élu, demandé la somme de 200.000 euros en échange de son silence sur des informations impliquant plusieurs élus.

Le prévenu dénonce un complot

À l'audience Josselin Corron s'est défendu de tout chantage. Il a cependant admis avoir demandé des précautions à ses interlocuteurs, comme éteindre leur téléphone portable ou amener un brouilleur. Concernant le maire de Lèves, il précisait qu'il s'agissait d'une rencontre pour alimenter un signalement qu'il était en train de réaliser contre le maire de Chartres. À propos du directeur de cabinet, il niait également toute tentative de chantage, se disant être victime d'un complot.

Le tribunal correctionnel n'a pas été sensible aux arguments du prévenu. Au regard de "la gravité certaine, d'autant plus qu'ils ont été commis à l'encontre d'un élu de la République (...) et qui s'inscrivent dans le cadre d'une mission de lutte contre la corruption", écrivent les juges, Josselin Corron a été condamné à dix mois de prison avec sursis et l'interdiction d'exercer une mission au sein d'Anticor pendant cinq ans.