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Chute d'une nation: quand une présidentielle devient un marathon théâtral haletant

BFM Jamal Henni
La pièce rappelle la série américaine 'A la maison blanche'

La pièce rappelle la série américaine 'A la maison blanche' - Michèle Laurent

Chute d'une nation se rejoue au théâtre Michel jusqu'au 22 décembre. Cette pièce fleuve de huit heures suit sans temps morts les coulisses d'une élection présidentielle. 

L'histoire

Chute d'une nation suit une élection présidentielle fictive de nos jours en France, et notamment une primaire à gauche où se lance un jeune député.

Ce qu'on en pense

Crée en 2011, la pièce est reprise au théâtre Michel jusqu'au 22 décembre. Elle se découpe en quatre épisodes successifs de deux heures. 

Mais rassurez-vous: on n'a pas le temps de s'ennuyer. La mise en scène est enlevée et sans temps morts. Les acteurs ont presque tous une pêche et un naturel remarquables, faisant vite oublier la forme minimaliste (aucun décor hormis quelques chaises). Comme dans les meilleures séries américaines pleines de rebondissements (on pense A la maison blanche, notamment), le spectateur a le plus grand mal à prédire où l'histoire va le conduire. Et toutes les pistes ouvertes durant les 8 heures de spectacles convergent à la fin.

La pièce parle de politique, mais surtout de son côté (in)humain, plus que des idées politiques en elles-mêmes. La seule idée politique développée concrètement est une proposition assez incongrue et peu claire de suppression de l'école privée. L'objectif de l'auteur est de montrer comment la Grande Histoire, le destin d'un pays, se joue à partir de la petite histoire, la somme de choix individuels.

Lors de la création, la pièce présentait peu d'écho avec la situation politique réelle. Aujourd'hui, les résonances sont plus nombreuses, en particulier la perspective de l'arrivée au second tour de l'extrême droite. L'arrivée au pouvoir d'Hitler via une élection démocratique est même la référence explicite de l'auteur Yann Reuzeau, qui a donné à son héros, Vampel, un nom qui fait écho à de celui de Von Papen, le chancelier allemand qui aida Hitler à prendre le pouvoir. 

Mais le rejet de l'extrême droite est bien la seule opinion qui transpire du texte. Pour le reste, on est bien en peine de savoir ce que pense l'auteur -et c'est tant mieux. Comme dans sa pièce précédente Mécanique instable qui parlait d'une coopérative, Yann Reuzeau refuse de marteler un message militant, et rejette tout manichéisme: ses personnages ne sont ni blancs, ni noirs, juste des êtres humains, qui ont tous des motivations respectables. Certains sont ambitieux, d'autres moins, sans qu'on ne les juge jamais. Surtout, il arrive à tenir le spectateur en haleine 8 heures avec un suspense finalement assez ténu: jusqu'où ira notre héros, sincère et peu ambitieux, dans ce monde de requins? Pourra-t-il rester intègre jusqu'au bout?