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Mylène Farmer: de "Libertine" à Cannes, comment le cinéma a guidé sa carrière

BFM Jérôme Lachasse , Journaliste BFMTV
La chanteuse et actrice Mylène Farmer le 5 juillet 2021 au Festival de Cannes

La chanteuse et actrice Mylène Farmer le 5 juillet 2021 au Festival de Cannes - John MacDougall - AFP

La chanteuse fait partie du jury de la 74e édition de la grand-messe du cinéma. Une nouvelle qui a pu surprendre, mais qui est l'aboutissement d'une carrière placée depuis 40 ans sous le sceau du 7e Art.

L'annonce, fin juin, a fait grand bruit: la chanteuse Mylène Farmer, figure de la pop culture française, a accepté d'être jurée de la 74e édition du festival de Cannes aux côtés de grands noms du 7e Art comme le réalisateur Spike Lee, la star sud-coréenne Song Kang-ho ou encore les acteurs français Tahar Rahim et Mélanie Laurent.

Parfois qualifiée de "Madonna française", l'artiste de 59 ans est une chanteuse admirée de millions de fans et véritable icône au sein de la communauté gay. Avec 35 millions de disques vendus, elle est connue pour ses shows grandioses à travers l'Europe et jusqu'en Russie et jouit d'une renommée internationale.

Si sa participation au festival de Cannes a pu surprendre, cette invitation est en réalité l'aboutissement d'une carrière placée depuis quarante ans sous le sceau du 7e Art. Sa cinéphilie est vaste, et pointue. Si Mylène Farmer a été choisie, c'est "parce qu'elle aime le cinéma", souligne ce mardi Thierry Frémaux, délégué général du festival. "Mylène Farmer est très cinéphile, et on se tournait autour depuis quelques temps. Elle voit beaucoup de films".

Une cinéphile

Invitée en 1987 sur le plateau de l'émission Mon Zénith à moi, elle y défend avec passion Requiem pour un massacre d'Elem Klimov, drame sur le massacre des Biélorusses par les nazis: "Je le qualifierai de chef d'œuvre", explique-t-elle à Michel Denisot. "C'est l'histoire, la façon de filmer, les lumières. Le cinéma russe, c'est un des plus beaux cinémas. C'est un cinéma de symboles."

Dès le début de sa carrière, Mylène Farmer imagine ses clips comme des petits films. En 1986, celui de Libertine, titre phare du disque Cendres de lune, est un hommage à Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick. La chanteuse y apparaît entièrement nue et fait scandale.

En 1987, Tristana est un clin d'œil direct au film du même nom (1970) de Luis Buñuel avec Catherine Deneuve. Son clip, d'une durée de onze minutes, est une adaptation de Blanche-Neige et les 7 nains, et fait référence aux films du cinéaste soviétique Sergueï Eisenstein (Le Cuirassé Potemkine). On trouve aussi dans l'album Cendres de lune le titre Greta, en hommage à Garbo.

En 1989, Pourvu qu’elles soient douces devient le clip français le plus cher de l'histoire, avec un budget de 450.000 francs. Il explose les conventions du genre par son ampleur (cinq cents figurants) et sa durée (dix-sept minutes et 52 secondes). Il s'agit aussi d'une suite du clip de Libertine.

Le cinéma continue d'apparaître par petites touches dans ses chansons et ses clips. En 1991, Agnum Dei fait référence au classique Les Diables de Ken Russell. En 1992, on peut entendre dans Beyond My Control une réplique de John Malkovich extraite du film Les Liaisons dangereuses. Mylène Farmer sample aussi Elephant Man de David Lynch dans Psychiatric (1991), et cite La Fille de Ryan de David Lean dans L'Amour naissant (1999).

Mylène Farmer collabore aussi avec des réalisateurs renommés. Elle fait ainsi appel à Luc Besson pour Que mon cœur lâche (1992), Marcus Nispel (réalisateur des remakes de Massacre à la tronçonneuse et Vendredi 13) pour XXL, L'instant X et Comme j'ai mal. Elle travaille aussi avec le Français Olivier Dahan pour Bleu noir et le Hongkongais Ching Siu-Tung (Histoire de fantômes chinois) pour L'Âme-Stram-Gram. Abel Ferrara (The King of New York) lui concocte enfin un impressionnant clip où elle partage l'affiche avec Giancarlo Esposito (Gus de Breaking Bad).

Des débuts difficiles au cinéma

Avant de devenir une icône de la chanson, Mylène Farmer voulait être actrice. Arrivée à Paris à l'âge de 18 ans, elle a suivi le cours Florent, où elle a interprété le rôle de Zézette du Père Noël est une ordure. Devenue chanteuse au mitan des années 1980, elle n'a jamais abandonné ce rêve de cinéma, bien qu'il lui ait souvent porté malheur.

Figurante en 1983 dans Le Dernier combat de Luc Besson, Mylène Farmer vit sa première expérience cinématographique sur le tournage de Giorgino, une superproduction de 80 millions de francs (soit 12 millions d'euros) réalisée en 1994 par son pygmalion Laurent Boutonnat.

Situé à la fin de la Première guerre mondiale, Giorgino raconte l'histoire d'un jeune docteur (Jeff Dahlgren) parti à la recherche d'un groupe d'enfants dont il s'occupait avant la guerre. Arrivé à l'orphelinat où il vivait, il constate leur disparition. Il croise sur place Catherine (Mylène Farmer), femme que l'on ne peut pas embrasser sans devenir fou...

Trop long (3h), trop sombre et éclipsé par le succès de Forrest Gump, Pulp Fiction et Léon, Giorgino est un échec commercial, avec seulement 70.000 entrées. Traumatisé par l'expérience, Laurent Boutonnat rachète les droits de son film pour éviter toute diffusion télévisée et exploitation commerciale.

Retour au cinéma en 2018

En 2007, treize ans après sa sortie, il accepte de ressortir son film, pour permettre à une nouvelle génération de fans de découvrir ce drame historique atypique. A la même époque, Mylène Farmer se laisse à nouveau tenter par le cinéma. Luc Besson lui confie la voix de la princesse Sélénia dans sa trilogie Arthur et les Minimoys.

C'est d'ailleurs souvent avec sa voix qu'elle intervient dans les films. On entend ainsi Sans contrefaçon dans Pédale douce de Gabriel Aghion (1996). Elle compose également L'Histoire d'une fée, c'est... pour le film d'animation Les Razmoket à Paris (2000), et Devant soi pour Jacquou Le Croquant (2007).

Il faut attendre 2018 pour la revoir sur grand écran. Luc Laugier, qui a signé le clip de City of Love en 2015, lui confie un des rôles principaux du film d'horreur Ghostland, triplement récompensé au Festival du film fantastique de Gérardmer. Une plongée dans la psyché d'une jeune fille agressée par un tueur en série. Un univers mêlant l'enfance et le macabre, comme dans ses chansons. Distribué alors dans quarante pays, il est en juillet 2018 le film français le plus vu dans le monde.