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Michel Blanc: Jean-Claude Dusse, ce rôle dont il se sentait "prisonnier"

BFM Jérôme Lachasse , Journaliste BFMTV
Michel Blanc dans le film "Les Bronzés font du ski"

Michel Blanc dans le film "Les Bronzés font du ski" - Studio Canal

Indissociable de Jean-Claude Dusse, le dragueur loser et hypocondriaque des Bronzés, Michel Blanc avait fini par détester ce personnage qui l'a longtemps empêché de diversifier son métier d'acteur.

Il lui devait sa célébrité. Mais avait fini par le détester. Indissociable de Jean-Claude Dusse, le dragueur loser et hypocondriaque des Bronzés dont les répliques sont passées à la postérité, Michel Blanc ne cachait pas son aversion pour ce personnage devenu avec le temps un "boulet".

Une aversion liée aux origines même du personnage. Michel Blanc avait puisé dans ses propres névroses pour imaginer ce personnage de Jean-Claude Dusse, archétype comique du chauve maigrichon et dragueur sans succès qu'il a interprété de multiples fois au cinéma, des Bronzés à Viens chez moi, j'habite chez une copine en passant par Ma femme s'appelle reviens et Marche à l'ombre.

Michel Blanc a construit ce personnage en opposition à celui de Gérard Jugnot. "A mes débuts, ce n'était pas évident", avait-il confié au Monde en 2013. "Je m'en suis rendu compte, d'une manière très violente, quand j'ai remplacé Gérard Jugnot dans un spectacle pour quelques jours. Il entrait en scène, et il faisait rire parce qu'il avait une truculence."

"Je faisais plus rire avec les dialogues qu'avec l'expression corporelle", avait-il poursuivi. "Il y avait un certain type de personnage dans lequel j'étais parfaitement crédible: le petit Français dragueur malchanceux. Je suis allé dans cette direction, celle de Jean-Claude Dusse. Et j'ai fait rire."

"Je ne voulais pas être un acteur comique"

Woody Allen, qui se moquait aussi de ses maladresses avec les femmes dans ses premiers films, a été son modèle. "Jean-Claude Dusse, c’est le type très maladroit, un peu désespéré, qui se dit: 'Je ne peux pas plaire à une fille, mais on va quand même essayer.' C’est en découvrant les films de Woody Allen que j’en ai eu l’idée. Sur scène, chacun trouve son rire", avait-il révélé dans Le Monde en 2018.

L'autodérision lui permet surtout de se rassurer sur sa capacité à faire rire, racontait-il dans la même interview. "Je me suis soudain rendu compte que ce qui pouvait faire rire dans ce genre d'endroit, c’était le mec qui n’y arrive pas. Non seulement qui n’arrive pas à conclure, mais que les femmes ne voient même pas. Ça, ça me faisait rire. C’est comme ça que j’ai inventé Jean-Claude Dusse."

Ce personnage, pourtant, n'était pas son "objectif" au début de sa carrière. "Je ne voulais pas être un acteur comique", avait-il assuré encore au Monde en 2013. "Je voulais être un acteur. De ce point de vue, Les Bronzés ne m'ont pas aidé. Avant, j'avais tourné des petits rôles dans des films de Bertrand Tavernier, Claude Miller, Serge Gainsbourg, Luc Béraud. Après, j'ai été un peu interdit de séjour sur ces plateaux-là."

Si Michel Blanc avait pu diversifier ses activités au cinéma, devant et derrière la caméra, et avait remporté deux prix à Cannes et deux César, il restait indissociable de son personnage des Bronzés. "Il y a eu des moments où j'avais l'impression d'être prisonnier de Jean-Claude Dusse", confiait-il à Franceinfo en 2023. "J'y suis attaché comme à un boulet", disait-il à Sens Critique en 2020.

Dusse bodybuildé

Michel Blanc s'en était éloigné en cassant son image dans des films comme Tenue de soirée, Monsieur Hire ou encore Les Témoins et L'Exercice de l'État. Et aussi en changeant son apparence physique. Le comédien s'était musclé et avait rasé sa moustache, qu'il a longtemps gardée pour composer ce personnage de franchouillard râleur.

Les dix millions d'entrées des Bronzés 3: Amis pour la vie n'ont pas arrangé son rapport ambivalent avec son personnage. Michel Blanc n'a jamais caché son aversion pour le résultat malgré son succès. "Ce n'est pas ce qu'on a fait de mieux", avait-il estimé dans Paris Match en 2023. "Enfin, ce que j'ai fait de mieux. Je me trouve absent."

Pour Michel Blanc, qui revient dans le film en Dusse bodybuildé et chevelu, "ce ratage est totalement de (sa) faute. Je n'avais pas envie de faire ce film et je n'avais pas envie qu'ils le fassent sans moi." Il s'était depuis toujours opposé à faire un autre volet des Bronzés: "Faire des choses ensemble, oui, mais pas Les Bronzés. On ne sait plus faire cet humour-là. C'était il y a bientôt cinquante ans, le monde a évolué."

Avec le temps, il avait fini par faire la paix avec son alter-ego. "Jean-Claude Dusse, le public l’a à volonté, car les films passent sans arrêt à la télé. Je ne suis plus lui ni physiquement, ni moralement, ni artistiquement", avait-il insisté en octobre 2023 dans les colonnes du Journal du dimanche. Avant de conclure: "Mais je suis ravi qu’on m’appelle par son nom dans la rue, cela ne me gêne pas."