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"Les Héritiers", la vraie vie d'une classe chamboulée par une prof

BFM Magali Rangin avec Claire Fleury et Jean-Marie Marchaut
Ariane Ascaride, prof d'histoire-géo, dans "Les héritiers", le film de Marie-Castille Mention-Schaar.

Ariane Ascaride, prof d'histoire-géo, dans "Les héritiers", le film de Marie-Castille Mention-Schaar. - Capture d'écran - UGC Distribution

Les Héritiers est inspiré d'une histoire vraie, celle d'une prof d'histoire-géo qui inscrit sa classe de seconde, dans un lycée de banlieue, au concours national de la résistance. Le film, dont le scénario a été écrit par un ancien élève de la classe, relate cette rencontre, décisive dans son parcours.

Les Héritiers, en salles mercredi, est un film de rencontres et de transmission. C'est l'histoire vraie d'une prof d'histoire-géo qui convainc ses élèves, d'une classe médiocre dans un lycée de banlieue parisienne, de participer au concours national de la Résistance et de la déportation.

Contre toute attente, et malgré leur manque de confiance en soi, les élèves s'impliquent, y croient, et finissent par gagner le concours. Ahmed Dramé, élève en 2009 de cette classe du lycée Léon Blum à Créteil, en a tiré une ébauche de scénario, qu'il a envoyée à Marie-Castille Mention-Schaar, scénariste de La première étoile et réalisatrice de Ma première fois. Ainsi est né le film Les héritiers.

"Il ne m'a jamais rien dit"

Anne Anglès, la prof d'histoire-géo qui a inspiré le film, est une jeune femme blonde, à l'allure frêle et discrète, mais dotée d'une vraie poigne, comme en témoigne le surnom d'"adjudant-chef" que sa classe lui avait donné. "J'ai raison et vous avez tort" assène ainsi son personnage à une élève, dans le film.

"Un enseignant pose un cadre et l'assouplit au fur à mesure que les élèves grandissent, deviennent responsables, s'approprient les règles, les respectent", explique Anne Anglès.

C'est aussi une enseignante à mille lieues de se douter de l'influence qu'elle a eue sur ses élèves. "Je n'ai jamais imaginé que j'avais pu marquer Ahmed à ce point", s'étonne-t-elle. "Il ne me l'a jamais dit, en tout cas il ne me l'a pas dit cette année là, qui a été une année... Ca a été un combat", se souvient Anne Anglès. Mais "on ne peut pas renvoyer sans arrêt des jeunes à leur pseudo échec, à leurs manques. Il y a un moment où il faut leur dire 'vous en êtes capables'".

"Toute cette année-là a été une année qui nous a énormément apporté. On a gagné énormément en participant à ce concours. J'ai vraiment compris qu'avec force et volonté, on pouvait accomplir de belles choses", raconte de son côté Ahmed Dramé. 

"Elle a cru que c'était un canular"

La deuxième étape de cette belle histoire, c'est Ahmed Dramé qui l'écrit. Très marqué par ce concours et par son année avec Anne Anglès, il imagine la trame d'un scénario. Il l'envoie à plusieurs personnes, dont Marie-Castille Mention-Schaar. "Je suis celle qui lui a répondu, du coup il a hérité de moi", sourit la réalisatrice. "Je n'y ai jamais autant cru qu'après avoir rencontré Marie-Castille Mention-Schaar, qui a co-signé le scénario et réalisé le film. Après cette rencontre-là, j'ai vraiment compris que je ne me suis pas battu pour rien et que j'ai bien fait d'écrire ce scénario", évoque le jeune homme de 21 ans.

La réalisatrice s'immerge alors dans le lycée d'Ahmed. "J'ai passé beaucoup de temps à Blum, avec la vraie prof, à suivre ses cours (...) essayant de me replonger dans la vie d'un lycée". Anne Anglès "était très émue, très surprise. Elle a même cru que c'était un canular. La première fois qu'on l'a rencontrée avec Ahmed (...) Je voyais tellement de fierté dans ses yeux, de voir le parcours qu'il avait accompli. C'est très joli à voir".

"L'Histoire entrait avec fracas dans la classe"

Dans la réalité, puis dans le film, la classe a rencontré Léon Zyguel, ancien déporté. Un moment très fort, qui a marqué un véritable "tournant", comme le raconte Ariane Ascaride, qui campe à l'écran la prof d'histoire-géo: "c'est une séquence où les gamins étaient eux-mêmes et pleuraient, non pas parce qu'on leur avait dit de pleurer, mais parce que ce qu'on leur racontait était tellement fort. C'était un grand moment de vie qui se passait dans cette rencontre-là. Les techniciens n'arrivaient plus à filmer parce qu'ils pleuraient. D'un coup il y avait l'Histoire qui rentrait avec un fracas incroyable dans la classe", évoque la comédienne.

"La rencontre avec Léon a changé l'approche de pourquoi ils faisaient ce film et de ce qu'il voulait dire. Comme s'ils se sentaient plus responsables après", précise encore Marie-Castille Mention-Schaar.

"25 individualités qui vous passent au laser"

Ariane Ascaride l'actrice fétiche de Robert Guédiguian confie avoir eu "très peur" de se retrouver face à une classe. Le casting est composé de jeunes acteurs et non acteurs. "Vous n'imaginez pas ce que c'est d'avoir en face de vous 25 individualités qui font en même temps une masse et qui vous regardent, qui vous passent au laser". D'autant, que comme le raconte la comédienne, "quand ils se sont retrouvés dans une classe, ils ont repris des comportements d'élèves. Immédiatement".

Et de conclure: "en faisant ce film, j'ai découvert la somme de travail, d'énergie, de patience, de volonté, d'investissement qu'un pédagogue doit avoir pour emmener sa classe et la faire monter".